Le guide Michelin en piteux état…

Après le rachat en 2009 du Gault&Millau par le groupe Smart&Co, célèbre pour ses coffrets cadeaux, c’est au tour de Michelin d’abandonner l’indépendance pour la recherche du profit par la création d’un site Internet aussi flou que subtilement marketing.

Le guide rouge Michelin n’est plus l’icône qu’il a été. Dans un monde où la gastronomie évolue en même temps que la société, le guide faisait office de rempart, de gardien du temple et d’un certain savoir-faire à la française. Toutes les icones connaissent un jour un baisse de notoriété. Légèrement suranné, trop épuré en commentaires, en photos ou en véritables critiques, le Michelin doit aujourd’hui se remettre en cause. A force de passer à côté des nouvelles stars de la télévision comme Cyril Lignac ou Camdeborde, a force de voir les chefs arrêter la course aux étoiles (Roellinger, Piège, Senderens…), a force de snober la bistroterie, a force de croire que le siècle ne bouge pas, les responsables du Michelin se sont enfermés dans un esprit snobinard qui laisse de côté la réalité du terrain. Le Michelin ne se vend plus : en 2011 ses ventes ont chutées de près de 22% !

L’équipe de dirigeants a décidée de lancer un nouveau site Internet (aujourd’hui le salut de l’édition passe par là) et de permettre aux lecteurs d’interagir entre eux et avec l’éditeur. Révolution dans le monde de la cuisine, le client va pouvoir dire ce qu’il pense !!!! Cela reste ludique, contemporain et n’a pas de quoi bouleverser les foules. Mais pour augmenter les profits, le groupe clermontois a décidé de mettre en avant les restaurants qui ne sont pas sélectionnés dans le guide. Les « petits », ceux qui essayent mais n’y arrivent jamais ou tout simplement ce qui se foutent totalement du Michelin. Œuvre de charité, volonté de dynamiser la filière ? Et bien non ! Les restaurateurs qui souhaiteront être présents sur ce site devront s’acquitter d’une « redevance » de près de 70,00 Euros par mois ! La célèbre indépendance en prend un coup. Le groupe ne veut plus choisir entre l’aile ou la cuisse. Le guide Duchemin deviendrait-il un allié de l’abominable Tricatel ?

Avec ce signe fort en direction des « petits restaurateurs », Michelin envoi un signe faible du côté des clients. Plus besoin de passer sous les fourchettes aiguisées des critiques gastronomiques pour être présent sur le site Michelin. Oui, j’ai bien dit le site, car le consommateur fera t-il la différence entre le site Internet et le guide ? Même si celui-ci affiche haut et fort que la sélection n’est pas la même, je doute que les pauvres consommateurs que nous sommes y prennent attention. Ce volontaire « brouillage de cartes » est une stratégie pour récupérer un maximum de restaurateurs qui comprendront rapidement la valeur ajoutée à payer pour attirer de nouveaux clients.

Au moment où le vrai manger, la cuisine de goût et de marché devient de plus en plus rare, où l’industrie agroalimentaire impose sa toute puissance à des pseudos-restaurateurs plus appâtés par le profit que par la qualité des plats, il est inadmissible qu’une telle institution se comporte de la sorte. Image de notre société où le profit devient un enjeu délaissant notre civilisation, notre savoir-faire, notre ADN. La gastronomie française est à la recherche de vraie, d’authenticité, de passion. A l’heure où la famille Chapel dépose le bilan, la France du bien manger, du travail gastronomique, du qualitatif, voit son fleuron partir en vrille dans une recherche débile de profits. Le Guide aurait mieux fait de proposer des solutions éditoriales. Car il faut le dire, qui a déjà lu le Guide ? On l’achète pour regarder les restaurants étoilés puis on le referme. Aucun plaisir à disséquer les commentaires, à découvrir, à fouiller. Le Guide était devenu une bible que l’on feuillète mais que l’on ne lit pas. Plutôt que nous donner des adresses, que le Michelin nous fasse rêver, nous donne de l’émotion, de la passion. Telle la revue Omnivore, que le Michelin soit un découvreur de talents, de personnalités, un défricheur de terrain. Au lieu de cela, les dirigeants nous proposent un site Internet, certes subtilement marketing, mais tellement pauvre et tellement vendu aux profits faciles. Le problème n’est pas de réaliser des profits mais plutôt de savoir comment on  les réalisent…

On ne peut pas être et avoir été…

Yohan Castaing

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