Bye Robert Parker

Bye Robert Parker

Robert ParkerSans doute aucun, Robert Parker, l’homme du Maryland est le critique vin le plus influent au monde. Ses écrits font trembler le vignoble et ses notes, dont il inventa le système de notation sur 100, peuvent faire et défaire les fortunes les plus diverses. En 2012, après 34 années de bons et loyaux services, il décide de prendre une semi-retraite bien méritée et vend une partie de son média à un groupe singapourien (déjà propriétaire d’une société d’importation de vins), ce qui à l’époque fit couler beaucoup d’encre.

R. Parker est un grand dégustateur, c’est indéniable. Si son influence est telle, c’est que la place de Bordeaux, entendez les négociants et courtiers, se sont accaparés un système qui leur facilite la tâche. En apposant au regard de leurs tarifs les notes Parker, ils n’avaient plus besoin de créer des argumentaires de vente, seule la note faisait office de référence absolue.

Puis, vint le temps de la viticulture qui, pour plaire au grand homme (plutôt avoir de belles notes) cru bon de « faire » des vins pour Parker. Des vins denses, boisés, tanniques. Les notes tombèrent les unes après les autres, certains consultants firent fortune. Mais à bien y regarder, ce n’est point le critique qui est à blâmer aujourd’hui mais bien les viticulteurs prêts à dénaturer leur terroir, leur philosophie, leur vision du vin, simplement pour avoir de bonnes notes. Vision à court terme d’autant que le critique américain aime des styles différents. L’enfermer dans une caricature aussi idiote qu’éhontée relève plus de l’inconsistance d’âme que d’une stratégie de long terme.

Et puis, les années passant, le goût changeant, le système Parker s’est un peu affaibli. D’autres critiques, plus théoriques et plus généralistes, comme Jancis Robinson développèrent leur propre site Internet grâce notamment à une capacité d’écriture impressionnante et au développement du WSET, cet organe anglais qui essaime la connaissance vin à travers le monde. Des anciens élèves du maître, comme Antonio Galloni, parti avec grand barouf de l’écurie Parker pour des difficultés relationnelles avec la rédactrice en chef Lisa Perrotti-Brown, créa son propre univers avant de racheter l’autre américain influent, Stephen Tanzer, pour créer ce que d’aucuns appellent le nouveau Wine Advocate, le site « Vinous ».

D’autres critiques émergent, notamment en Angleterre, aux Etats-Unis, en Suisse, en France. Personne n’aura plus jamais la puissance de feu de Parker et, avouons-le, ce n’est pas plus mal.

Dans ce contexte, l’adoubement de Neal Martin, le seul collaborateur britannique dans un océan d’américains du géant de Monkton, amène de nombreuses questions. Si Parker avait déjà annoncé son retrait des dégustations primeurs, laissant à Neal Martin le soin d’officier pour lui, il comptait continuer les dégustations rétrospectives des 10 ans ou d’autres dégustations en terres bordelaises. Cette fois-ci, l’annonce est claire, Robert Parker ne goûtera plus aucun vin de Bordeaux.

On entend déjà de-ci, de-là, les cris d’orfraie des consultants ayant fait fortune en vendant leur savoir-faire et leurs intimes relations avec l’américain. Leurs affaires sont en déroute…

Il est vrai que le monde change et le futur sera d’autant plus intéressant qu’il permettra de faire un nettoyage salutaire dans ce monde bien trop égotiste des consultants. Seuls les vrais, les travailleurs, ceux qui vont dans la vigne et ont quelque chose à dire pourront, à mon avis, survivre.

C’est un paradigme nouveau qui est en train de se dessiner dans la filière vin. Un paradigme où l’outrecuidance, l’omnipotence d’un seul homme (et je ne parle ici non de l’homme mais de la puissance que l’on a bien voulu lui donner) ne fera plus la pluie et le beau temps. C’est une page qui se tourne. C’est un monde en devenir. Voyons ce que nous en ferons…

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