Les délices de Chopard (à la manière des Délices de Capoue).

Les délices de Chopard (à la manière des Délices de Capoue).

Passé la route départementale qui mène de Castillon-la-Bataille aux derniers lacets de Sainte-Foy-la-Grande, le paysage devient plus terrien, plus vert, plus dense. La route se fait étroite, sinueuse, rêveuse. On entre dans ce que l’on nomme le Périgord pourpre, riche de 13 appellations réunies sous l’étendard Bergerac. Endormies et un peu lascives, elles gagneraient à prendre une certaine indépendance face à une interprofession trop endormie pour comprendre les attentes grandissantes de leurs adhérents.

Pourtant, il réside en ces lieux de formidables terroirs, de très belles propriétés, des joyaux, oserons-nous dire, qu’il n’est pas besoin d’être gemmeur professionnel pour découvrir. Gemmeur certes pas, mais joailler peut-être !

En effet, à Monestier, village près de Saussignac, à quelques encablures de la frontière girondine, se trouve un de ces bijoux que seul un joailler de talent était à même de redorer. C’est l’objectif de la famille Scheufele, propriétaire de la célèbre marque Chopard, ceux-là mêmes qui ont créé la Palme d’Or du Festival de Cannes.

Acquis en 2012, le domaine avait été remis en état de marche par un businessman fortuné, pétri d’immobilier, Philip de Haseth-Möller, parti voguer vers le tertre de Fronsac en rachetant Vrai Canon Bouché.

Avec l’arrivée de la famille Scheufele (originaire de Suisse), les investissements ont pris une autre dimension. Les chais, entièrement rénovés par des compagnons du devoir, ont l’allure altières de bâtiments rénovés et superbement conservés. Tout est tellement bien pensé et construit qu’on les croirait sortis de terre il y a 100 ans.

Et avec le respect des métiers et des traditions, s’ensuit celui de l’environnement. Des bois non traités, des arbres replantés, ou bien un jardin de curé pour la papesse de la biodynamie en bordelais, Corinne Comme. Oui, l’épouse du mystique Jean-Michel Comme, chantre de la biodynamie en Médoc viticole qui, et c’est moins connu, est peut-être encore plus au fait des concepts ésotériques que son époux.

Centralisé autour d’une cour conçue par l’architecte Alain de la Ville, l’ensemble de l’activité se positionne comme le poumon de la propriété. Une tisanerie, avec un travail de menuiserie et de charpentes magnifiques, trône près du chai à barriques, un cuvier réaménagé, des lieux de stockage et un « auvent-corridor » pour relier l’ensemble et lui donner le cachet d’une ferme normande.

Précédemment, le talentueux consultant Stéphane Derenoncourt était aux commandes et les célèbres Claude et Lydia Bourguignon étaient venus inspecter les différentes parcelles. Le travail de viticulture de haute couture était en route. Aujourd’hui, seule aux commandes (avec l’équipe du domaine), Corinne Comme virevolte d’un préparât l’autre, d’une parcelle à une jeune plante, du cuvier au chai à barriques. Energique, elle applique ici avec la plus grande liberté tous les concepts patiemment acquis par une pratique de plusieurs années d’une vie totalement dévouée à la biodynamie.

Et il faut avouer que les efforts consentis sont impressionnants. Notamment sur les vins blancs, l’apport de Corinne est indéniable. La fraîcheur, la précision dans le grain, la pureté sont les ferments d’un supplément d’âme difficilement identifiable.

Les rouges, déjà à un niveau qualitativement supérieur pour l’appellation, gagnent aussi en fraicheur, en majesté par des tanins fins, mûrs et sapides.

Parions que les années à venir feront de ce domaine l’un des plus intéressants, si ce n’est le plus dynamique, du Bergeracois. D’autant que la volonté des propriétaires, également actionnaires de trois caves à vin en Suisse, est de conserver un prix entre 5 Euros et 15 Euros.

Pour une fois que les financiers suisses allègent notre portefeuille sans contrepartie, il est fort à parier que la jeunesse vinique aura la Suisse légère.

Château Monestier la Tour – Cadran – Bergerac – 2014 – Rouge

Nez élégant, fruité et floral à la fois. La bouche n’est pas ample mais bien structurée, pas lourde mais vive, pas trop prégnante mais juste assez. Bref, un vin plaisir pour un exercice d’équilibriste et un vin parfaitement adapté aux moments de gastronomies amicales. 15

Château Monestier la Tour – Cadran – Bergerac – 2015 – Blanc

Au premier nez, on ressent l’élégance, la fraicheur et la pureté des beaux vins blancs. En bouche, on comprend le travail accompli. De la pureté, du dynamisme, le tout enrobé dans une structure juteuse, suave, fruitée à souhait. C’est un vin plaisir qui pourra, sans doute aucun, tenir sur la longueur. Un vrai coup de cœur. – 17

Château Monestier la Tour – Cadran – Bergerac – 2015 – Rosé

Le nez est un peu lactique, fruité certes, mais pas aussi dynamique que le blanc. La bouche est bien bâtie, raisonnablement acide avec des notes de groseille et de framboise. Je m’attendais à mieux. – 14

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