Marcel Buhler et le Domaine des Enfants – Wine of the week

 

Notre volonté de lier la philosophie, au sens large du terme, et la vie de vigneron n’est pas toujours aisée. Pourtant il existe des rencontres qui marquent un homme et une vie. En visitant le Domaine des Enfants et en faisant connaissance de Marcel Bühler nous ne nous attendions pas à ressortir du domaine comme ébahis, fascinés et heureux. Marcel est un jeune homme attachant, discret et qui se consacre à son seul but dans la vie, vivre en harmonie avec sa philosophie et son projet de vie. Son crédo, «prendre conscience, en harmonie avec soi-même, du monde qui nous entoure à savoir les autres et la nature. Nous voulons exprimer notre créativité dans notre travail». Existe-t-il plus bel hommage au métier de vigneron et à la volonté de créer des vins de partage? En nous expliquant sa volonté, Marcel, nous parle avec des yeux brillants, sûr de lui et heureux de vivre de sa passion. Nous étions en face d’un homme qui croit en ce qu’il fait et vit en totale harmonie avec sa pensée. L’archétype du vigneron heureux de se lever tous les matins. Il faut dire que dans l’ambiance un peu morose de la filière vin, cet enthousiasme nous revigore, nous emplit de joie et nous donne un tonus et une volonté extraordinaire.

Marcel a envie de partager son savoir, son expérience. Il souhaite échanger et faire plaisir à son hôte. Tout en lui résonne «vin» et sa passion est un vecteur dynamisant pour lui et contagieux pour ses visiteurs.

Cette énergie salvatrice, Marcel la puise dans son envie d’élaborer de grands vins. Amoureux depuis le plus jeune âge du vin, la découverte de vins de grande qualité était pour lui une passion dévorante. Ancien banquier à Zurich, il ne pouvait plus vivre en harmonie avec ce style de vie et cette recherche effrénée d’un profit virtuel. Sa vie avait besoin de sens et il décida d’en changer. Son amour du vin et des vins de qualité, le dirige naturellement vers des études de viticulteur en Suisse. Après quelques stages chez des vignerons de renom en Suisse et en Nouvelle Zélande (son mentor en viticulture n’est autre que George Fromm dans le Grison), il décide de se mettre en quête de vignes à exploiter. Son dévolu se jette en premier lieu sur l’Espagne, pour les terroirs et les vins qu’ils affectionnent. Puis sur Aniane où il connait le potentiel qualitatif. Malheureusement il ne trouve pas de vignes en adéquation avec son besoin. Mais en revenant d’un séjour espagnol, il passe par la vallée de l’Agly. Ne connaissant pas très bien les vins de la région, il décide de passer quelques jours pour connaître un peu mieux les terroirs. Fasciné par la qualité de ces derniers et les vins qu’il déguste, il se met rapidement en quête de quelques vignes à acheter.

La vallée regorge de vignes à l’abandon ou à céder, il n’est pas très complexe pour lui de trouver de belles vignes et de choisir les plus adéquates à son ambition. Depuis, Marcel n’est jamais reparti de Saint Paul de Fenouillet et c’est avec envie et bonheur qu’il s’installe comme vigneron-artisan.  Il va pouvoir mettre en oeuvre sa philosophie de vie et «revenir à la curiosité et à l’instinct de l’enfance».  Marcel comprit très vite que les vignes étaient, en général, mal entretenues dans la vallée et que celles qu’il avaient acquises ne dérogeaient pas à la règle. Devant l’érosion grandissante, il décide de mener son vignoble à l’aide d’un cheval afin de casser les racines supérieures par le labour et de ne pas tasser le sol par le passage d’un chenillard ou d’un tracteur. Adepte de quelques méthodes en bio-dynamie, son souhait est de réintroduire un maximum de vie dans le sol. A l’instar du domaine le Soula, les vignes du domaine des Enfants sont facilement reconnaissables dans le paysage lunaire et sec des vignes alentours. Des touffes d’herbes, des lavandes sauvages, du thym sauvage reviennent petit à petit, et Marcel est fier de nous faire visiter ses vignes et d’insister sur ces nouveaux venus. Il ne souhaite pas proposer des vins amples et profonds. En grand amateur de Pinot Noir, il recherche le velouté et la droiture d’un Pinot, plutôt que l’ampleur et la profondeur qui caractérisent de nombreux vins du Roussillon.

Pour cela, il décide d’acquérir des vignobles «d’altitude». Voulant trouver des terroirs plus haut que Maury ou St Paul de Fenouillet, il se dirige vers Caramany et Cassagnes, avec vue sur le mont Ventoux. Dans ce lieu existe des micro-climats qui permettent d’avoir des écarts de température entre la nuit et le jour importants. D’ailleurs, le village voisin de Bellesta, proche de Caramany,  était connu des perpignanais pour être plus frais en été. Ainsi par sa présence en altitude, Marcel recherche l’acidité nécessaire pour donner à ces vins une droiture et un style aérien absolument magnifique. En vinification, il reste un adepte de la contemplation. «Nous intervenons au minimum et  préconisons des tris sévères», il ne sélectionne que des grains parfaitement sains. Les vinifications se font très très lentement, réalisées en demi-muids ouverts avec descente en barriques d’un vin. Aujourd’hui, cet ancien banquier, possède 17 hectares, travaille en harmonie avec la nature et ne produit que 23 000 bouteilles sur l’ensemble de la propriété. Les rendements sont la quintessence de ce que lui offre la nature. Marcel garde donc son âme d’enfant mais n’en ai pas moins poête et philosophe. Sa cuvée de vin blanc, la première vinifiée, il la nomme Tabula Rasa, du concept philosophique de Locke, selon lequel tout esprit humain naîtrait vierge et serait marqué, formé, «impressionné», par la seule expérience. En cela, Marcel s’est donc formé par le seul empirisme du métier de vigneron et surtout par sa capacité à vivre sa passion.

Domaine des Enfants – Vin de Pays des Cotes Catalanes rouge -L’arme de l’âme – 2008

Le vin offre un nez plus puissant de raisins croquants et de mûres avec une intensité telle qu’il est difficile de ressortir des arômes spécifiques. La structure en bouche est cubique,  fondue mais avec une présence et une linéarité exceptionnelle. On sent que ce vin a besoin de temps pour s’exprimer, pour s’arrondir et pour être un peu moins puissant. A l’instar du 2007, il deviendra alors plus rond et sera beaucoup plus flatteur après quelques mois en bouteille. On ressent dès aujourd’hui toute la puissance et la vivacité d’un futur grand vin.

 

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