Drosophila Suzukii, la plaie de 2014 ?

On pourrait croire que les vendanges 2014 sont marquées par l’arrivée de l’anticyclone des Açores, à l’origine de l’exceptionnel été indien dont bénéficie toute la France. Après un été calamiteux, le soleil et les températures clémentes, suivies de nuits relativement fraîches, permettent aux raisins de mûrir et d’atteindre des stades de maturité encore inespérés il y a quelques jours.

Pourtant, à bien y regarder de plus près, les vendanges 2014 risquent d’être entachées par une simple mouche, toute minuscule de surcroît, la drosophila suzukii.

Sa cousine européenne, aussi appelée drosophile à vinaigre, se répand sur les fruits en surmaturation lorsque les peaux sont presque prêtes à éclater. Alors que cette dernière, venue d’Asie du Sud-Est, s’installe sur les fruits sains et lors de la véraison.

Grâce à une lame coupante, elle insuffle ses œufs dans la pulpe du fruit et laisse une ouverture pour l’introduction de bactéries dans la grume et la mouche répand sa ponte au cœur du fruit. Après des épisodes chauds et humides, les raisins mûrissent et les œufs de la drosophile se nourrissent du sucre des raisins. C’est alors qu’ils éclatent, se liquéfient et répandent une odeur caractéristique de vinaigre.

La présence des drosophiles dans la vigne a toujours eu lieu. Louis-Fabrice Latour, président délégué du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), rappelait en conférence de presse que son père se souvenait que son propre père lui avait dit qu’il y avait eu beaucoup de drosophiles lors des vendanges de 1933…Mais cette « nouvelle venue » (première apparition en France, en Corse et dans le Sud en 2010) se répand à une vitesse fulgurante et il reste délicat de pouvoir traiter en prévention. Quelques pulvérisations d’argile ont l’air de limiter le phénomène, mais c’est tout le vignoble français et suisse qui commence à s’inquiéter de la prolifération de la bestiole.

L’année 2014 aura été particulièrement féconde pour les attaques de drosophile. La douceur du printemps (aucune gelée des sols en Bourgogne), les pluies et les orages de l’été et les fortes chaleurs de ce début Septembre, sont sans conteste, des facteurs aggravants de prolifération.

Il ne suffisait pas des orages de grêle, voilà que les vignerons ont affaire à une nouvelle plaie. Je ne serai pas surpris que l’une des raisons des problèmes d’oxydation prématurée de nombreux bourgognes blancs soit issu de cette mouche. Les raisins ramassés ne sont pas sains et il reste difficile de les trier. Et les années précédentes, nombre de viticulteurs considéraient que les attaques de mouches faisaient partie intégrante des vendanges.

Autre phénomène, la mouche attaque en majorité des raisins rouges, gonflés par l’eau, ce que la mouche du vinaire ne faisait pas. Et surtout, nous constatons, que les vignes parfaitement cultivées, avec des baies aérées et des rendements limités, ne sont pas attaquées par l’insecte. Plus que jamais une viticulture à deux vitesses est en train de se mettre en place.

 

Article écrit en collaboration avec Jacky Rigaux.

1 commentaires

  1. Avec un peu de chance, les parasites de cette drosophile ( http://myrmecofourmis.fr/Drosophila-suzukii-la-drosophile ) finiront eux aussi par se développer et tout redeviendra comme avant… En attendant j’ai lu sur un autre blog que certains vignerons utilisaient des traitements à l’argile…

    Pour ce qui est de l’infestation de drosophiles en 1933, oui il y a toujours eu des drosophiles, mais les locales ne pondent que dans les fruits abimés (du coup, s’il y a un coup de grêle, elles peuvent pulluler plus facilement). Du coup les locales ne posent pas vraiment de problèmes, puisque le fruit a déjà été abimé par autre chose auparavant.

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