Cru Bourgeois 2012, l’autre face de Bordeaux

La mode du Bordeaux bashing actuelle est vecteur de généralisation et laisse de nombreux vins sur le bord de la route. Conspuer les grands crus classés pour des politiques commerciales incomprises ou des qualités pas toujours en adéquation avec le prix, c’est bien. Mais encore faut-il ajouter qu’à Bordeaux, on peut trouver d’excellents rapports qualité/prix, à défaut de certaines régions aujourd’hui, avec lesquels l’amateur peut avoir de beaux frissons. C’est un peu le crédo de la sélection de Crus Bourgeois du Médoc.

Crus Bourgeois est une dénomination ancienne qui a connu ses heures de gloire mais également ses atermoiements. En 2007, la cour d’appel de Bordeaux annule le classement des Crus Bourgeois au motif que les dégustateurs censés définir l’attribution de la dénomination sont juges et parties. Autrement dit, certains viticulteurs et membres du comité des Crus Bourgeois participaient aux dégustations d’agrément de la mention Crus Bourgeois. En 2009, certains viticulteurs réussissent à prendre les choses en main et repartent sur des bases saines en créant un comité de dégustation indépendant, composé de journalistes et de professionnels, qui grâce à une dégustation à l’aveugle définit l’attribution du logo Cru Bourgeois (toutes les informations détaillées sur le site des Crus Bourgeois : www.cru-bourgeois.com).

Mais attention, être Cru Bourgeois un jour, pas forcément Cru Bourgeois toujours ! Autrement dit, les propriétaires subissent un contrôle continu sur la forme et le fond. Chaque année ils doivent présenter leurs vins au comité de dégustation qui, seul, sera habilité à les intégrer dans la liste des Crus Bourgeois. On ne peut que se féliciter d’une telle démarche, surtout à Bordeaux où le changement apparaît complexe et où la qualité n’est plus envisagée (enfin !) comme le suivi à la lettre d’un cahier des charges aussi inutile que théorique, mais bien par l’épreuve la plus révélatrice, celle du goût.

La semaine dernière, le syndicat des Crus Bourgeois présentait donc sa nouvelle liste 2014, sur le millésime 2012. J’étais invité à déguster l’ensemble des vins dans l’impressionnante salle de réception de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux. La chaleur de fin d’été, particulièrement bénéfique pour les vignerons, rendait l’atmosphère un peu moite et les bouteilles, parfaitement alignées comme à la parade, étaient un peu chaudes. Seul bémol pour une organisation parfaite.

Cette dégustation a confirmé mes impressions :

  • Un saut qualitatif évident depuis la mise en place de cette nouvelle procédure permet aux Crus Bourgeois d’avoir un niveau qualitatif particulièrement élevé et une certaine hétérogénéité qualitative (ce qui ne signifie pas homogénéisation des goûts).
  • Même si certains vins sont, à mon avis, encore largement en dessous du niveau escompté, nous sommes en présence d’une très belle sélection avec d’excellents rapports qualité/prix.
  • Le millésime 2012, complexe pour les vignerons, offre des vins fruités et élégants, suaves pour certains, même s’ils sont rares, qu’il conviendra de boire rapidement car la garde ne sera pas leur point fort.

Un léger bémol, plus théorique que pratique. Les Crus Bourgeois sont ouverts aux appellations de l’ensemble du Médoc et pas uniquement aux appellations Haut-Médoc et Médoc. Certains vins de Pauillac, Saint-Estèphe, Listrac, Moulis et Margaux sont présentés avec le logo. Personnellement je ne comprends pas cela. Posséder des propriétés sur des terroirs comme ceux cités, devrait inciter les propriétaires à produire des vins de qualité, fier de leurs origines, sans avoir besoin d’apposer un logo Crus Bourgeois sur leurs étiquettes. Si pour les vins de Médoc et Haut-Médoc il est indispensable de se différencier par la qualité, je ne comprends pas bien ce qu’un Pauillac vient faire dans les Crus Bourgeois. Il devrait être aussi bon, voire meilleur en fonction de son terroir, que de nombreux vins présentés.

Et à bien y regarder, on s’aperçoit que ces vins ne sont pas forcément aussi qualitatifs que les appellations considérées comme moins prestigieuses. Autrement dit, la faiblesse du travail à la vigne ne peut être compensée par l’apposition d’un quelconque logo et devrait être sanctionnée par l’impossibilité d’appliquer l’appellation Pauillac, par exemple, sur la bouteille.

Quelques coups de cœur.

Du Retout, Paloumey et Gironville en Haut Médoc. Des valeurs sûres, années après années. Et quelques belles surprises comme Cambon la Pelouse, qui avait impressionné au tournant des années 2000 mais a connu un petit coup de mou dans les années 2010, qui revient avec un vin fruité, élégant et croquant. Château Landat avec un vin fruité, élégant et charmeur, loin des classiques Bordeaux très boisés ou Peyrat Fourton, plus classique mais tout aussi attrayant.

Côté Médoc, les irréductibles Rollan de By, Panigon ou Poitevin. Mais également Lousteauneuf qui présente un vin élégant et suave aux arômes de poivre entêtants et Vieux Robin qui reste un vin croquant et enjôleur.

Il y aura également quelques coups de griffes que nous réservons pour la revue !

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