Echo des primeurs – 3 – Du mûrissement du Merlot

Les conditions spécifiques du millésime (été pluvieux, nuageux et automne ensoleillé et très lumineux) n’ont pas permis au Merlot de mûrir confortablement comparé à son homologue Cabernet-Sauvignon. Il en résulte donc une faiblesse sur ce cépage qui pourrait faire croire à une faiblesse pour les vins de la rive droite. Mais fort heureusement, dans leur grande majorité, les vins de la rive droite s’en sortent formidablement bien grâce à un cépage mal compris par de nombreux vignerons : le Cabernet franc.

Il est vrai qu’il a quelques soucis de mûrissement et que l’été indien reste le climat idoine pour lui. Mais le Cabernet franc devrait être réhabilité sur la rive droite car il apporte de nobles notes d’épices et surtout une fin de bouche aérienne et une tension que le racoleur Merlot ne connaît pas. Le Merlot flatte la bouche par son opulence alors que le Cabernet lui donne une dimension plus intéressante.

Il y aura donc deux stratégies cette année. Les tenants d’une proportion Merlot plus importante afin que le vin soit bu plus rapidement pendant le marathon des primeurs et une deuxième vision, s’inscrivant sur le long terme, où le Cabernet franc apportera le petit supplément d’âme à faire des grands vins. Mais l’exercice des primeurs doit-il être un exercice de vins faciles à boire dès cette époque ou la recherche d’un futur au vin, ce qui impose une buvabilité et un aspect flatteur moins prégnant durant cette terrible semaine.

Flatteur, le Merlot est aussi certaines fois un peu capricieux. La finesse de ses peaux ne permet pas une maturité tardive car la moindre pluie est source d’éclatement des baies et de pourrissement rapide. Ce fut le cas dans de nombreuses parcelles de Pomerol et de Lalande de Pomerol, où les quelques pluies salvatrices de fin septembre se sont muées en problématique pour certains vignerons. Certains vins de Pomerol connaissent donc une légère dilution en milieu de bouche et les vins de Lalande de Pomerol, aussi affectés, avec une viticulture moins précise que son prestigieux voisin, souffrent particulièrement. Comme toujours, les tenants d’une viticulture haut de gamme sont exempts mais force est de constater l’importance des Cabernets francs dans une année aussi automnale que 2014.

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