Château Montrose, l’élégante austérité. (réservé aux abonnés)

Château Montrose, l’élégante austérité. (réservé aux abonnés)

IMG_1090Magnifiquement située sur son promontoire de graves rondes et de marnes, la chartreuse du 19ème surplombe majestueusement un océan de vignes avant que l’œil ne se perde dans la Gironde, fleuve-estuaire. Montrose est magnifique.

Son histoire est complexe mais fulgurante. Né en 1815, il sera classé deuxième en 1855. Seulement 4 familles différentes, jusqu’à l’acquisition en 2006 par les frères Bouygues, veilleront à sa destinée mais Montrose connaîtra des changements de styles majeurs.

A l’époque Charmolüe, les vins étaient considérés comme un peu durs avec des tanins rustiques. Les dégustateurs internationaux s’en plaignaient et les notes s’en ressentaient. Alors décision fut prise de planter du Merlot, pour arrondir les angles, dira-t-on. Mais le Merlot n’est pas en terre d’élection sur Saint-Estèphe. Les vins seront moins complets, moins denses, renforçant la sensation de rusticité du Cabernet-Sauvignon.
2000 sera le dernier millésime élaboré dans l’ancien cuvier et le parc à barriques totalement changé. Bien sûr, le style évolua, d’autant que le maître de chai changea. Les vins gagnèrent en suavité, en rondeur, en charme mais les rendements élevés amoindriront sa partie centrale. Montrose ne sera plus rustique mais un peu anémique. En 2006, acquisition et quelques temps de latence. Jean-Bernard Delmas est appelé au secours, les chais rénovés, le cru magnifié. L’arrivée d’Hervé Berland, ex-Mouton-Rothschild, donne un souffle nouveau et les vins gagnent en équilibre, en puissance pour revenir au firmamant. Le temps viticole est long, Montrose évolue, patiemment.

Montrose a beaucoup été décrié dans les années Charmolüe pour ses tanins rustiques mais surtout pour des niveaux élevés de phénols, de brettanomyces, de déviances. Pourtant, loin de rebuter le dégustateur, ces « défauts », tels que nous les considérons aujourd’hui, font partie intégrante du cru. Rien d’anormal, dès lors, que le 1990 connaisse un niveau de « bretts » élevé tant que tout cela reste dans un certain équilibre. Par contre, le 1976, lui dominé par les phénols, est totalement cuit aujourd’hui.

Montrose est mal compris. Oui c’est un cru majeur. Oui, le temps lui apporte de la race et polit les tanins un peu trop rugueux dans sa jeunesse. Mais n’est-ce pas cela l’ADN de Saint-Estèphe, des vins construits pour la longueur, pour un temps viticole différent, pour les patients. Alors, si Montrose ne brille pas en Primeurs, est-ce que cela est grave ? Pour les précieux pressés, sûrement. Pour nous, aucunement.

Nota : cette dégustation a eu lieu au Château lors d’un repas.

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Château Montrose – Saint-Estèphe – 2011
Nez complexe dominé par les fruits noirs et les épices nobles. Ample et généreux en bouche, de la tension, des tanins encore un peu rudes mais possédant le fond nécessaire pour attendre un peu. Encore austère. A besoin de temps.

Château Montrose – Saint-Estèphe – 2009
Fruits noirs dominants. Beaucoup de complexité, de densité avec des notes d’épices, de réglisse, de cuir neuf. Bouche dense et suave, tendue grâce au calcaire de Saint-Estèphe lui conférant un grain fin et une bouche saline. Equilibré, racé et particulièrement impressionnant et corpulent sans se départir d’une certaine élégance. Taillé pour la grande garde. Une très grande bouteille.

Château Montrose – Saint-Estèphe – 2008
Les arômes sont plus floraux, légèrement pot-pourri, mûres et herbes. Grain très fin, de la densité, un peu plus d’austérité que le 2009 avec toutefois la même corpulence. Le grain est particulièrement fin avec un équilibre parfait.

Château Montrose – Saint-Estèphe – 2005
Epicé, fruits noirs, presque caramel, le nez est doux et élégant. Sapide en bouche, juteux et charnu, très complexe. Le tout est rehaussé par une trame calcaire superbe (grain fin, acidité et fermeté). Assez stupéfiant car moderne tout en étant « old-school ». Une bouteille d’anthologie.

Château Montrose – Saint-Estèphe – 2000
Prune, réglisse, sous-bois pour un bouquet élégant, racé et puissant. Encore frais. Parfaitement équilibrée, la texture est sapide, charnue, très charmeuse à ce stade. Un Montrose qui nous fait de l’œil ! Maintenant ou dans 10 ans.

Château Montrose – Saint-Estèphe – 1998
Ce 1998 est une révélation. Attention toutes les bouteilles ne se goûtent pas aussi bien. Boisé fondu, réglisse, sous-bois, beaucoup de complexité et d’élégance dans les arômes. Crémeux surprenant en bouche, des tanins veloutés, de la densité dans la suavité. Très frais en finale ce qui lui donne une dimension aérienne. La bouteille de la série. Peu attendre encore 20 ans.

Château Montrose – Saint-Estèphe – 1995
Epices, sous-bois, cuir, fruits noirs légèrement évolués. Du pur Bordeaux. La bouche est modérément dense, pas très ample mais tendue et resserrée. Finale iodée et aérienne. Un Montrose un peu exotique en bouche. Attention, les bouteilles connaissent des différences marquées.

Château Montrose – Saint-Estèphe – 1990
Aura-t-on plus écrit que sur Montrose 1990 ? Sous-bois, vieux cuir, prune, presque garrigues/épices, le nez est encore très frais (les phénols ?!). Bouche sapide, salivante avec des tanins veloutés, de l’harmonie et une élégance incroyable. Joue un côté rustique certes mais appréciable. Un St-Estèphe « old-school », un Montrose canal historique ! A son apogée.

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