Le Beaujolais, le vrai, c'est toute l'année

Sempiternelle festivité du troisième jeudi de Novembre, la sortie du Beaujolais nouveau fait la une de l’actualité pendant….une soirée. Après, calme plat, Waterloo morne plaine quand il s’agit d’entendre ou de lire quelques articles ou reportages de bonne facture sur le Beaujolais. En une seule soirée, l’ogre Beaujolais Nouveau cannibalise l’ensemble de la production.

Pourtant, si de nombreux français avouent une aversion pour la région (à cause de l’image négative du petit « nouveau »), le Beaujolais est une vraie terre de terroirs, une vraie terre de vins, une vraie terre de produits proposant d’excellents rapports qualité/prix. Loin, très loin, de la vinasse mise en vente très tôt dans la saison, il est possible de trouver des Beaujolais de crus rivalisant avec nombre d’autres appellations françaises. Le problème c’est que l’ensemble du Beaujolais peine à prendre conscience du potentiel qualitatif. La faute, notamment, à une interprofession à la botte des négociants influents qui croit, du haut de son trône de papier mâché, que le Beaujolais se doit d’être encarté à la république de la nouveauté. Non, non et non ! Je réfute totalement cette abjection et me fais l’avocat de la cause qualitative.

Oh bien sûr, loin de moi l’idée de vous imposer de ne point siroter un verre de beaujolais nouveau ce soir. Ce serait idiot et contre productif pour la cause. Mais plutôt, pensons à l’ami Beaujolais tout au long de l’année et surtout recherchons des vins qui valent vraiment le détour de la table. Des vins qui peuvent rivaliser avec une vraie gastronomie, des plats de viande ou de poisson, et point de vins dont la maigreur et la fatuité imposent le sempiternel saucisson de Mr Bridou.

Donc, des vins vrais, issus de terroirs schisteux, réalisés par de vrais vignerons et surtout des vins qu’il convient d’attendre un peu pour apprécier le développement des arômes. Car oui, les Beaujolais sont bien meilleurs après quelques mois de bouteilles et une année dans votre cave à se bonifier.

Ironie de la mondialisation, pendant que nous, français, nous focalisons sur le breuvage mort-né, même pas adolescent qu’est le Beaujolais nouveau, mon ami Bernard Burtschy, en visite en Australie, nous informe que les autochtones manient le verre pour révérer le Beaujolais de crus… de l’année dernière. Décidément si les australiens commencent à nous donner des leçons, je ne sais pas ce que nous réserve la France des prochaines années !

Allez, passez une belle soirée dans vos bouchons lyonnais, dans les bars à vins ou dans les restaurants mais surtout n’oubliez pas que le Beaujolais, le vrai, c’est toute l’année !

4 commentaires

  1. La réputation du Beaujolais Nouveau est souvent mis à mal…et pourtant, gardons-nous des a priori c’est un vin qui peut être très bon! Un vigneron qui travaille bien la vigne et les sols et qui maitrise parfaitement la vinification et l’élevage fera un bon Beaujolais Nouveau!

    • mm

      Merci pour votre commentaire.
      Je n’en suis pas certain. La méthode même de fermentation semi-carbonique efface totalement le terroir au profit du fruit. Alors, oui pour certains beaujolais nouveau qui reste intéressant mais pour les « vrais » vins, les Beaujolais et les crus de Beaujolais feront amplement l’affaire. Et souvent à des prix plus qu’intéressant au regard de la difficulté du travail dans cette région.
      Maintenant rien n’empêche les amateurs et les critiques de se régaler le jour du beaujolais nouveau !!!

  2. En tout cas il est sur (et heureusement) que le beaujolais offre des vins de garde (aussi). Et cela les étrangers l’ont bien compris, sans vous faire offense mieux que nous les français!!! Il n’y a qu’à voir la popularité en Amérique du Nord de notre cher Georges Duboeuf. Bref, il y’a du travail pour rendre à cette appellation ces titres de noblesse auprès de nos chers compatriotes….

    • mm

      Cher Benjamin, je suis d’accord avec vous pour la capacité de garde des vins du Beaujolais et notamment des crus. Je pars dans quelques jours, avec mon ami Bernard Burtschy du Figaro, pour une dégustation des crus du beaujolais 2010. Elle sera entièrement retranscrite dans un prochain numéro d’Anthocyanes et je suis particulièrement impatient de voir leur potentiel.

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