Domaine Digioa-Royer ou l’art d’être discret en Bourgogne.

Domaine Digioa-Royer ou l’art d’être discret en Bourgogne.

P1020546Cet article fut publié dans la revue papier Anthocyanes, en 2013, bien avant que le domaine ne soit mis en avant par Neal Martin du Wine Advocate (Robert Parker). 

Si la Bourgogne est aussi fascinante, ce n’est pas uniquement du fait de la diversité de ses terroirs et de ses climats. Dans ce petit monde totalement dédié à la vigne, les gens de la base, les oubliés, les sans-grades, ont aussi les capacités d’acquérir quelques arpents de terre. Certes, il était impossible, à l’époque, de vivre avec si peu, mais force est de constater que le vaillant travailleur, propriétaire de sa seule force de travail, pouvait en quelques années devenir propriétaire terrien. Affaire impossible en bordelais où les superficies ne permettent pas un morcellement des terres.

Combien d’immigrés italiens, échappant aux régimes autoritaires de leur pays, sont devenus, avec force travail, propriétaires bourguignons ? Aujourd’hui avec le temps, les différents mariages et la mixité, les noms à consonance italienne se font plus rares. Mais les origines restent et offrent souvent de belles histoires. C’est le cas du Domaine Digioia-Royer.

Victor Moretti, dans les années 1925-1930, est un de ces immigrés italiens venus chercher travail et vie plus paisible en France. Maçon, le travail ne manque pas et après avoir travaillé comme tâcheron (un deuxième travail en parallèle), il réussit à acquérir quelques arpents de vignes à Chambolle. Certes le prix de la terre n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, mais l’effort est immense et son rêve de devenir indépendant se réalise. A l’époque, rien de plus risqué que de commercialiser les vins en bouteilles, aussi notre néo-propriétaire se tourne-t-il vers le négoce. Pendant des années, la famille vivra de ces quelques hectares. Pas de manière luxueuse mais avec la fierté de ne dépendre de personne.

Dans les années 1984-1986, le domaine est repris par Geneviève Royer-Moretti, la fille de Victor. Là encore, l’ensemble de la production sera vendue au négoce. Sa fille, mariée à Michel Digioia, décide, lorsque ses parents arrêtent, leur carrière de reprendre les rênes de la propriété. Seulement elle travaille déjà. Son mari Michel, passionné de vins et travaillant à façon dans la vigne, souhaite se lancer. Les parents étant d’accord, l’aventure commence en 1999, après que Michel fût diplômé de l’école de Beaune, lui ouvrant droit au statut de jeune agriculteur. De cette date jusqu’en 2003, Michel fait valoir ses droits de jeune agriculteur et plante en appellation Bourgogne et acquière quelques parcelles, faisant passer le domaine des 2,6 hectares d’origine à 4 hectares. Ce n’est qu’en 2003 ( !) que sont réalisées les premières mises en bouteilles. De ce laps de temps, Michel cherche son mode de conduite du vignoble, celui le plus en phase avec sa philosophie et laisse le temps à ces beaux parents d’accepter l’idée qu’il est préférable de vendre par son propre réseau de distribution que via les négociants.

Michel a souhaité respecter le travail préalablement accompli par ses beaux-parents qui n’ont jamais mis d’insecticides dans la vigne. Il adopte donc rapidement la lutte raisonnée et la confusion sexuelle. Même dans les vignobles acquis récemment il essaye de trouver des vignes n’ayant pas trop souffert des errances industrielles de traitement. Son domaine, 4,5 hectares, est composé de 50% d’appellations régionales et de 50% d’appellations communales. Dans ces appellations communales, il ne possède que 10% de 1er Cru (Les Groseilles et les Gruenchers) et 90% de communales en Chambolle-Musigny. Avec fierté et un intérêt certain se lisant dans ses yeux, il m’annonce que depuis 2011 il possède également une parcelle en Nuits Saint Georges les Charmois.

Sa vision œnologique reste très simple et respectueuse du temps nécessaire pour réaliser de très beaux vins. Les élevages sont de 14 à 18 mois, avec une utilisation de fûts neufs très modérées voire inexistante sur les 1er Crus par manque de quantité. Les vins sont donc vifs, frais et absolument pas marqués par le bois. De temps à autre, selon le millésime et son instinct, il utilise quelques pourcentages de vendanges entières mais reste très soigné sur cette pratique. Par exemple, son Chambolle-Musigny Vieilles Vignes 2011 est 100% éraflé.

A une heure où la Bourgogne annonce, par l’intermédiaire du Président des Négociants Louis-Fabrice Latour, qu’un « Bourgogne ordinaire à moins de 10 Euros ça n’existe plus », je m’inquiète de l’attrait d’une telle bourgogne pour les amateurs éclairés. Certes les sirènes de l’Asie ou de l’international font rêver les vignerons mais l’exemple bordelais devrait leur permettre de prendre quelques reculs quand à une vision court-termiste des choses. De fait, Michel Digioia, avec de petites quantités, souhaite garder une partie non négligeable de son activité commerciale pour les amateurs alors qu’il serait si aisé de tout vendre à un importateur en mal de Chambolle-Musigny. De plus, la qualité des vins, leur pureté, leur dynamisme et l’élégance des 1er Cru ou des Chambolle me laissent à penser que les vins ont une capacité de garde très intéressante. Pour cette raison, je pense que le Domaine Digioia-Royer est l’une des perles de Chambolle-Musigny. N’hésitez plus…

Domaine Digioia Royer – Bourgogne   – 2011

Ce bourgogne est composé de 90% des parcelles sur la commune de Chambolle et 2 parcelles sur la commune de Morey Saint Denis. L’élevage se fait à la fois en fûts et en cuve, la proportion évoluant au fil des millésimes.

Ce 2011 offre un nez très aromatique de fruits rouges, de fraises avec des touches florales très agréables. En bouche, la texture est agréable avec une belle consistance. Bien que les tanins soient un peu verts, l’acidité mordante donne un coup de fouet et une dynamique à l’ensemble. Un vrai vin plaisir.

Domaine Digioia Royer – Bourgogne Hautes Côtes de Nuits   – 2011

Les vignes de 45 ans sont situées sur le plateau de Concoeur. Ce Hautes Côtes de Nuits propose un nez de fruits noirs, de fruits rouges profonds et denses. Soyeux, francs et nets en bouche, les tanins sont suaves et élégants. Je suis assez impressionné par la densité que possède ce vin d’une appellation modeste.

Domaine Digioia Royer – Chambolle Musigny    – 2011

Élevé en fûts neufs et éraflé à 100%, ce vin offre un nez profond avec des notes de cerises bigarreau, de pivoine et une belle sensation épicée. Les tanins sont suaves, ronds et veloutés. La texture est pure, élégante et profonde. Une réelle opulence et une fin de bouche sur les amers qui donnent une dimension.

Domaine Digioia Royer – Chambolle Musigny Vieilles Vignes Frémières – 2011

Les vignes de 80 ans ne peuvent produire que de tous petits rendements. Ce 2011 offre un boisé fondu, un nez de fruits noirs dense et complexe et des aromatiques de violettes apportant une réelle complexité. La texture est serrée, le grain très fin. L’aromatique de fin de bouche est dédiée aux fleurs de printemps avec une belle minéralité (salinité et dynamisme).

Domaine Digioia Royer – Chambolle Musigny 1er Cru Les Gruenchers   – 2011

Les Gruenchers sont situées à la sortie du village, près des Fuées et des Cras. Les vignes ont ici à peine 26 ans d’âge.

Ce 2011 offre un nez fruité, floral avec une puissance aromatique fleurant l’exubérance. La bouche est suave, élégante, d’une grande pureté. Le maître mot est ici élégance, là où les précédents étaient plus dans la dynamique. Les tanins sont parfaitement suaves et la fin de bouche offre une belle aromatique. Un vin qu’il convient d’attendre un peu. Pour les amateurs de Bourgogne fin, élégant et racé.

Domaine Digioia Royer – Chambolle Musigny 1er Cru Les Groseilles   – 2011

Âgées de 70 ans et plus, les vignes sont dans leur pleine maturité. Cela se ressent notamment par une plus grande présence complexe et une aromatique très fine. En bouche, les tanins sont soyeux, alliant finesse et élégance. Plus gourmand que le précédent, ce Chambolle 1er cru n’est point dans le registre de l’opulence mais de la finesse et de l’amplitude. Finale juteuse et gourmande.

Domaine Digioia Royer – Chambolle Musigny Vieilles Vignes Frémières – 2010

Ce 2010 exhale une réelle complexité avec des arômes de violette, de fraise, d’épices et de réglisse. On ressent également une aromatique de raisins purs et croquants. Le toucher de bouche est délicat, fin, élégant et suave. Une belle ampleur, du jus, de la chair et de la générosité, le tout drapé dans une élégance certaine. Un grain très fin qui laisse présager un très beau vieillissement.

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