De la nécessité des amateurs éclairés

Jean Robert Pitte, lors de la fabuleuse journée consacrée aux amateurs éclairés organisée par l’association VITAE, nous a intelligemment remis sur le droit chemin. S’appuyant sur les travaux de Roger Dion mais surtout de l’agronome Oliver de Serres, il affirme haut et fort qu’il ne peut y avoir de grands vins sans grands amateurs ou amateurs éclairés.  La logique peut paraître excessive au premier abord mais la démonstration est des plus brillantes.

S’appuyant sur les travaux de Roger Dion, et avec une verve qui n’a d’égale que son érudition, il nous explique que la Bourgogne n’aurait sûrement pas été une terre d’élection des grands vins sans les consommateurs éclairés de l’époque, qu’étaient les populations du Nord de l’Europe (Angleterre en premier lieu). Les villes d’Anvers et de Bruges étaient alors les phares économiques de l’Europe et les terres du Nord de la France, de la Belgique et des Pays Bas appartenaient aux Ducs de Bourgogne ce qui a grandement facilité le commerce sur l’axe Nord/Sud, via la Voie Domitia.

Dans le haut Moyen Âge, la boisson sacrée des offices divins, de l’hospitalité et du savoir vivre ou de la culture, est sans conteste possible, le vin. La consommation quotidienne du doux breuvage est un signe de raffinement et de richesse. Il y a dans le vin la recherche de l’émotion et du plaisir.

Les moines bénédictins, dont l’ordre est dictée par la règle de Saint Benoît achevée en 540 : orare et laborare (prière et travail), ont été les premiers à prendre conscience de ce facteur culturel. Le travail était un des points importants dans la sociologie de la vie monastique. Mais pas n’importe quel travail. Comme la prière permettait de totalement se vouer à Dieu, le travail devait être le plus qualitatif possible pour honorer le Christ. Il était donc inconcevable de produire des vins de piètre qualité.

D’ailleurs, la règle de Saint Benoit permettait aux moines de boire une « hemine » par jour, soit une trentaine de centilitres. Inutile de spécifier que les vins produits doivent être bons si on veut les boire…

La conjugaison de ces deux facteurs, volonté d’un travail de qualité et vecteur social et sociétal du vin, ont été les fondements des vins de qualité. Sans eux, sans les besoins de « boir bon » et de « faire bien », il est possible, que les vignobles de qualité n’est jamais vu le jour.

Le travail de Roger Dion permet une prise de conscience de l’existence des grands vignobles français grâce au développement des voies de communication au fil de l’histoire. Sans capacité de vendre le vin, il n’existerait pas de grands vignobles. Bordeaux a pu se développer grâce à son port, la Bourgogne grâce à la présence des Ducs de Bourgogne jusque dans le Nord, la Loire avec le fleuve éponyme, etc…

Ceci apporte, également, une dimension importante au commerce mais surtout aux amateurs éclairés. Car pour vendre du vin il faut bien qu’il existe des acheteurs ! Et des acheteurs qui veulent « boire bon ».

Les anglais puis les barbares (qui ne connaissaient que la bière et autres alcools) se sont initiés aux différents vins de France au point de devenir des connaisseurs, des amateurs éclairés.  Par la suite, la cour de France, notamment avec Louis XIV, pris conscience de la qualité des vins de France.

Ceci étant dit, le but de JR Pitte, était de nous alerter sur la nécessité de maintenir les amateurs éclairés en place. Sans eux, le vin ne serait qu’une boisson alcoolique, sans vecteur culturel ou hédoniste. Sans les amateurs éclairés, nulle raison pour un vigneron de faire du bon vin.

Son intervention ressemblait à une alarme dans la volonté de mieux faire comprendre aux générations qui arrivent que le vin reste un produit culturel et qu’il est nécessaire d’être «initié » car il en va de l’avenir des vins de qualités. Plus d’amateurs éclairés = plus de vins de qualités.

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