Latricieres vineyard, Chambertin, Cote de Nuits, Burgundy, France

Les défis bourguignons, cri du coeur d’un amoureux de la Bourgogne viticole.

Vrai nom de rue dans la commune de Vosne-Romanée.
Vrai nom de rue dans la commune de Vosne-Romanée.

La Bourgogne est à la mode, c’est indéniable. Les amateurs et professionnels du monde entier se donnent même rendez-vous cette semaine (du 21 au 25 pour être très précis) aux Grands Jours de Bourgogne dans cette très belle région pour déguster et « découvrir » de nouvelles têtes. Foule dense, piétinements, bousculades pour déguster, soirées festives, soirées bourgeoises, road-trip assuré, un succès qui ne se dément pas au fil des ans et attire une foule de plus en plus nombreuse.

La planète entière aime la Bourgogne. La demande croît, les stocks baissent, l’attrait grandit. Alors les prix explosent et les bourguignons surfent sur une vague d’enthousiasme qui risque retomber et laisser des traces indélébiles. Un peu comme le miroir aux alouettes, cet outil de chasse qui réfléchit la lumière solaire et entraîne un éblouissement du ramier propre à le désorienter facilitant le tir, le succès de la région pourrait en aveugler plus d’un. Revue d’effectif.

Depuis la reprise en main de la célèbre vente des Hospices de Beaune par la maison Christie’s, jamais les prix de cette vénérable institution n’ont connu autant d’affolement. Une orientation clairement internationale, la possibilité pour des personnes fortunées d’acheter des pièces (traditionnellement seuls les négociants pouvaient le faire), des enchères parfois difficilement compréhensibles pour une séance qui s’annonce de plus en plus people, de moins en moins vinique. Seul gagnant, et c’est déjà une bonne nouvelle en soi, les Hospices qui voient leur budget croître de manière exponentielle.

Malheureusement, l’ensemble des prix de la Bourgogne a tendance à se calquer sur cette vente. Certains, comme Louis-Fabrice Latour, dirigeant de la maison éponyme, tire la sonnette d’alarme et appelle à une certaine prise de conscience de l’ensemble de la filière. D’autres, profitent…

La montée des prix est telle qu’un négociant, qui jadis achetait des raisins pour les vinifier lui-même, doit désormais pour stabiliser ses prix d’achats prendre à sa charge l’ensemble de la viticulture. Le vigneron-paysan se mue en vigneron-rentier…L’augmentation des cours des vins a même un effet pervers. Le nombre d’« apporteurs », ceux qui vendent le raisin aux négociants, tend également à diminuer, les vignerons voyant dans la mise en bouteille un salut et une ambition à même de déstabiliser un système traditionnellement assez équilibré.

Que dire des vignerons ayant pignon sur rue. Devant l’afflux massif de demandes d’achat, la seule solution, selon eux, est l’augmentation des prix pour écrémer les clients et ne garder que les plus serviles et fidèles. Ce fut le cas, ces derniers jours, du domaine Leflaive, qui suite à la reprise en main par Brice de la Morandière, vient de voir des augmentations majeures de ses prix. +46% pour le bourgogne blanc qui se vend désormais 32 Euros TTC, augmentation de 33% pour le Puligny Montrachet, +38% pour le Meursault….sans compter les Grands Crus. 32 Euros TTC pour un « simple » bourgogne blanc, fût-il de cette magnifique maison qu’est Leflaive, cela devient, convenons-en, un peu élevé !

Loin d’être un exemple unique, ce domaine ne doit pas être fustigé, il est l’exemple d’une Bourgogne qui tend à oublier ses fondamentaux. Contrairement à beaucoup d’autres régions, les particuliers ont été les acheteurs fidèles et honnêtes d’une Bourgogne pas toujours au niveau en terme de qualité. Il conviendrait de ne point l’oublier…

Et quant aux rois du Bordeaux bashing, je serais heureux de savoir ce que le consommateur peut acheter pour 32 Euros. Sûrement pas un Bordeaux ou Bordeaux supérieur.

Le BIVB (Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne) vient de tirer la sonnette d’alarme via une étude intéressante. Les professionnels affirment que la Bourgogne est obnubilée par le présent et ne pense pas au futur et connaîtra dans les années à venir une situation bien plus complexe. Entre soucis des maladies de la vigne (esca et autres) qui font baisser les rendements, vieillissement des vignes et problème de matériel végétal, l’étude pointe du doigt une réalité que nombre de vignerons ne souhaitent pas voir dans les médias.

Dernier point, et non des moindres. L’augmentation des prix a pour effet secondaire, comme toujours, l’augmentation du foncier. Or les bourguignons, qui sont pour la plupart assis sur des tas d’or au regard du prix des terres, vont connaître une vague de succession très importante dans les années à venir. Il semblerait qu’il soit particulièrement délicat pour la jeune génération, pourtant pleine de talent, d’arriver à reprendre les exploitations tant les préceptes de bases ne sont pas encore réglés. Les fonds de pension et les institutionnels veillent au grain…

« Chez nous on parle terroir, chez eux on parle argent… ». Sentence sibylline et traditionnelle d’une Bourgogne qui aime s’opposer à Bordeaux en mettant en avant son côté terrien et paysan. Méfions-nous du miroir aux alouettes…

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