De rerum natura, du bio et de la biodynamie en 2016…

De rerum natura, du bio et de la biodynamie en 2016…

Il serait inutile de nier la montée en puissance de la viticulture biodynamique et de la viticulture biologique. Accueillies comme un souffle salvateur dans le vignoble, même si ces deux types de culture sont très différents, elles restent l’un des mouvements de masse de ces dernières années. Loin, très loin, de l’hypothétique courant des vins nature qui déconstruit tout sur son passage par des méthodes de vinification inadaptées (comme la macération carbonique), la biodynamie, notamment, apporte une vision nouvelle sur la façon d’aborder la plante, le terroir, les hommes et le vin.

Malgré cela, le millésime 2016 risque d’être un tournant ontologique et pragmatique. Ontologique car de nombreux vignerons se sont demandé et se demandent toujours comment lutter contre des attaques virulentes de mildiou et de black-rot sans l’aide de produits phytosanitaires. Pragmatique ensuite car nombre d’entre eux ont ignoré les préceptes biodynamiques ou biologiques pour sauver une récolte. Certains s’en sont émus de manière honnête, d’autres, et ce sont les plus nombreux, préfèrent taire le réel. Car apport de produits de traitement il y a eu et bien eu en 2016.

Un printemps pluvieux et chaud a été le facteur de développement du mildiou, maladie cryptogamique qui attaque les feuilles de vignes, et l’hiver relativement doux n’a pas permis le confinement de la maladie ou la destruction des quelques résidus restés dans le sol. En Alsace, dans le bordelais, en Bourgogne également, les attaques furent féroces. Les régions du Muscadet, avec un climat océanique, ont aussi été très touchées. Comment dans ces conditions lutter efficacement ? Difficile.

Il n’existe aucun traitement vraiment approprié en biodynamie et les pulvérisations de cuivre et de soufre ont peu d’impact quand le phénomène est virulent (d’autant que le cuivre est nocif pour les sols). Seuls les produits dits phytosanitaires ont été efficaces pour les propriétés les plus affectées.

Or l’utilisation de tels produits engendre, de facto, la perte du fameux logo Ecocert, pour les vins biologiques, et Demeter, pour les vins biodynamiques (il existe d’autres organismes certificateurs, nous ne prenons ici que les plus connus). Autrement dit, des vignerons vont perdre la certification sur le millésime 2016.

Que faire depuis notre tour d’ivoire ? Les accabler ? Certainement pas ! Crier au loup comme il serait facile et comme le feront certains hurluberlus parisiens ? Encore moins. Plutôt réfléchir à une mouvance de fond qui peine à présenter des solutions parfaites.

2016 sera sans doute la première année depuis fort longtemps où la production de vins biologiques sera en baisse. Faut-il y voir la chute du mouvement? Certainement pas ! Faut-il y voir la nécessité de trouver des produits adaptés ? Evidemment.

Cette anecdote d’un premier grand cru classé de Bordeaux m’expliquant qu’il ne souhaitait pas passer en biodynamie pour ne pas perdre une récolte si l’année exigeait un traitement mais aussi parce que la culture conventionnelle lui permettait d’utiliser des produits sans délai de ré-entrée dans les vignes (la loi exige un temps de ré-entrée dans les vignes après le passage de certains produits, dans le cas du traitement contre la pourriture grise, le délai de ré-entrée des produits « biologiques » est de trois jours, celui des produits conventionnels de zéro) est une pensée qu’il faudra faire sienne.

Nombre de crus d’exception, qu’ils soient classés ou non d’ailleurs, ambitionnent la culture biodynamique pour une amélioration de la qualité mais également pour rester en phase avec une clientèle de plus en plus exigeante. La pression sociétale est forte et les prix, souvent de peu de relation avec la qualité, imposent des schémas gagnants. Perdre le fameux label en expliquant aux consommateurs que la lutte contre le mildiou était impossible, semble ne pas fonctionner.

Si les cultures biologiques et/ou biodynamiques souhaitent se démocratiser, elles devront être capables de répondre aux besoins des vignerons tout en écoutant les attentes des consommateurs. Un grand écart, admettons-le, pas toujours aisé.

Il est bien difficile pour le vigneron de lutter, seul, contre de nombreux phénomènes. Mais les recherches, trop peu nombreuses, sur le sujet ne seront que peu d’efficacité contre ce qui semble prévaloir : l’acceptation de la perte d’une partie de la récolte. Comment faire autrement quand aucun moyen n’est à ce jour connu et réellement efficace ?

Alors, comme souvent, le consommateur risque d’être une variable d’ajustement. Face à une diminution des quantités et à des charges toujours importantes, la seule solution sera d’augmenter le prix, creusant encore plus l’écart entre consommateur régulier et peu fortuné et consommateur fortuné pouvant se payer les vins issus de vignes ainsi cultivées. Décidément l’équation semble bien complexe à résoudre.

Il est parfois bien complexe de préserver l’environnement et d’adopter une politique volontariste de respect des terres et des hommes. Parfois les millésimes sont plus forts que les hommes. C’est la nature des choses….de rerum natura…

Comments are closed.