Les Grands Crus d’Alsace vont rougir de plaisir.

Les Grands Crus d’Alsace vont rougir de plaisir.

L’historiographie vineuse a depuis longtemps oublié que les terres alsaciennes sont des terres de vins rouges. Aux 15ème et 16ème siècles, la ville de Rouffach, dans la sud Alsace, était « plus connue pour ses vins rouges que pour ses vins blancs. Nous avons retrouvé des documents prouvant que les vins rouges étaient vendus plus chers que les vins blancs » confirme Véronique Muré, du Domaine Muré, une famille depuis longtemps consciente du potentiel des vins rouges. Il suffit de voir l’engouement pour leur cuvée « V », celle issue de Pinot Noir cultivé dans le Grand Cru Vorbourg, pour comprendre. Limitée à seulement 3 bouteilles par commande, l’offre est plus importante que la demande alors que les prix, eux, sont beaucoup plus élevés. 41 Euros pour le Pinot Noir contre 21 Euros pour le Riesling (prix TTC départ cave).

De là à déclarer l’Alsace terre de vins rouges, ne franchissons point le rubicond. Les mentalités évoluent. Au mois de Mars ou Avril, l’Association des Viticulteurs Alsaciens (AVA) déposera une demande auprès de l’INAO pour permettre l’apposition de la mention Grand Cru sur des cuvées rouges. Des Grands Crus en rouge, c’est tout de même une révolution. Une lente révolution, car seulement trois des 51 Grands Crus actuellement possibles pourront rougir de plaisir ! Vorbourg (à Rouffach), Hengst (à Wintzenheilm) et Kirchberg à Barr seront les heureux élus. Pourtant, au début des années 2000, la commission de l’INAO avait retoqué les velléités alsaciennes arguant d’un trop faible nombre de producteurs pour être significatif. Il faut croire que désormais, le nombre est suffisant. Frédéric Bach le directeur de l’AVA, instigateur et porteur du projet est confiant : « nous sommes confiants et espérons une issue favorable. L’Alsace est historiquement une terre de vins rouges et nous possédons désormais une bonne vingtaine de producteurs qualitatifs ».

Certes. Mais je ne peux m’empêcher de formuler quelques inquiétudes.

Premièrement la complexité de l’offre. Aucun consommateur, même le plus doué, ne connaît la liste complète des Grands Crus d’Alsace (et je défie même un journaliste « vin » de me citer les 51 !). 51, c’est beaucoup, surtout que cette dernière a évolué depuis son lancement en 1983. Rajouter des Grands Crus en rouge, c’est encore ajouter de la complexité. Et même si Mr Bach me rétorque qu’en « Alsace, nous n’avons pas peur de la complexité », je ne peux m’empêcher de douter.

Autre interrogation, l’INAO devra également donner son avis sur les 1er Crus. Il existe actuellement des lieux-dits Alsaciens reconnus pour la qualité de leurs vins. Ils peuvent être accolés à l’appellation mais ne bénéficient pas d’une appellation en propre. Demain, la volonté de l’AVA est de proposer la transformation de ces « lieux-dits » en 1er Cru. Encore un étage supérieur. Soit. Mais encore une complexification de l’offre pour le consommateur.

Lors de mon bref échange avec Véronique Muré et de la discussion sur mes interrogations, elle reconnut bien cette complexification et avoua sans détour être « consciente du problème ».

« Avec un cahier des charges plus strict que celui des vins blancs, nous avons vraiment une stratégie qualitative pour les futurs Grands Crus rouges d’Alsace. 45 hectolitres par hectare, c’est une vraie révolution pour nous en Alsace ».

Actons cela. Convenons que le plus important n’est pas de posséder ou non un Grand Cru ou un 1er Cru mais que les consommateurs, les vrais juges de paix, s’y retrouvent dans leurs achats. Car au final, ce sont bien eux qui font le marché, surtout pas les revendeurs, encore moins les critiques. Et le cas Muré reste des plus éloquents !

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