L’affaire du bois de Corton

L’affaire du bois de Corton

J’aime la Bourgogne passionnément pour ce qu’elle offre comme alternative à certains vignobles plus industrieux. Mais il faut bien admettre que depuis quelques années, et avec la folie autour du pinot noir, les mentalités changent, évoluent. Il devient de plus en plus difficile de déguster chez certains vignerons qui vous affublent d’un : « la presse française ? On s’en fout ! ». Dont acte.

Mais ce matin, c’est contre la Bourgogne virulente, enfermée, se regardant le nombril que je peste. Une Bourgogne omnipotente et omnisciente. Alors certes, ne mettons pas tout le monde dans le même panier et avouons que majoritaires sont les viticulteurs à rester loin des artifices syndicaux et politiques. Ce matin donc, je me renseigne auprès de responsables de l’ODG sur la situation alarmiste du bois de Corton. L’information a fuité, a été relayée tout en étant savamment orchestrée par certains vignerons.

Revenons sur les soi-disant faits. Le bois de Corton, situé sur le haut de la célèbre colline de Corton, qui a défrayé la chronique avec la récente vente de Bonneau du Martray, fut vendu il y a quelques années à un propriétaire privé pour 100 000 Euros. Aujourd’hui, les rumeurs les plus folles, et non vérifiées en l’état, affirment que le même bois va être vendu à près de 1,5 millions d’euros à un « investisseur ». Mais d’investisseur, on ne connait, ni le nom, ni la société.

Posant la question au responsable tout en lui stipulant que le propriétaire privé a le droit de garder secret le nom de son probable acquéreur, celui-ci me dit être inquiet et « veut savoir ce qu’il y aura sur la colline. Nous ne pouvons accepter n’importe quoi ». Ce en quoi, je lui réponds par l’affirmative.

Mais à ma demande de vérification d’une telle vente et d’un tel projet, que nenni. Surtout quand le même interlocuteur m’affirme de manière un peu péremptoire connaitre le montant du délit : 1,5 millions d’Euros. Chiffre bien évidemment farfelu, sans aucune vérification.

Quand j’explique à mon défenseur de la veuve et de l’orphelin que j’ai également entendu une rumeur sur la possible construction d’un hôtel de luxe 5 étoiles, comme certains l’affirment dans la presse régionale, ce dernier de m’expliquer grandiloquent qu’il ne faut pas publier des spéculations, qu’il faut vérifier ses sources, qu’il convient de ne pas faire de mal à Corton.

Alors, un petit point s’impose. Pour l’instant, « l’affaire Corton », car cela va en devenir une, est une rumeur, une « spéculation » sans fondement aucun. Des inquiétudes, tout au plus. Convoquer la presse un Lundi soir, envoyer des communiqués de presse sur des allégations, je trouve cela particulièrement infertile quand on souhaite défendre une cause et d’autant plus inféodé quand on veut mettre la presse sous sa coupe. Il est simplement dommage que la presse régionale suive sans aller plus loin. Ensuite, quand on relaie des rumeurs, il convient de ne pas demander à d’autres de ne point publier des rumeurs. Faites ce que je dis, pas ce que je fais…Et enfin, soyons clairs, certains viticulteurs bourguignons, en ayant une vision un peu hautaine, donnent du grain à moudre à des journalistes en mal de sensationnel. Ils ont parfaitement réussi leur « coup de com ».

L’objet de mon appel était d’écrire un article pour le magazine Decanter, dans l’espoir d’aider les vignerons à échapper à une catastrophe esthétique, environnementale et éviter une verrue en lieu et place du bois de Corton. Aujourd’hui, j’ai juste envie de les laisser avec leurs certitudes…

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