Le rapport au temps dans le vin – Partie 3

La dégustation est le temps ultime de l’amateur de vin. S’intégrant dans un triptyque temporel, passé, présent et futur, elle se revendique des trois et trouve sa réalité dans ces trois notions du temps. Une belle et vraie dégustation apporte autant de joie dans sa préparation et dans l’attente de son avènement que dans l’instant. Se prendre à rêver de la qualité ou de l’indélicatesse des vins, ne pas connaître les vins que l’on va déguster affirmant ainsi la part de futilité que revêt le monde du vin, s’émouvoir des émotions à venir. La dégustation vit autant dans le futur proche de son présent que dans le passé. Compter les jours qui nous en séparent, les heures pour les plus accros, est sans nul doute l’un des moments privilégiés que nous accorde le temps de la dégustation. S’inventer des rêves, se remémorer des souvenirs en espérant qu’ils seront les mêmes et saliver légèrement à l’idée des flaveurs naissantes.

La mémoire fait partie intégrante de la dégustation. C’est par elle que grandie l’expérience. Sans mémoire pas de connaissance, et pourtant la mémoire c’est le passé. Par définition ce qui n’existe plus dans le temps. Ce qui est passé (!). De cette inexistence ont revit les émotions de la dégustation. Et par là même, on donne à ces dites émotions, une réalité mentale. Le souvenir d’une belle dégustation est toujours un moment de réalité augmenté. La force du souvenir s’allie à la beauté de l’instant. Le passé est donc un élément déterminant de la dégustation. C’est à la fois la connaissance et l’expérience mais également la promesse d’un bel avenir. Le futur de la dégustation se vit dans le passé.

Que dire, dès lors, du présent. La dégustation est la prise de conscience de nos sens à un moment donné. Retranscrire des émotions, source de circonvolutions philosophiques,  via des sens biologiques, n’est pas chose aisée. Seule la réalité de l’instant présent peut nous donner toute la réalité et la magie de la dégustation. Dans l’instant, rien ne vient troubler nos sens, rien ne peut atteindre la concentration du dégustateur. Rien, si ce n’est, l’émergence du futur et le rappel du passé.

Ambroise Chambertin

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