Jeantet-Laurent, des vins ciselés.

Jeantet-Laurent, des vins ciselés.

Jeantet_Laurent_PRESENTATION_1449595333051La passion a ceci de particulier, elle emporte tout. « Aimer c’est agir » disait Hugo. Il est vrai. Le dynamisme à l’œuvre est souvent œuvre de passion. Alors écrire sur un passionné, jeune de surcroît, reste toujours une tâche délicate. Il convient de trouver le juste équilibre, le chemin de crête qui ne nous fera basculer ni dans un camp, ni dans l’autre. C’est le difficile exercice auquel je me livre pour vous.

Antoon Jeantet-Laurent est un de ces passionnés de vins (j’insiste sur le « s » de vins, tellement sa boulimie est grande). Avant de passer son baccalauréat, il part sur les chemins de France et de Navarre pour rencontrer les plus grands vignerons qu’il aimait découvrir dans les guides et les revues qu’il dévorait à foison, de manière irraisonnée, déraisonnable. Là, devant les portes des caves, il demande à apprendre, simplement apprendre pour tout comprendre. La famille Berrouet en premier lieu, mais aussi Stéphane Derenoncourt ou Denis Dubourdieu l’accueille. L’Espagne aussi, avec la famille Garcia de Vega Sicilia, la Bourgogne avec Bernard Noblet de la DRC, la famille Guigal, le domaine Clape à Cornas, la famille Fayard en Provence ou Hubert Lignier. De tous, il s’inspirera. Il mémorisera, retiendra tout. De cette expérience naîtra son bréviaire de vinification, son goût, ses ambitions.

Après ce tour de France, à la mode compagnon, il décide de reprendre des études, pour être ingénieur. Mais là encore, la passion le pousse à agir. Il se dépêche, passe ses diplômes puis devient responsable de la recherche chez un tonnelier. Désir d’indépendance ou trop grande exigence, l’aventure se termine après cinq années.

Alors sa passion pour le vin, il va la muer dans l’écriture. Il ouvre un blog, écrit beaucoup, se déplace, déguste, embrasse une nouvelle carrière avec la déraison propre aux passionnés. Mais très vite, il s’aperçoit que le travail est peu rémunérateur. Une belle aventure se termine mais aura étanché, un temps, sa soif de connaissance.

Réflexions, circonvolutions, tâtonnements. Le désir de création est à l’œuvre, alors il créera. Son amour, c’est le vignoble, son intérêt, le vin. Quoi de mieux, dès lors, que de contacter ses copains vignerons et les convaincre de louer quelques arpents de leurs vignes. Il devient vigneron/vinificateur itinérant. Il arpentera les vignobles hexagonaux, encore une fois à la mode compagnon/tour de France. Jugez-en plutôt : Chablis, Nuits-Saint-Georges, Condrieu, Côte-Rôtie, Languedoc. Toutes ces parcelles, ces quelques hectares, il va les travailler, les récolter, les vinifier, les accompagner. Et ne croyez pas que la tâche soit simple. En Chablis par exemple : »les parcelles ne sont pas mûres au même moment, alors je passe deux fois », affirme-t-il sur le ton de l’évidence. Que de kilomètres parcourus car, entre temps, il file à Condrieu, puis à Ampuis, descend en Languedoc avec de remonter contrôler la maturité de ses baies chablisiennes.

Les vins, il les aime droits, tendus, avec l’acidité nécessaire pour étancher la soif et apporter un côté aérien et gouleyant, de plus en plus nécessaire dans notre consommation contemporaine. Mais surtout, il ne se départ pas de la notion de garde. « L’acidité est nécessaire pour accompagner les vins dans le temps » avoue-t-il. Certes. Acidité il y aura. Mais elle sera patinée et accompagnée par une maîtrise de l’élevage et du bois dont on voit où il a pu l’acquérir, sur les contreforts d’Ampuis, par exemple, chez l’ami Marcel.

Sous des atours juvéniles de nervosité et de tension, Antoon possède la philosophie des vignerons nobles d’autrefois. La compréhension de la terre et de l’esprit du vin comme boisson plaisir. Ces vins sont produits en petites quantités, expliquant par là des prix élevés. Mais l’investissement en vaut la peine. Je ne peux que vous recommander l’excellent rosé du Languedoc sis à Saint-Georges-d’Orques, au terroir de galets roulés à composantes argilo-calcaires, siliceuses et gréseuses. Un Languedoc rosé à la gourmandise charnue. Le Côte-Rôtie tendu et très précis, laser-like comme disent les britons. Le Condrieu, charmeur en diable qui joue des accents exotiques sans se départir d’une belle suavité. Le Nuits-Saint-Georges possède une aromatique joliment boisée et des touches florales et le Chablis, plein de minéralité, de cailloux, étonne par sa tension.
Les vins ne sont produits qu’à quelques milliers d’exemplaires (4000 pour le rosé languedocien, moins de 1000 pour le Condrieu). Mais peu importe. Quand on a la chance de croiser le chemin d’Antoon, on tombe sous le charme de sa passion dévorante, de son savoir érudit, de sa connaissance sans fin. Alors, la passion reprend le dessus et emporte tout !

Jeantet-Laurent – Condrieu – Le Secret de Pline – 2014
Pline l’Ancien a écrit une somme philosophique dont 22 chapitres sont consacrés à la vigne et au vin. Citant les cépages du Rhône, il oublia, volontairement, le Viognier car il l’aimait tellement qu’il ne souhaitait pas diffuser sa connaissance. Ce fut le Secret de Pline.
De belles notes de citron rehaussées par de très gourmandes notes de fruits exotiques. De l’ampleur, une belle précision dans la structure pour un Condrieu droit, frais, au grain fin. 100% fûts neufs – 45 Euros.

Jeantet-Laurent – Chablis 1er cru – Le Milieu de Montmeillant – 2014
Situé sur une ancienne frontière, ce premier cru Mont de Milieu, anciennement orthographié Montmeillant, fut le lieu d’une lutte acharnée entre les Comtes de Champagne (juridiction de Chablis) et les Ducs de Bourgogne, propriétaires du finale de Fleys. Terroirs de calcaire du Kimméridgien.
Minéral, silex, prairie de printemps pour un nez déjà vif et net. L’acidité, un peu mordante, permet de supporter la puissance et la matière, sans lourdeur aucune. Brillant, énergique, très calcaire en bouche avec un grain très fin.
100% fûts neufs.

Jeantet-Laurent – Languedoc – Cuvée Rosé – 2014
A Saint-Georges-d’Orques, il existe un grand plateau au climat idéal et aux terroirs de galets roulés avec un sous-sol argilo-siliceux, gréseux et marno-calcaire. Tout pour faire des rosés charnus et denses comme on les aime.
Notes de fraises et de fruits rouges, très floral. Charnu, juteux, plein de chair et de densité sans être ni lourd, ni alcooleux. Attention, addictif.
80% Grenache noir – 20% Mourvèdre ; 15,00 Euros

Jeantet-Laurent – Côte-Rôtie – Les Filles de Maugiron – 2013
Le seigneur Maugiron, propriétaire de l’ensemble de la Côte-Rôtie, a selon la légende partagé son domaine pour doter ses filles. L’une était blonde, l’autre brune. Ainsi naquirent la Côte Brune et la Côte Blonde.
Légèrement poivré, très belles notes de pivoine. Droit, tendu, légèrement fumé, avec un grain très fin, laser-like et un très bel équilibre d’ensemble. Peut tenir minimum 10 ans.
Grappes entières – 100% fûts neufs – 55 Euros.

Jeantet-Laurent – Nuits-Saint-Georges – Les Bonnes Nuits – 2013
Grappes entières
Très beau boisé, fin et délicat. De la densité en bouche, mais dans l’élégance, de la tension, de la longueur et une qualité de grain. Légèrement acidulé, ce qui lui permettra de durer dans le temps. Un Nuits-Saint-Georges élégant, racé et fin.

Contact : Jeantet-Laurent

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