Le Champagne devient-il élitiste ?

En tant que fervent admirateur du Champagne, je dois avouer que les prix pratiqués par certains sont un peu abusifs. Oh, bien sûr, je ne parle pas des fameuses grandes cuvées dont les vins vieillissent plusieurs années avant d’être dégorgés et proposés aux consommateurs et qui, en cela, justifient des niveaux de prix importants. Non, je parle de BSA (Brut Sans Année), les entrées de gamme puisqu’il faut les appeler ainsi. Me baladant chez un caviste spécialisé sur les allées mondaines de la bonne ville de Bordeaux, au milieu du plus bel ensemble architectural du XVIIIème, je me faisais cette réflexion : quel est l’intérêt d’acheter une bouteille de BSA d’une grande maison (la fameuse entrée de gamme !) quand les prix frisent allègrement les 30/35 Euros ? La Champagne devient élitiste et cela me navre !

De part le monde, même si le Champagne est à la fête et voit ses exportations augmenter, les chiffres parlent. Les marchés historiques du breuvage (les USA et l’Angleterre) connaissent une augmentation importante de l’intérêt (et de l’achat) des Cava (les effervescents espagnols) ou des Prosecco (les italiens) au détriment du Champagne. Raison avérée ; le prix élevé du Champagne. Le CIVC, l’organe officiel de la profession, n’aime pas que l’on écrive cela, mais la vérité est pourtant bien réelle. La Champagne commence à souffrir d’une cote de désamour auprès des consommateurs internationaux. Le sursaut qualitatif des bulles d’autres pays est tellement impressionnant que la vitesse d’évolution pourrait être plus importante que l’on pense.

Et nous français, devons-nous acheter des « bulles » espagnoles ou italiennes pour continuer à nous faire plaisir sans trop alléger notre porte-monnaie ? Evidemment non, nous avons foison d’excellents rapports qualité/prix grâce aux crémants, ces méthodes champenoises, qui font florès aujourd’hui dans quelques régions françaises. Je peux citer le Jura et la Savoie, deux régions au renouveau évident, la Loire bien sûr avec des Vouvray magnifiques, l’Alsace où les bulles sont une vraie tradition, Bordeaux qui revient avec quelques productions intéressantes et la Bourgogne qui, dans ce domaine, doit encore progresser. Ces fabuleux crémants vous réjouiront aussi bien pendant l’apéritif que sur certains plats tant la qualité est présente et seront, souvent de fois, bien meilleurs que certaines marques de Champagne qui ont soi-disant pignon sur rue.

Que l’on ne se trompe pas de discours. Je ne suis pas en train de mettre sur le même plan le Champagne de grande cuvée de noble origine et les Crémants. Mais bien des maisons de Champagne devraient regarder avec plus de sérieux la montée en puissance de « cette autre boisson de fête ». Il est vrai que l’attitude un peu hautaine, gentiment démodée, des grandes maisons et du CIVC ne permet pas de sentir l’air du temps. C’est dommage car, à l’export comme en France, il existe de nombreux vins capables de rivaliser avec les Champagnes et loin, très loin, d’être des artefacts.

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