De Nouveau, nous ne voulons que les vignerons…

De Nouveau, nous ne voulons que les vignerons…

Beaujolais égale Nouveau dit la vulgate, soit. Mais il est des prétendues clartés qui sont fictives. Associer le Beaujolais au sempiternel rouge de soif d’un certain vin du troisième jeudi de Novembre, c’est réduire l’ensemble d’une région à ce qu’elle a de moins intéressant, de moins charmeur. Et s’il est un vignoble qui connait une renaissance qualitative et ontologique ces dernières années, c’est bien le Beaujolais.
Trop longtemps, on a voulu réduire la région à ce fameux Beaujolais Nouveau, qui porta, en son temps, les espoirs de toute une viticulture. Mais aujourd’hui, ces mêmes vignerons ont du mal à sortir de cette image d’Epinal qui leur colle à la peau.
Heureusement, de nouveaux venus apportent un souffle salvateur à même de faire évoluer les mentalités. Et dans un monde paysan comme l’est la viticulture, il faut bien avouer que la conduite du changement n’est pas toujours chose aisée.
Cette nouvelle vague s’est produite en plusieurs étapes. D’abord, la ruée bourguignonne vers les terres beaujolaises. Le pionnier fut la Maison Louis Jadot, dès 1996, grâce au rachat du Château des Jacques. Puis vint Jean-Claude Boisset, en 1997, avec le rachat de Mommessin. S’ensuivit près de 10 ans plus tard, la Maison Louis Latour avec le rachat de la Maison Henry Fessy. Et plus récemment, en 2014, le Maison Albéric Bichot reprenant le Domaine de Rochegrès et la famille Drouhin scellant un partenariat avec les Hospices de Belleville. Il faut dire que la pénurie des terres et des vins bourguignons invite à la diversification.
D’autres négociants français s’intéressent également au Beaujolais. Le Champenois Joseph Henriot, par exemple, avec l’acquisition de Villa Ponciago (anciennement Château de Poncié) ou bien encore le rhodanien Michel Chapoutier qui achète la maison Trénel en 2015, développant son savoir-faire en culture biodynamique.
Et puis, il y a les viticulteurs de renom. Les Thibault Liger-Belair, de Nuits-Saint-Georges ou encore Christine et Michel Lafarge de Volnay voire François de Nicolay, le propriétaire de Chandon de Briailles, qui acquièrent quelques hectares. Même Antoine Graillot, de Crozes-Hermitage, adopte en même temps qu’une ferme, les vignes qui vont avec.
Tous ces éminents vignerons sont mus par une donnée commune : un prix des terres abordable. Dans les vignobles de renom (Bourgogne, Rhône), la valeur des terres commence à flamber et les vignerons trouvent en Beaujolais, un certain havre de paix (jusqu’à quand ?). De facto, cette situation économique favorise aussi une nouvelle génération désireuse de reprendre les propriétés familiales ou des amoureux du vin rêvant de s’installer.
L’attrait du Beaujolais pour les jeunes n’est pas uniquement le prix d’une terre abordable. Non, c’est aussi un magnifique cépage, totalement dévoyé par des années de culture de rendement, de stratégie tournée vers le Beaujolais Nouveau et de vinification par macération carbonique qui sont des effaceurs de terroir. Un comble pour une région qui compte une diversité extraordinaire et qui, grâce à son cépage unique, favorise les différences entre chaque appellation.
Mal aimé parce que banni d’une Bourgogne omnipotente, le gamay est, et reste, un cépage noble. De délicieux arômes de fruits frais qui tournent vers des notes légèrement tertiaires et poivrées avec le temps et un toucher de bouche d’une délicatesse absolue que la vinification en macération carbonique bannit par des acidités mordantes. S’il est bien une chose qui devrait être exclue du Beaujolais, c’est bien la macération carbonique, surtout dans les crus. Ces crus, fers de lance de la région, qui devraient être parmi l’élite des vins de France et qui peinent à se vendre et à trouver preneur. Car l’autre face du Beaujolais, c’est sa difficulté économique. Englué dans une économie moribonde, il est complexe de vendre des crus aux vrais prix de revient. Car ici, les vendanges ne sont pas mécaniques et le surcoût provoqué par une telle contrainte impose un travail de la vigne minimal. Augmenter les prix de vente des crus, c’est donc s’assurer une qualité. Mais pour cela, il faut changer la notoriété d’une région en devenir.