Des vignerons malades des produits phytosanitaires…

Parler pour la première fois de ce que corps qui s’érode et s’épuise. Cette phrase laconique et poignante, début d’un article de l’Express de cette semaine, résume assez parfaitement un mal qui ronge l’agriculture française en général, et la viticulture française en particulier.

Frédéric Ferrand, 40 ans est le premier personnage d’une longue et désastreuse série que reprend l’article. Frédéric est viticulteur, en pleine force de l’âge, il apprend il y a un an qu’il est atteint d’un cancer de la prostate. Avec le recul qui sied à ces gens là, son médecin lui demande son métier. «Viticulteur» répond Frédéric et l’homme de l’art de lâche un dramatique «encore un….».

La viticulture française a connu il y a quelques semaines son premier mort «officiel» d’un cancer dû à des produits phytosanitaire ( voir blog de Hervé Lalau ), et pourtant, personne ne parle de ce mal qui ronge les viticulteurs. En plus d’être sournois le mal est profond, il vient directement de leur travail, de ce pour quoi ils vivent depuis toujours, de leur passion, de «leur sang» comme dit Frédéric.

Et ce quadragénaire courageux n’est malheureusement pas le seul, l’été dernier, lors de son séjour à l’Institut Bergonié, haut lieu de la cancérologie bordelaise, Frédéric avoue, qu’il «y a croisé une dizaine de viticulteurs qui avaient la même maladie que moi». Inadmissible, épouvantable, effrayant, aucun adjectif ne peut décrire le malheur et la souffrance qu’endurent en silence ces professionnels de la terre. «Parce que un paysan ça ne cause pas» explique Frédéric, il est nécessaire de briser l’omerta et de mettre en avant ces maladies qui ont du mal à être reconnues comme professionnelles. Car en plus de se battre contre un ennemi invisible et ravageur, les malades doivent lutter contre la MSA pour que l’institution chargée de gérer les problèmes de sécurité sociale, accepte de transformer leur «maladie» en «maladie professionnelle».

Des associations de lutte se créaient un peu partout sur le territoire pour lutter contre se mal qui dévaste des vies et des familles.

Malheureusement ces hommes et ces femmes, susceptibles d’être atteint d’un cancer, ont fait ce qu’on leur disaient. Les commerciaux et les techniciens de chambre d’agriculture, à force de leur dire de multiplier les traitements, ont réussi, en quelques années, à éliminer le bon sens paysan de respect de la nature au profit d’une agriculture intensive et productiviste. Même moi qui est fait des études en viticulture, mon professeur me vantait les mérites des produits salvateurs, digne représentants d’une agriculture moderne et de qualité.

Quel foutage de gueule…..Mais je ne peux m’empêcher de penser à ces viticulteurs qui sulfatent, désherbent, traitent avec des produits inconnus. Notre société est-elle ainsi faites, que les gens ignorent à ce point un aspect commun et logique. Si l’on utilise des produits qui tuent ( des herbes ou des animaux ) comment pourraient ne pas être nocifs ? N’y a t-il pas un risque pour notre santé ? Et quand je vois les viticulteurs sur leurs tracteurs habillé aussi prudemment que des cosmonautes que l’on envoient sur Mars, je ne peux me résoudre que les produits ne sont pas dangereux.

Loin de moi l’idée d’accabler des travailleurs de l’ombre et , bien souvent sous payés pour leur travail, mais nous devons prendre conscience, collectivement, qu’un agriculture intensive ne peut engendrer que produits chimiques et produits de qualité médiocre. Repensons notre agriculture productiviste au profit d’une agriculture respectueuse de l’environnement. Et lisons Fukuoka qui nous explique, comment en cultivant de manière respectueuse de la nature ses rizières, il a réussi en quelques années à produire plus de riz que les riziculteurs dits en «conventionnel».

N’accablons pas les viticulteurs conventionnels, tous ne sont pas des pollueurs, mais réfléchissons à une nouvelle donne et surtout au type de société que nous souhaitons pour nos enfants…..

Ambroise Chambertin

3 commentaires

  1. Ne pas accabler les vignerons conventionnels, c’est certain, mais à la question qui croire, certains en oublient la morale de la fable de la fontaine le corbeau et le renard…
    Et quand tu vois le scandale fait pendant le salon de l’agriculture par France Nature Environnement avec cette campagne d’affichage sur les algues vertes, il me semble que des agriculteurs n’ont pas encore pris conscience du danger de certains produits sur eux-mêmes et notre environnement. une affiche sur mon blog

    • mm

      Bonjour Olivier, merci pour ton commentaire.
      Le plus difficile dans ce problème est qu’il relève à la fois de la responsabilité des metteurs en marché et de la responsabilité individuelle des vignerons. L’un d’entre eux me raconter que des anciens ouvriers, après les traitements, ont ramassés des oiseaux morts dans la vigne sans se poser de question sur la nocivité des produits. Je pense que l’époque était différente et qu’à l’ère d’une agriculture quantitativiste ils ne s’occupaient pas de cela et on leur disait (notamment les chambres d’agriculture) que tout cela ne risquait rien….

  2. le pire c’est que le fabricants se cachent derrière les mises en garde (il y a bien la classe de nocivité marqué sur les bidons, le « danger », la tête de mort et le mode d’emploi, qui demandent des protections…) la responsabilité est donc du côté de celui, qui ne respecte pas les « règles »…l’employeur est entre temps contrôlé de respecter les conseils de sécurité de ces ouvriers…le « chef », qui travaille seule, fait à sa guise et prends souvent encore des risques insensés.

    Et quand nous autres agriculteurs/vignerons refusions d’utiliser ces produit, largement connu comme nocives, en nous réclament des pratiques « bio », on a mis très longtemps à être compris et pris au sérieux. Encore aujourd’hui, il est plis facile de communiquer sur la « protection de la terre » et la « santé du consommateur », que sur celle de celui, qui est aux premières loges. Et pourtant,nous sommes aussi assez égoïstes, nous pensons à nous, aux nôtres et notre santé, si nous nous passons de passer toute cette panoplie de chimie.

    Il y a des produits à base d’arsénite, qui étaient interdits en Allemagne il y a plus que30 ans, parce que les statistiques des maladies professionnelles de vignerons en Moselle avaient montré le lien de cause à effet entre ces produits et des cancers…en France, on a mis 25 ans au moins de plus, avent de se séparer de la dérogation pour ces produits et les interdire…et encore sous proteste des Syndicats de vignerons et avec des circulaires, qui expliquaient, où s’en procurer en catimini…et on accusait « l’Europe », de vouloir la mort du vignoble Français…

    Et quand Greenpeace a publié il y a deux ans les résultats des analyses faits sur les résidus de tout ce cocktail chimique dans le vin en bouteille, il y a aussi eu une tollé générale, allant àla publication d’analyses faites par les organismes viticoles 8 ans antérieures, qui prouvaient, comme pour le nuage de Tchernobyl: « d’abord, il n’y a rien et en plus, c’est déjà en train de diminuer »

    J’en ai parlé maintes fois sur mon blog ces dernières années, comme beaucoup de mes collègues vignerons blogueurs – mais il faut des morts, pour que les journaux en parlent, et il faut que les journaux en parlent, pour que le monde, qui gravite autour du vin daigne nous écouter – et parfois soutenir.

    Je compte votre article comme soutient, il est donc bienvenu et à saluer…et je vous en remercie, mais il vient bien tard pour beaucoup de nos confrères et consœurs…..

    Quand Greenpeace, il y a quelquesannée

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