L'homme et l'hommerie

Saint François de Salles, puisqu’il faut l’appeler ainsi depuis l’acquisition de son statut de bienheureux, à joliment exprimé le fâcheuse tendance de l’être humain à pinailler pour des choses qui n’en valent pas toujours la peine. De sa célèbre phrase, « là ou il y a de l’homme, il y a de l’hommerie », nous retiendrons que l’homme ne peut s’empêcher de s’astreindre à mettre en avant l’égotisme qui nous caractérise. Chacun ne cédant pas un pouce et pensant que sa façon de concevoir le monde est la meilleure. L’homme à toujours tendance à croire qu’il est seul sur terre, ou dans l’univers, et que ses petits problèmes deviennent rapidement des problèmes généraux.

C’est un peu ce que j’ai pensé en lisant les différents articles concernant les dernières pérégrinations d’Hervé Bizeuil. Cet enfant terrible du roussillon a encore réussi à faire parler de lui en refusant d’apparaître dans le guide de la RVF. Dans un article sur le forum du site La Passion du Vin, il annonce être en profond désaccord avec les journalistes de la RVF qui sont punissables de plusieurs faits à son encontre (et toujours selon lui). Ces journalistes sont « pluri-actifs », « plus ou moins débutants » et « peu amoureux de notre région », à savoir le Roussillon. De fait,  Mr Bizeul a demandé à Antoine Gerbelle, le responsable du guide, qu’il a eu comme employé et pour lequel il se targue de l’avoir initié au vin, de le retirer du Guide de la RVF.

Cela ne serait que risible, si cet évènement n’était en fait pas une bataille de coqs. De passage dans le Roussillon au mois de Mai, le vignoble bruissait déjà des quelques ragots bien servi sur la bataille qui allait engager (nous ne pouvions parler qu’au conditionnel) les deux gallinacés. Car dans ce cas, il s’agit d’un combat entre un vigneron et un journaliste. Le premier ne supportant pas les critiques et les manières défroquées, l’autre n’aimant pas forcément les vins du sieur vigneron mais plutôt celui de ses concurrents les plus proches. En fait, Mr Simond (puisqu’il s’agit de ce journaliste) et Mr Bizeul ne peuvent pas se blérer et le vigneron à décidé de faire de ce dernier sa victime expiatoire.

Le plus important dans ce combat de mâles imberbes (pour situer le niveau) c’est à la fois que les deux ont raison et que cela pose des questions sur le process des dégustations auprès des critiques de vin. L’une des plus ardentes réactions de Mr Bizeul repose sur le fait que la RVF ne déguste pas à l’aveugle. Jugeant ainsi les vins avec le petit plus de subjectivité qui convient. Certes, la RVF à toujours annoncé ne pas dégusté à l’aveugle et Hervé Bizeul à le droit de ne pas apprécier. Mais alors, Mr Bizeul quand demanderai vous à Robert Parker, qui ne déguste JAMAIS à l’aveugle, de ne plus venir chez vous ou de ne plus vous noter dans son Wine Advocate ????? Il n’y a pas que la RVF qui juge étiquette découverte, beaucoup d’autres magazines.

Deuxièmement, le reproche de l’activité pluridisciplinaire de Mr Simmond est reprochée par le sieur Bizeul. Pour un ancien sommelier, ancien critique, ancien collaborateur de JP COffe, ancien négociant, ancien ancien….c’est un peu marrant. Le pluridisciplinarité pourrait pourtant, pour Mr Bizeul, être une sorte d’éthique personnelle lui permettant d’accéder à son rêve. Dans la RVF de Mars 2011, il affirmait avec force conviction:  « Il y a trois secrets pour réaliser un grand vin : l’argent, l’argent et l’argent », ajoutant un peu plus loin : « Si je ne bouge pas, je vais vivre pauvrement et mourir riche, comme un paysan. » Edifiant pour un ancien…..donneur de leçons !

Là où Mr Bizeuil à raison c’est sur son aversion vis à vis des journalistes qui osent lui donner des leçons. Je n’ai jamais compris pourquoi un journaliste se permettait de tancer les vignerons en leur donnant des leçons de vinification, des leçons de morale, des leçons de vie. Être journaliste n’offre pas des droits supérieurs aux autres (enfin pas en Province, à Paris peut-être !). Je suis d’accord avec lui quand il affirme haut et fort que personne n’a le droit de venir lui imposer de penser biodynamie si il ne croit pas dans cette méthode de culture. Chacun est libre de faire ce qu’il veut. Le métier de journaliste doit être un métier de passeur, passeur d’émotions, de sensations et de vies (dans le sens historiographique du mot). Nous ne sommes pas là pour expliquer aux viticulteurs se qu’ils doivent faire. Cela est présomptueux, idiot et d’une impolitesse totale.

Cette petite historiette, car je ne peux m’empêcher de donner trop de crédits à autant de puérilité, à l’intérêt de remettre à niveau beaucoup de choses :

  • Les dégustations à l’aveugle doivent être privilégiées. Nous le faisons dans Anthocyanes mais malheureusement, les vignerons ou les interprofessions (et c’est le cas du Roussillon) ne sont pas prêtes à jouer le jeu
  • Les journalistes, qui ne sont que des passeurs, doivent rester à leur place et ne pas donner des leçons à tout le monde. Une éthique journalistique dans le monde du vin serait la bienvenue….là je rêve un peu !
  • Les viticulteurs ont le droit de ne pas vouloir apparaître dans des revues mais qu’ils aillent au bout de leur réflexion et arrête l’ensemble des revues pratiquant les mêmes critères de jugement que les incriminés
  • Où l’on voit que l’acceptation de la critique n’est pas chose facile
  • Où l’on voit que critiquer n’est pas chose facile

Pour notre part, nous essayons de dire ce que le vigneron nous raconte, rien de plus rien de moins. Nous ne sommes pas des JUGES avec des bons et des mauvais points (d’où la volonté de ne pas noter les vins) et surtout nous essayons de prendre du recul lorsque nous écrivons et gardant en tête la phrase d’Henri Jayer : le vin est plus affaire de philosophie que de technique. Nos deux jeunes gallinacés ont oublié ce précepte du sage Henri !

1 commentaires

  1. Pingback: Le vin pour ceux qui n’y connaissent rien | Anthocyanes

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