Des Châteauneuf-du-Pape qui "bourguignonne".

Souvent catalogués dans le registre « vin de chasseurs », les vins de Châteauneuf-du-Pape ont eu mauvaise presse pendant des années. Certes, un nombre important de vins n’était pas au niveau et la mode locale du ramassage en surmaturité couplée à de longues extractions était le pendant d’une production de vins à haut pouvoir alcool.

Heureusement, les vins de Châteauneuf-du-Pape gagnent en subtilité, en fruits (pour ne pas dire friandise pour certains) et les ténors de l’appellation que sont Rayas et Clos des Papes proposent des vins fruités, parfaitement équilibrés, d’une fraîcheur remarquable, qui, bien que titrant pour certains à presque 15%vol, ne sont absolument pas lourds et capiteux.

En visite au célèbre Château Beaucastel, la semaine dernière, j’ai rencontré César Perrin, l’un des membres de la relève, qui m’avouait que François Perrin se battait pour vendanger plus tôt les Syrah et les Grenaches tout en limitant les extractions. Objectif : rechercher des vins frais, fruités où l’alcool ne domine pas.

Vincent Avril, du Clos des Papes qui m’a gentiment gardé près de 2h30 dans sa cave pour me faire déguster des millésimes d’anthologie, m’avouait également sa fierté à entendre des critiques ou des clients, lui dire que ses vins « bourguignonne ». Son crédo, à Vincent Avril, est simple. Laisser s’exprimer le fruit et l’équilibre dans les vins, sans aller chercher la surextraction, tout en éliminant de manière drastique le moindre grain de raisin jugé insuffisamment qualitatif. Il en résulte des vins aux caractères très fruités, aux arômes de cerises, cerises noires, griottes qui, après quelques années, ont une petite touche d’élégance florale qui, effectivement, ressemble à la Bourgogne.

Même à Rayas, dans la cave-musée, où les hygiénistes auraient du mal à croire que l’on peut réaliser un des plus beaux vins de la terre, Emmanuel Reynaud recherche cette trame aromatique de « petites baies rouges, de groseilles, de cerises, qui me fait penser à des vins de Bourgogne ».

Et en ce millésime 2013, celui qui va bientôt se retrouver sur les étals de vos cavistes préférés, des notes de fruits rouges et de cerises griottes, voire de fraises et confiture de fraises, vous en retrouverez beaucoup. Avec une coulure importante (avortement des fleurs dû à un climat trop froid ou pluvieux) sur le Grenache, les vignerons ont été obligés d’augmenter les proportions de Syrah et de Mourvèdre, deux cépages connus pour leur tension en bouche et leur taux d’acidité plus élevé que le Grenache. Et avec des vendanges et un climat peu opportun à faire mûrir les raisins, les acidités sont restées élevées, tout comme les niveaux de maturité pas aussi importants qu’à l’accoutumée. Il en résulte des vins droits, tendus, fruités et avec des acidités marquées, loin, parfois très loin, des sacro-saints Châteauneuf-du-Pape denses, lourds, capiteux.

Cette volonté nouvelle de proposer des vins plus équilibrés sur le fruit vient à point nommé avec un millésime 2013 compliqué pour les vignerons mais qui sonnera, je l’espère, la genèse d’une vraie réconciliation entre les vins du Rhône Sud et les consommateurs du monde entier.

 

2 commentaires

  1. Bonjour,
    Joli article pour une belle appellation qui le mérite largement.
    Rayas, très atypique, et le Clos des Papes sont, du moins à mon humble avis, juste la partie visible de l’iceberg. Et aussi ceux dont on parle le plus. Il y a aussi Le Vieux Télégraphe dans la catégories es grands.
    D’autres, bien plus petits et bien moins connus, élaborent depuis longtemps des cuvées tout en finesse et profondeur, où la violette s’invite régulièrement pour tenir compagnie à une bande de tannins soyeux. Et ce peu importe le millésime. Banneret, Mas Saint Louis, L’Or de Line, pour n’en citer que quelques uns. Leur production et moyens très limitées font qu’ils ne sont pas sur tous les fronts en terme de communication, mais dans le vignoble ils font un travail remarquable.
    Et quant à ceux qui bourguignonnet, testez le Mas Saint Louis sur de plus vieux millésimes. Un truc de fou tellement c’est fin.
    Sincèrement,
    Winebubble

    • mm

      Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Je suis absolument d’accord avec vous. Effectivement Mas St Louis et L’or de Line réalisent un travail extraordinaire.
      Le propos était est de citer les locomotives afin de valider le travail qui est réalisé par de nombreux vignerons. Je sors d’une semaine de dégustation avec quelques 250 vins de CH9 notamment des 2005 et je peux dire que le niveau est qualitativement élevé (même si les prix sont aussi élevés pour certains !). Mais attention, certains poussent au niveau qualitatif….Les Gigondas sont particulièrement réussis en 2013 ! Nous ferons un point dans la revue.

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