Du journalisme journalistique…

Depuis quelques temps nous voyons apparaître une certaine acrimonie entre les tenants du « pur » journalisme et les passionnés/professionnels qui décident de tout arrêter pour consacrer leur vie au noble breuvage. Les tenants de la ligne journalistique affirment, haut et fort, qu’il est nécessaire de posséder un savoir-faire journalistique pour pouvoir écrire sur le monde du vin. Sans ce bagage, cette nécessaire formation, ils invitent les consommateurs à se méfier des «autres écrivains du vin» qui, pour eux, ne peuvent mener à bien un reportage sans concession. Autrement dit, pour écrire sur le vin, point besoin de connaître les bases viniques, il suffit de posséder un diplôme d’une école de journalisme en vue.

Cette position est celle du magazine français leader dans la presse vin où les journalistes, via leur compte twitter, se gargarisent d’appartenir à une noble classe sociale.

Pourtant, à bien y réfléchir, 2014 aura été révélateur des errements de cette vision passéiste. Prenons un seul exemple. Isabelle Saporta, journaliste reconnue et formée par le trublion Jean-Pierre Coffe, publie un livre consacré à la chose vin (du moins aux Grands Crus de Bordeaux) pour lequel le monde du vin s’est mis en émoi. En parallèle, la chaîne France 3 programme un reportage, de la même journaliste, toujours sur le même sujet. Résultat : un livre et un reportage télévisuel réalisé par une journaliste d’investigation qui fait un flop. Flop au niveau de la diffusion du livre qui peine à trouver un lectorat et flop de l’émission qui fut l’une des pires audiences de la chaîne en 2014.

Alors, oui, si la conclusion est aisée, le résultat est probant. Il n’est point besoin d’être journaliste de métier pour écrire sur le vin. Il suffit simplement d’être passionné, curieux, d’écouter, d’analyser et de posséder un sens critique noble.

D’ailleurs nos meilleurs journalistes français ne sont pas journaliste de métier. Michel Bettane est professeur agrégé de lettres modernes pendant que Bernard Burtschy est docteur en statistiques et professeur émérite à Centrale Paris. Que j’aimerais que certains « journalistes » possèdent la moitié de leur connaissance et de leur intelligence de la dégustation !

Et que dire des critiques leaders à travers le monde ; Robert Parker a été avocat, Jancis Robinson est venue au vin par passion et Antonio Galloni était dans la finance. Leur travail est-il moins intéressant que ceux des journalistes de métier ?

Non, le vrai, le seul facteur qui devrait guider les écrits du vin reste l’indépendance. Indépendance de jugement, indépendance d’analyse et indépendance de travail. Et ne croyons pas que parce que la publicité est présente, l’indépendance disparaît… Non, l’indépendance, voilà le maître mot de notre métier et cela est et restera un état d’esprit !

Et nous en ferons notre crédo pour cette nouvelle année 2015.

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