La polémique des vins biologiques

En France, il existe une polémique très intéressante, qui oppose l’un des plus grands dégustateurs, Michel Bettane et les défenseurs d’une viticulture biologique. Dans un article pour un journal italien, le Gamberro Rosso, Michel Bettane affirme que de trop nombreux vins dits biologiques ou se revendiquant de la dénomination « vins naturels » ne sont pas du niveau qualitatif de très nombreux vins « conventionnels ». En affirmant que le fait d’apposer un logo AB (pour Agriculture Biologique) n’est pas un gage qualitatif, il ne fait que mettre en évidence ce que de trop nombreuses personnes veulent nous laisser croire : que la certification AB est un gage de qualité. Non et absolument non, c’est un gage d’une production de raisins selon la démarche biologique ce qui ne constitue aucunement une obligation qualitative. Certes, le vigneron qui cultive sa vigne dans le plus grand respect, avec précaution et passion proposera des raisins toujours plus sains et qualitatifs que celui qui privilégie la quantité à la qualité. Le terroir, cet ensemble de facteurs qui va au delà de la terre et inclut le climat, l’homme, la façon de travailler, les températures et les vents, sera le vecteur d’un grand vin par rapport à un vin plus modeste alors que la viticulture biologique ne s’impose pas comme un vecteur qualitatif assuré. Si Bettane se défend d’assimiler la culture biologique à une « imposture », il n’en a pas moins raison de penser qu’il s’agit bel et bien, dans certains cas, d’un leurre. Un leurre, dont le but mercantile, est de faire croire aux consommateurs qu’il est synonyme de qualité. Henri Jayer, Coche Dury, Romanée Conti, Pontet Canet, Claude Dugat, Eric Rousseau, Benjamin Dagueneau et beaucoup d’autres, privilégient la qualité à la quantité sans toutefois se revendiquer d’une chapelle AB ou d’un logo sur leurs bouteilles. Leur but commun : la meilleure expression possible du terroir et donc la meilleure viticulture possible. Car c’est par la qualité du raisin que nait un grand vin.

La mode en France est de proposer des vins « naturels », des vins « natures », sans pesticides, sans souffre, sans rien d’autres que des intrants soit disant naturels. Mais certains de ces vins, bien que naturels, n’en sont pas moins qualitativement abominables. Comment ne pas penser à une volonté plus mercantile au détriment d’une démarche qualitative ? Car si le viticulteur souhaitait réellement proposer des vins de qualité il n’oserait pas mettre sur le marché des boissons aussi immondes que celles proposées. C’est face à cette « mode » que Michel Bettane s’est rebellé. Comment ne pas prendre la plume et écrire la vérité ?

La mode des vins naturels, des vins sans soufre, des vins biologiques ne doit pas détourner les consommateurs de la qualité. Tous les vins naturels ne sont pas qualitatifs, loin s’en faut, et tous les vins conventionnels ne relèvent pas de la grandeur des quelques 1% de très grands vins. Un monde équilibré est un monde où tout le monde peut vivre, s’épanouir, dans le respect de soi et d’autrui. Que les vins biologiques ne nous imposent pas leurs démarches et que les viticulteurs soucieux de qualité soient le plus irréprochables possibles dans leurs produits. C’est à ce titre que nous aurons une seule et même vision du vin : la meilleure voie possible d’expression d’une terre, d’un lieu, des femmes et hommes qui sont le terreau de ce produit culturel qu’est et reste le vin.

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