L’Alsace aux mille facettes

L’Alsace aux mille facettes

Omnipotente, un brin omnisciente, parfois arrogante, la Bourgogne fait office de référence dès qu’il s’agit de terroirs. Les climats, ce noble découpage virgilien opéré par des moines plus férus de savoir terrestre que de pensées célestes, sont devenus en quelques années et avec le travail acharné de Jacky Rigaux et d’Aubert de Villaine, la référence mondiale. C’est bien mérité. Toutefois, les travaux et autres écrits liés aux différences géologiques impactant le vin ne doivent pas être confisqués par la seule Bourgogne. Toutes les régions possèdent une diversité de terroirs qui en font des mini-Bourgogne selon l’échelle du lieu. Et s’il est une région qui pourrait se confondre avec la référence, c’est bien l’Alsace.

Très peu connus, trop peu connus, les terroirs alsaciens sont bien plus complexes et divers que la Bourgogne. Bien plus multiples. Là où la région de Philippe le Hardi joue sur les rebords de faille, les différentes fissures au sein d’une dalle calcaire commune et des sols différents, la région alsacienne propose une variété infinie de différentes roches, couches, sous-couches. Jugez-en : calcaire, gneiss, grès, granites, schistes, roches sédimentaires, volcaniques, alluviales, marneuses et j’en passe dans cet inventaire géologique à la Prévert. Sans compter, bien évidemment, le mélange de chacun d’eux qui donne d’aussi étranges noms que calcaro-gréseux ou volcano-sédimentaire.
Complexes, multiples, différents, raisons d’un désamour des consommateurs et surtout des critiques français et internationaux qui n’ont jamais pris le temps nécessaire pour réellement comprendre cette terre aux mille facettes. Bien sûr, il y a des pointures dans le domaine, je pense au natif Bernard Burtschy ou à Michel Bettane, mais très peu de critiques connaissent réellement l’Alsace comme une terre de diversité et de contrastes. Pourtant…

Aujourd’hui, l’Alsace vit une révolution et combat les démons du passé. Non, pas les démons historiques, les guerres et autres incessants changements de nationalité, plutôt le poids d’une guerre muette, d’un combat de religion entre catholiques et protestants qui toucha profondément les mentalités alsaciennes. Entre rite sacrificiel et acrimonie, entre haine du corps catholique et rejet hédoniste protestant, l’Alsace n’a jamais cru en elle-même, en la force de ses terroirs, en la beauté de ses vins. Le commerce tout puissant a profité de la faiblesse des vignerons ; de faibles rémunérations pour imposer des vins non finis, pleins de sucres résiduels non maitrisés qui leur donnaient une gentille rondeur sucrée à une époque où le sucre devenait tabou. Ontologie de l’oxymore.
Heureusement, la révolution qualitative est en marche. Les alsaciens croient de nouveau dans leur potentiel. Des fers de lance, des influenceurs arpentent le monde entier pour prêcher la bonne parole d’une qualité retrouvée. Grâce à eux, à leur engagement, à leur dynamisme, à leurs compétences, l’Alsace est à nouveau terre d’exception. Et même si les habitudes n’évoluent pas rapidement et qu’il reste encore de nombreux vins de peu d’intérêt, les vins alsaciens rivalisent avec les plus grands vins de la planète.

L’objectif de cette sélection, non exhaustive, est de fournir des clés de compréhension, des premiers indices pour un futur voyage en terre alsacienne. Il ne se veut en aucun cas une revue de terroirs, une analyse complète de ce qu’est l’Alsace. Cela serait, a priori, totalement impossible. Car sa diversité l’Alsace la puise donc dans son terroir que l’on peut résumer très rapidement en trois zones géologiques. Tout d’abord, l’Alsace des montagnes vosgiennes, cristallines ou gréseuses, lieu d’expression des forêts de conifères, de chaumes et de prairies d’altitude. Puis, l’Alsace des plaines, celle du Rhin et du Ried, où les terres gorgées d’eau et amoureuses conviennent parfaitement à la culture du houblon, du chou et des céréales. Entre les deux, accrochée à l’Alsace des montagnes, le regard vers l’Alsace des plaines, l’Alsace des collines, superbes franges et croupes arrondies, verdâtres, changeantes, évolutives, souvent orientées sud/sud-est, s’étend sur 120 kilomètres de long. Ici, dans ces terres où le climat peut être changeant, l’énergie est à l’oeuvre. Une énergie de la diversité. Comment dès lors associer tel ressenti organoleptique au Riesling ou au Gewurztraminer. Il existe « des » Riesling, « des » Gewurztraminer comme il existe « des » Alsace.

Alors pour vous emporter dans ce tourbillon, dans cette mosaïque de paysages et de diversité, rien de mieux qu’un inventaire amoureux des domaines alsaciens. Tous ne sont pas présents, c’est impossible. Et l’absence n’est pas gage de qualité moindre. Non, c’est une sélection subjective de domaines que nous aimons particulièrement, des nouvelles stars de l’Alsace en mouvement, des gardiens du temple. C’est une Alsace aux mille facettes, aux différents portraits que nous vous proposons. Comment faire autrement ?

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