Dégustons et ouvrons nous à l'ensemble des vins. Parti pris pour une vision synoptique du vin contre une vision égo-centrée.

Ce week-end à l’occasion d’un regard furtif mais interressé sur ma bibliothèque j’ai relu quelques pages de l’excellent livre de Pierre Poupon, « plaisirs de la dégustation ». Ce livre écrit en 1973, n’a à mon avis, pas eu l’écho qu’il aurait du avoir. Déjà à cette époque l’intelligence de Pierre Poupon était de discerner le processus du goût (avec les quatres sensations tactiles de la langue) et le toucher, véritable marqueur de terroir.

Mais ce qui m’a le plus attiré réside dans l’introduction. En philosophant sur la peu d’attirance de l’homme pour le goût ou le plaisir de la dégustation, Pierre Poupon pose une volonté hédoniste qu’il est bon de rappeler. Un esthète, un connaisseur en vin ou un critique, qu’il différencie de l’amateur, se doit de déguster tous les vins. Pas uniquement les grands crus classés qui font l’admiration de tous mais également les vins moins « côtés » et qui apporte des sensations, certes différentes, mais tout au moins aussi sensuelles. D’un autre côté, cela nous amène à réfléchir sur la tendance du moment à ne vouloir déguster que des vins dits « natures » ou des vins « biologiques » ou alors comme certains journalistes de la glouglousphère, de ne pas vouloir déguster les primeurs de Bordeaux, par exemple.

Le fondement de la réflexion de Poupon est des plus logiques, des plus simples et c’est en cela qu’il est grand. Comment un professionnel peut-il affirmer connaître les vins quand il décidé pour je ne sais qu’elle raison vouloir choisir son camp. Un professionnel à le droit d’aimer ou de moins aimer tel type de vins, mais il a le devoir, de respecter son métier et par delà déguster l’ensemble des vins pour pouvoir se faire un avis et parler (ou écrire) en connaissance de cause.

Poupon fustige ces bien-pensants en leur amorçant un début d’identification avec les consommateurs français. La grande différence entre un consommateur français et un consommateur anglais c’est que ce dernier doit fournir un effort pour s’intéresser au monde du vin. Il ne procède pas d’une culture vin, elle est un chemin volontaire. A l’inverse du consommateur français qui, « baignant » dans la culture vin se croit connaisseur. Or, les professionnels vous le diront, le consommateur français est aujourd’hui distancé par nombres d’amateurs anglais ou anglophones. Dans cette opposition, point de volonté de jugement, mais plutôt la notion de travail et d’effort. Les sens demandent une certaine expérience et une somme de travail considérable pour arriver, au bout d’un temps certain, à être affiné.

Cette introduction banni donc toute forme d’élitisme, de solipsisme, d’individualisme mais bien un travail constant dans l’humilité et le respect des vignerons pour affiner nos sens dans ce qu’ils ont de plus beau. Encore une fois, la phrase d’Henri Jayer qui nous invite à apprendre la philosophie au détriment de la technique à de beaux jours devant elle.

 

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