Le rapport au temps dans le vin – Partie 1

Le rapport au temps est une des réflexions majeures dans l’histoire philosophique. Est-on conscient du temps qui passe ? Existe t-il différents temps ? Sommes nous dépendant de la notion de temps ? Est-il possible de vivre dans le temps présent ? Nombre de questions, certaines sans réponses, ont amener autant de concepts que de philosophies. Chaque secte philosophique à son propre rapport au temps, souvent fonction de l’ontologie liée à cette secte.

La philosophie de la dégustation en particulier et du monde du vin en général, possède également sa propre notion de temps. Complexe, étendue, fonction de l’angle d’attaque et de la personne qui la détaille, la notion de temporalité requiert une importance majeure dans notre capacité à analyser, comprendre et accepter le monde du vin.

Le temps à ceci de particulier que chaque individu possède sa propre façon de l’aborder. Chaque être humain « vit » le temps de manière totalement différente. En est-il de même chez le vigneron ? La réponse se voudrait à sens unique et bien évidemment affirmative. Toutefois, nous devons considérer qu’il existe une base commune du temps (la saisonnalité) mais que chaque vigneron à la capacité à l’interpréter différemment. Les saisons jalonnent le métier de vigneron et impose un temps parfois lent, parfois plus rapide.

L’hiver est sa lenteur monotone est le temps de la réflexion. La taille est la projection dans le futur de le volonté du vigneron. En taillant, il se projette dans l’année future et pense déjà au façonnage de la vigne et à la structuration des pampres dans l’espoir d’obtenir le meilleur raisin possible. Le printemps est la période d’excitation, de réveil. Concentré dans cette saison, le vigneron va découvrir les joies de la natalité et les premiers émois d’une vigne pré-adolescente. Période de sensibilité, le printemps est le prémisse aux catastrophes naturelles. Derniers gels, coulure, millerandage, sensibilité du nourrisson, émergence de la fleur de vigne et transformation en fruit pour l’été. L’été est la période d’activité, de maîtrise, de maturité. Renforcement du moral avant l’épreuve finale, cette période est chargée d’émotions. La lourdeur du soleil peut griller les raisins ou faire ressortir des arômes de rancio forts désagréables, les orages d’été violents et soudains peuvent, en quelques minutes, détruire  les rêves les plus fous des vignerons, le soleil ami du jour doit laisser la place à la fraicheur lunaire, espoir d’une nuit. A l’Automne après les vendanges, les hommes désertent le vigne pour s’enfermer dans les chais. Laissant la vigne s’endormir paisiblement pour un hiver de quiétude, de repos et de retour sur soi.

Et les vendanges ? …. Oui, les vendanges, pourquoi ne sont-elles pas présente dans cette saisonnalité ? Très simplement car les vendanges ne figurent pas dans la saisonnalité de la vigne. Les vendanges offrent un moment à part,le temps s’arrête et s’ouvre une période nouvelle, une autre vision, un autre rapport à la temporalité vigneronne….( suite à la partie 2 ).

Ambroise Chambertin

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