De l’évolution du millésime 2015 et de la résurgence de 2016…

De l’évolution du millésime 2015 et de la résurgence de 2016…

Il est des statues que l’on peut déboulonner sans toutefois faire une révolution. Dire le réel n’est pas toujours être contre les acteurs, c’est aussi analyser une évolution, retranscrire une sensation, une pensée. A contrario, l’idéologie est de rester figé quand le monde bouge, d’être immobile, de regarder le train passer. Certains se sont fait une spécialité de commenter tout et n’importe quoi depuis l’Olympe parisien, pardon pharisien.

De récentes dégustations du millésime 2015, en parallèle du 2016 en cours d’élevage et d’assemblage, laissent entrevoir un réel plus complexe qu’il pouvait paraitre lors des dégustations des primeurs. Nous étions peu nombreux à relativiser l’optimisme ambiant en déclarant une certaine hétérogénéité et de dates de vendanges particulièrement stratégiques. En ce millésime, l’attente n’était pas toujours le contrat gagnant. Il convenait, dans certains terroirs précoces, de ne point trop pousser les limites des baies souvent amoindries par un été particulièrement délicat.

Quand d’aucuns nous affirmaient, à grand renfort de communiqués de presses que le millésime 2015 était le millésime du siècle, alors que les raisins n’étaient même pas dans les chais, nous étions pris pour des « mauvais coucheurs » en annonçant la réelle hétérogénéité.

Voulant écrire un catéchisme avant l’heure, le miracle de la vérité risque de leur apparaitre bien âpre. En effet, les premières dégustations du millésime 2016, avant, pendant et après assemblages, confortent l’idée que de nombreux acteurs du vignoble se sont fait piéger : 2016 risque d’être meilleur que 2015.

Les 2015 ne se goutent pas bien. En soi, point d’inquiétude, le millésime est en gestation dans les barriques. Mais l’interrogation pointe son nez lorsque les bouches commencent à devenir un peu dures, un peu rêches, un peu sèches aussi. Les dates de vendanges, souvent tardives pour « aller chercher le maximum », seront la variable d’ajustement de ce millésime. Il y a ceux qui ont vendangé au moment opportun et les autres.

2016 a contrario est lui un millésime qui risque d’être grandiose. Plus de fraicheur, plus de qualité du toucher de bouche, plus de profondeur au même stade. Le millésime y est pour beaucoup. Les nuits fraiches apportent un regain d’énergie et de vitalité et l’arrière saison exceptionnelle la qualité de la maturité phénolique.

Les dégustations des primeurs nous donneront une première idée. Mais s’il est une donnée que l’on peut prendre pour tangible, c’est qu’encore une fois les apôtres bordelais, les savants, les sachants auraient mieux fait de ne point communiquer trop vite. Car aujourd’hui, que vont-ils nous dire ? Que c’est le millésime pour les siècles des siècles ? Que 2016 est meilleur que 2015 mais que ce dernier reste le millésime de référence ?

Il est fort probable que les dégustations des primeurs seront le jeu d’une dialectique choisie, d’éléments de langage répétés à l’envie. Cela ne vous rappelle rien ? Le fameux triptyque 1988, 1989, 1990. Mais rassurons-nous, nous connaissons déjà le célèbre aphorisme bordelais : « le meilleur millésime est celui qui reste à vendre » !

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