Des vins natures….

De retour du Salon Anges Vins, à Saint Aubin de Luigné, je m’interroge sur les vins natures et la mode qui l’entoure. Nous avons dégusté de très beaux vins dans ce salon, et certains vignerons feront l’objet d’une analyse précise dans le prochain numéro de la revue, mais je dois avouer que le phénomène des vins natures me dépasse un peu. Certains vins dégustés étaient vraiment limites et d’autres franchement mauvais. Le fait de réaliser des vins naturels ne doit pas aveugler les vignerons dans une recherche aveugle et insensée. Si certains ne souhaitent pas utiliser de souffre ou de chaptalisation, ils ont le droit. Même le devoir diront certains. Cela n’empêche aucunement de réaliser des vins de qualité. Mais sous l’égide de réaliser des vins naturels, les vignerons ne veulent plus rien utiliser allant même jusqu’à proposer du jus de raisins fermentés, des vins plein d’acétique, bref tout sauf du vin.

Ce n’est pas en luttant contre les OGM, en pratiquant la biodynamie ou la viticulture biologique que l’on réalise des vins de classe. Dans un terroir aussi qualitatif pour les vins blancs, je suis affligé de voir la pauvreté de certains vins et la déni avec lequel les vignerons osent vous regarder quand vous faites quelques remarques. N’oubliez pas Messieurs, Mesdames, que le vin se réalise d’abord dans la vigne et après dans le chai. Si on laisse faire totalement la nature, nous obtenons des vins franchement mauvais. L’illusion d’une non intervention de l’humain dans la vinification est une Cassandre. L’homme doit apporter sa « patte », son savoir-faire, ses émotions dans le vin. Ce n’est pas à la nature de décider de cela. Certes, Henri Jayer disait qu’il « fallait laisser faire la nature ». Mais le faisait-il vraiment ? Oui et non, il intervenait quand il le fallait, pour ne pas que les vins partent dans n’importe qu’elle direction.

Le plus étrange pour moi ce sont les consommateurs. A croire que les goûts ont changés. Tous ces vignerons qui proposent des vins avec des défauts importants sont victimes de leur succès. A force de répéter haut et fort que les vins naturels peuvent être différents, nous en arrivons à une complaisance de la part des consommateurs qui me choque. Que diront ces acheteurs quand leurs bouteilles repartiront en fermentation, seront totalement imbuvables ? « Pas de souci, Messieurs Dames, c’est du naturel, c’est normal ! » diront avec emphase ces pseudos-vignerons.

Quand je déguste des vins naturels comme ceux de Marcel Lapierre, de Gramenon, de Sélosse et autres…, je suis loin, très loin de la pauvre qualité que j’ai rencontré dans ce salon. Gageons que la mode passera et que les vignerons reprendront le chemin de la vinification.

Ambroise Chambertin

 

4 commentaires

  1. Je te rejoins totalement. Souvent j’entend les adeptes du nature dire, c’est pour l’expression des terroirs! et depuis quand un terroir sort des arômes oxydés? Faire du nature est vraiment difficile, il faut un investissement de travail dans les vignes important, et sortir une bouteille de vin nature à 10€, vous êtes sur que ça va sentir les arômes fécaux 🙂

  2. Je partages vos impressions sur l’approximation dont peuvent faire preuve certains vins natures. Je pense ne pas aimer non plus ces vins que vous dites « mauvais ». Et j’ai aussi des difficultés pour dialoguer avec ceux d’entre eux qui les font et me disent d’un ton paternaliste comme à leur gamin qu’il ne faut pas dire « c’est mauvais » mais « Je n’aime pas ». Par humilité sur mes qualités de dégustateur, je suis effectivement réticent à employer ces adjectifs forts. Surtout que maintenant en agronomie il n’y a plus de « mauvaises » herbes dans les champs cultivés mais seulement des adventices.
    Ayant toujours tendance à me faire l’avocat du diable, je pense à ce devaient penser les amateurs de musique quand est arrivée la guitare électrique. Est-ce qu’ils ont considéré ce bruit comme de la musique ?
    J’ai encore moins de connaissances en musique qu’en œnologie. Mais je pense que j’arrive encore à entendre chanter faux les candidats jetés au bucher des radio-crochets de la télé réalité. C’est amusant au début, mais comme certains vins défectueux, c’est vite énervant.
    Ou comme si un opposant à l’usage du savon revendiquait que l’incommodité de l’odeur de la sueur n’est qu’un conditionnement sociétal. Même en ne voulant vivre que d’amour (de la nature) et d’eau claire, je pense que l’on peut très bien se laver à l’eau claire pour contrôler les odeurs que l’on dégage. Personnellement, je n’emporte pas de savon lors de mes randonnées de plusieurs jours en montagne, et une toilette à l’eau des torrents me semble suffisante pour ne pas incommoder mes voisins de table le soir dans les refuges si j’ai des vêtements de rechange.
    Je penserai à votre conclusion la prochaine fois que je serai dépité au restaurant parisien à la mode en commandant une bouteille de vin naturel que j’ai jugée imbuvable pour les défauts évoqués et que le serveur/sommelier me dise que c’est normal sans vouloir me changer la bouteille. Puisque c’est ce qui m’est arrivé vendredi soir.

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