Echo des primeurs – 1 – du prix des vins de Bordeaux

Avec cette semaine des primeurs bordelais, il est déjà de bon ton, dans certains milieux, de dénigrer la région arguant de prix trop élevés, sans même avoir dégusté les vins. On fait du « Bordeaux bashing » primaire à l’endroit des grands crus en oubliant une donnée importante : tout Bordeaux n’est pas constitué de grands crus.

Certes, certains vins de Bordeaux sont devenus des marques stars, des vins de spéculation qui profitent à l’ensemble du système. Certes, ces marques sont déconnectées de l’acheteur historique qui, il y a encore 20 ans, pouvait se payer l’une d’entre elles. Mais les choses changent et le monde évolue.

Toutefois, faire du Bordeaux bashing est aussi idiot que juger un millésime ou une propriété à l’aune d’une seule dégustation. Prenons un exemple, très tendance, très « hype » comme disent nos amis américains : la Bourgogne. Ce petit vignoble, très artisanal, s’est fait le chantre des vins de terroir grâce à la notion de climats mise en avant par différents viticulteurs de « haute couture ». Il est vrai que la qualité n’a jamais été aussi élevée et que de nombreux jeunes réalisent des merveilles. Mais qu’en est-il des prix ?

A y regarder de plus près, force est de constater la montée très importante de ces derniers. On peut arguer de millésimes très complexes (2011, 2012 et 2013) où le climat fit baisser les rendements, certes. On peut aussi ajouter l’engouement mondial qui fait du Pinot Noir le cépage à la mode, vrai. Mais on peut aussi ajouter la volonté pour certains propriétaires de réaliser des revenus plus que confortables, ce n’est pas honteux. Mais il est juste d’avouer que la Bourgogne pratique aujourd’hui des prix totalement délirants. Où peut-on trouver un simple Bourgogne à moins de 10 Euros ? Je me le demande (on en trouvera toujours, je parle ici de vins qualitativement intéressants !). Et que dire des vins moyens, style Gevrey Chambertin 1er Cru, qualitativement en dessous de son niveau théorique, à moins de 30 Euros ?

Oui, la Bourgogne est une région qui devient très/trop onéreuse.

Et je ne vais pas épiloguer sur certains vins de Provence, sur les Champagnes de marque, sur des Jura sous les feux de la rampe. Non, des vins trop chers il y en a partout en France et pas seulement à Bordeaux.

Quand on m’explique que les vins de Bordeaux sont trop chers, certaines fois je vois rouge. Aujourd’hui on trouve des Pessac Léognan à 12 Euros, des Médoc et Haut-Médoc dans les mêmes prix voire moins, des Grands Crus de Saint-Emilion à moins de 15 Euros. Pas des vins ragoûtants, non des vins remarquables. Même certains Grands Crus Classés ne dépassent pas les 25 Euros et peuvent tenir des années et des années. Mais cela on ne le voit pas, tout simplement parce que les critiques internationaux (et certains français) ne font pas le job. Ils préfèrent balancer des notes sur des grands vins, comme pour agiter le landernau des spéculateurs, plutôt que de s’intéresser aux bons rapports qualité/prix. C’est décevant mais c’est le système.

Arrêtons de faire du Bordeaux bashing basique. Comme pour l’ensemble du vignoble français, regardons les vins bien faits, friands, gourmands, suaves pour certains, voire même ceux possédant un vrai potentiel de garde et arrêtons de flageller Bordeaux en arguant de prix trop élevés. Car, dans ce cas, Bordeaux est loin d’être unique.

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