Il faut parfois essayer de comprendre le vin…(partie 1)

Samedi soir. Soirée improvisée entre amis amateurs de vins. Je sors donc deux bouteilles. Un blanc, un rouge. Je dois avouer que le choix du blanc s’est plus porté sur le fait que je voulais déguster cette bouteille en particulier que sur la volonté de partage. Pourquoi ? Parce que ce vin n’est pas facile d’accès. Très décrié, les amateurs sont souvent déçus et nombre de professionnels (critique ou revendeurs) disent ne pas le comprendre.

C’est donc dans cette optique que je décida de déguster cette bouteille. Aller vers une meilleure compréhension du vin, du domaine et de la façon de vinifier. Mais vous allez me dire, comment comprendre une bouteille, un domaine ou un homme avec une seule dégustation. Certes cela est présomptueux. Mon objectif était de voir ce que le vin « avait dans la ventre ».

J’ai donc carafé de vin 3 heures avant la dégustation à température ambiante puis une petite heure gentiment au frais.

La Coulée de Serrant est sûrement l’un des plus beaux terroirs de France. La Coulée qui porte bien son nom puisqu’il s’agit d’un très joli coteau qui plonge et coule vers la Loire. Plus vieux terroir de France (en terme de datation) Savenières et la Coulée de Serrant sont des patrimoines, des trésors de notre vignoble. Mis à part la qualité des crus, la Coulée de Serrant s’est fait connaître par la personnalité de son propriétaire. Nicolas Joly a été l’instigateur de la biodynamie en France. Visionnaire, surdoué, poète, versatile, un inventaire à la Prévert ne suffirai pas pour définir le caractère complexe et parfois étrange de Mr Joly.

Adepte du « laisser faire » la nature, il vendange souvent des raisins à la limité de la surmaturité, voire de la pourriture, ce qui donne aux vins des notes très oxydées qui peuvent déranger le consommateur.

C’est pour cette raison que j’ai souhaité mieux comprendre ce domaine. En achetant quelques bouteilles et en les dégustant dans des endroits, des périodes et sur des plats différents, j’essaye de mieux comprendre ce qu’il y a derrière le verre.

Première étape : Clos de la Coulée de Serrant – Coulée de Serrant – 1990 

Superbe couleur jaune doré avec des reflets légèrement oxydatifs. Le nez nous emporte dans un univers fascinant. Des notes d’acacia, de miel, d’herbe coupée, une vraie complexité avec à la fois une fraicheur et une certaine oxydation. En bouche, la vivacité, la longueur et la présence laissent un côté songeur car nous nous attendions à plus de gras, de velouté et d’oxydation. Malgré le temps, le vin exhale une superbe fraicheur avec une vivacité et une dynamique qui donnent un caractère adolescent. Du grand art.

Premier essai de compréhension : l’un des reproches que l’on fait à la Coulée et son caractère oxydatifs que les vins sont jeunes. Par contre, lorsqu’il ont un certain âge, rien de désagréable à cela. Et c’est là l’un des paradoxes de ce vin. C’est qu’il est oxydé quand il est jeune mais qu’avec le temps, il reprend des notes fraiches, élégantes et une vivacité et une acidité qui viennent soutenir le tout. Je ne peux m’empêcher de penser à la phrase d’Henri Jayer, cité par Jacky Rigaux, à propos des vins de Henri, très décrié à l’époque : « Mes vins font vieux quand ils sont jeunes et jeunes quand ils sont vieux ». Je pense que rien ne peut mieux définir les vins de Nicolas Joly aujourd’hui.

 

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