Bourgogne : vendanges 2013

Les vendanges 2013 en Bourgogne sont enfin finies. La pluie et le froid arrivent mais fort heureusement la majorité des grands vignobles sont déjà ramassés. 2013 sera marqué par une floraison tardive et complexe ayant engendré deux facteurs permettant de comprendre le millésime :

–       Du millerandage assez généralisé. Que ce soit en Côte de Beaune ou en Côte de Nuits

–       Une floraison très tardive et sous la pluie engendrant des retards importants dans les maturités et surtout des quantités très faibles.

Face à ces deux aléas, les viticulteurs ont dû, tout au long de l’année, essayer de rattraper le retard en travaillant le plus en amont possible dans la vigne. Mais force est de constater que les raisins atteignent des maturités faibles. Beaucoup de raisins sont millerandés (ce qui n’est pas négatif pour la qualité, mais engendre une toute petite récolte) et la pluie, qui pouvait être salutaire juste avant les vendanges, est devenue un problème important dans la semaine du 7 au 11 Octobre car la pourriture grise commence à s’étendre.

Les acidités sont bonnes, aux alentours de 5,5/6 pour les acidités totales, les premières analyses démontrent un taux important d’acide malique (ce qui va permettre d’atténuer la sensation d’acidité dans les vins) et les premières dégustations de moûts (notamment chez Jadot) démontrent des vins équilibrés et fruités.

Tout le monde est d’accord pour ne pas ériger 2013 comme le millésime du siècle et beaucoup de producteurs n’avaient pas le sourire lors de mon passage en Bourgogne.

Arnaud Mortet, qui a terminé ses vendanges Mardi 8 Octobre, m’a dit que ce millésime lui fait penser à 2000, un millésime croquant, fruité et d’une garde moyenne. Nous verrons bien après les vinifications.

Toutefois, en fonction des différentes visites, il est un point important dans la qualité du millésime : le choix de la méthode de culture. Que ce soit au Domaine de la Romanée Conti (voir vidéo et photos), chez Louis-Michel Liger-Belair, chez JF Mugnier ou chez Christophe Roumier, la biodyamie apporte un axe intéressant pour cette année. On aurait pu croire que les raisins en biodynamie seraient plus enclins à souffrir de la pourriture mais à la vue des tables de tri, je dois avouer que j’ai été particulièrement surpris par la qualité de ces derniers, bien plus importante que dans d’autres domaines où les techniques traditionnelles sont utilisées.

Autre point intéressant, Lalou Bize-Leroy a vendangé une semaine plus tôt que l’ensemble des vignerons de Bourgogne. Ce choix, si il est désormais fréquent, peut s’avérer très risqué car les acidités étaient encore élevées et la pluie tombée pendant les vendanges du Domaine Leroy a apporté une certaine dilution de l’acidité. Il est fort possible que le travail important dans la vigne, et notamment le refus de rogner, permette à Mme Leroy de ramasser une vendange très intéressante.

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DRC VIDEO from Yohan Castaing on Vimeo.

Au Domaine de la Romanée-Conti, comme vous pouvez le voir sur ces images et cette vidéo, les raisins sont très sains et le nombre de personnes à la table de tri est relativement important. Les raisins ramassés lors de mon passage étaient des Grands-Echezeaux, La Tâche ayant été vendangée dans l’après-midi. Aubert de Villaine m’a dit qu’il était confiant pour ce millésime, même si ce n’est pas 2009, mais que le taux d’acide malique et les acidités intéressantes devraient permettre de réaliser de « beaux vins ».

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Chez Louis-Michel Liger-Belair, la biodynamie a permis de ramasser des raisins dans un très bel état sanitaire. La décision d’érafler les baies avec un nouvel outil apporte une qualité de vendange exceptionnelle. L’une des plus belles que j’ai vu lors de mon voyage. Comme le montre les photos, les baies sont intactes et dans un excellent état sanitaire (les raisins proviennent de Nuits Saint Georges Clos des Grandes Vignes). D’ailleurs il a été décidé de n’utiliser que 15% de grappes entières et uniquement sur les meilleures parcelles. Cette technique de la grappe entière risque d’être compliquée cette année car la maturité n’est pas optimum.

Christophe Roumier, du Domaine G. Roumier, pense qu’il « n’était pas possible de pousser la date des vendanges ». Bien que les quantités soient identiques, dans ce domaine, à celles de l’année dernière, les stratégies de vinifications seront d’une grande importance (macération pré-fermentaire, refroidissement des raisins, temps de macération…). Sur les photos, nous pouvons voir les raisins issus des Bonnes Mares.

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Pour Jean-Frédéric Mugnier, du Domaine Mugnier, 2013 est la vendange la moins précoce depuis 1984 (qui avait eu lieu le 11 Octobre). Le temps de ces derniers jours (chaud et humide) permet aux vinifications de démarrer rapidement. Adeline Legris, la responsable de la cuverie, nous annonce des pH de 3,06 et des degrés de 11,5% vol.

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Frédéric Barnier, le nouveau vinificateur de la maison Jadot, qui a pris la succession de Jacques Lardière, se montre très content sur l’ensemble des vins de la maison. « Une fois passé le traumatisme de la quantité, nous sommes relativement contents ». Pour les blancs, « l’état sanitaire est correct, les jus nets et purs avec beaucoup de malique et de tartrique ». Les rouges sont dans un « état sanitaire plus délicat avec une grande différence selon les terroirs. 2013 sera une année d’importance pour le terroir ». En conclusion, Frédéric Barnier pense avoir « un bel espoir sur les blancs » et une « hétérogénéité marquée sur les rouges ». Comme beaucoup de vignerons, Jadot procèdera à une légère chaptalisation sur l’ensemble des cuvées.

Enfin, Philippe Chalopin, qui a rentré ces Chambertin lors de mon arrivée affirme récolter du 40 hl/ha, rendement relativement important pour cette année. Même si il a fallu lutter contre la pourriture à Chablis, il affirme que les rouges sont d’une belle qualité. Comme d’habitude Philippe Charlopin utilise une trieuse optique mais rafraîchit les raisins à 10°C avant de les passer au tri « pour raffermir les peaux et éviter que la trieuse ne jette tout ». Elément très intéressant, il m’affirme qu’en fonction du porte-greffe utilisé, la maturité phénolique diffère totalement d’un pied à l’autre. Les porte–greffes SO4, très répandus dans les années 70/80, ont cette année produit de petits raisins quasiment pas mûrs alors que les 3309 ou Riparia-Gloire sont eux plus qualitatifs. Pour lui, les conditions climatiques de cette année ont favorisé la pourriture. « Pas de vent de Nord, des nuits chaudes et de l’humidité. Tout pour plaire à la pourriture » me dit-il avec son accent très bourguignon.

En conclusion, si la Côte de Beaune peut être soulagée car les raisins sont dans un bon état sanitaire (amoindrissant le traumatisme des orages de grêle), la Côte de Nuits sera hétérogène avec une pression de la pourriture importante. Les meilleurs terroirs devront pleinement s’exprimer alors que les terroirs moins qualitatifs seront difficiles.

Chablis a connu une poussée importante de pourriture car les vignerons ont vendangé quelques jours après la Côte de Beaune et le Mâconnais a réussi une année intéressante. 2013 ne sera pas le millésime du siècle mais offrira des vins agréables à boire relativement jeunes.

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