1855, le livre qui ré-enchante Bordeaux

Au moment où l’on apprend la mise en faillite volontaire de l’entreprise 1855, cette société qui a spolié de nombreux clients à travers le monde en vendant des vins en Primeurs à découvert et en oubliant de les livrer, le Conseil des Grands Crus Classés du Médoc et Sauternes décide de redorer le nom trop sali du vénérable classement.

Le travail remarquable d’édition est l’œuvre de la maison Glénat, qui prend une part de plus en plus active dans l’édition « Vin », et de deux journalistes de renom. Les textes sont de la plume de Jean-Charles Chapuzet, docteur en histoire et professeur à Sciences-Po Paris, et les remarquables photos de Guy Charneau, photographe professionnel et dégustateur pour le guide Bettane & Desseauve.

Guy Charneau est un fin connaisseur des vins de Bordeaux et cela se voit tant les photos démontrent une connaissance du vignoble et une sensibilité au beau. Les prises de vues aériennes où les lumières naturelles jouent avec les chromatiques des vignes et la majesté de l’architecture rendent la véritable essence de Bordeaux. Celle d’un terroir, d’une culture, d’un savoir-faire et d’une histoire.

Napoléon III, lors de l’exposition universelle de 1855, voulant donner de la France une image valorisante demande à la chambre de commerce et d’industrie de classer les vins de Bordeaux. Ce sont les courtiers, alors maîtres du commerce, qui officieront et prendront comme seul critère, celui du prix, arguant que les meilleurs vins sont ceux qui se vendent le plus cher.

Depuis, le classement ne bougera qu’une seule fois devant l’insistance et l’entregent de feu le baron de Rothschild. A travers les ans, ce classement reste immuable et se comporte comme un phare dans une navigation parfois complexe, souvent désuète et éminemment politique que connaissent actuellement les vins de Saint-Emilion sur l’autre rive.

On peut aimer ou détester les vins de Bordeaux, c’est au choix. Mais tout amateur ne peut occulter la majesté et l’incroyable capacité de vieillir des vins de la région. Ce sont cette beauté, cette magnificence et cette incroyable force de vie à travers le temps qui font de Bordeaux la région la plus révérée dans le monde. Et même si les vins sont aujourd’hui plus source de spéculation que d’appréciation, il serait illusoire de se priver des beautés bordelaises.

Grâce à ce livre, grâce à ces magnifiques photos, Bordeaux devient autre chose qu’un objet de spéculation. Les châteaux se parent de leurs plus beaux atours pour démontrer aux lecteurs passionnés la grande richesse culturelle de la région. Il est heureux qu’un livre parle enfin de Bordeaux comme d’une région de vins et non comme d’une communauté de destin que seul l’argent réunit.

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