Le millésime 2013 mort-né ?

Avant même que la grande semaine des Primeurs commence, le millésime 2013 est déjà victime de son succès….ou plutôt de son insuccès.

Les dégustations Primeurs débutent Lundi prochain 31 Mars et tous les journalistes mondiaux vont se retrouver à Bordeaux. Pourtant, depuis quelques temps, certains affirment haut et fort que 2013 est un « mauvais » millésime et qu’il n’y a pas d’intérêt à venir. Si Robert Parker a évité un tweet assassin comme l’année dernière, on ne peut nier qu’il ne viendra que beaucoup plus tard (un signe ?) et Jancis Robinson, la très célèbre critique anglaise, a annoncé qu’elle ne viendrait pas. Le critique américain James Suckling et l’americano-italien Antonio Galloni sont eux aussi dans le vignoble pour déguster bien avant les autres….Jacques Dupont du Point est lui aussi à Bordeaux mais déguste les vins non classés (gros travail de fond réalisé par ce journaliste). Bref tout le monde y va donc de son analyse du millésime, la course au « scoop » étant lancée.

Ce qui m’énerve dans l’attitude des critiques, en ce moment, c’est la façon dont ils ont de décider qu’un millésime est bon ou pas. Je n’ai pas encore dégusté suffisamment de vins pour me faire une idée, mais il est sûr, que le millésime 2013 est un « petit millésime ». La climatologie, notamment la floraison très étendue dans le temps, a imposé une véraison très lente et des maturités échelonnées rendant très complexe le travail des vendanges. Mais petit millésime ne signifie pas millésime de piètre qualité au point de rejeter l’ensemble.

Bordeaux ne produit des millésimes exceptionnels que 2 ou 3 fois par décennie. Mais la force de la région, lors de millésimes comme 2013, est de produire des vins abordables, fruités, équilibrés, gourmands et pouvant se garder. Aujourd’hui les vins avec lesquels Bordeaux est le plus accessible ne sont pas les 2009, 2003 ou 2005 ; mais les 2004, les 1992, 1993, 1994 qui ont été, en leur temps, totalement « dégommés » par la critique internationale.

Le souci réside dans la vitesse de jugement que s’impose l’édition du vin. Je n’ai pas dit, que « nous impose » car je pense que nous sommes les propres acteurs de notre déchéance, mais bien que s’impose la critique internationale. On assiste donc à l’incroyable fuite en avant de celui qui va publier les commentaires le plus rapidement possible au détriment de l’analyse nécessaire lorsque l’on déguste des vins aussi jeunes.

On ne prend plus le temps de réfléchir, de se poser, d’analyser, d’observer pour comprendre le millésime. On décide, on note et l’on zappe, passant en quelques jours à une autre région, un autre pays. Certes l’information doit circuler rapidement mais ne tombons pas dans la dictature de l’instant. Le vin est l’opposé de cela.

 2013 est un millésime intéressant et laissons de côté les remontrances de certains critiques comme nous devons laisser de côté les jérémiades de certains propriétaires. Le millésime a imposé un travail très important en terme de viticulture faisant gonfler les coûts de revient, c’est un acquis. Ne donnons pas non plus à ce millésime les vertus qu’il ne possède pas uniquement pour augurer une augmentation (peu probable), une stagnation (collectivement acquise) ou une baisse (tellement souhaitée) des prix de vente. Autrement dit, les propriétaires essaient de trouver des justificatifs à leur envie de maintenir les cours des vins élevés…Ce sera difficile de se justifier, les marchés internationaux attendant de pieds fermes les différentes baisses de prix.

Si les prix baissent, le bouc émissaire en sera la qualité. C’est certain. Mais l’amateur, le vrai, celui qui aime déguster et boire le vin, pourra grâce à la lecture de journalistes volontaires ou tout simplement par ses propres dégustations, dénicher de très beaux vins à Bordeaux, abordables, capables de vieillir quelques années et restera loin, très loin des sirènes souvent assourdissantes de la cacophonie ambiante. Sortez des sentiers battus et ne croyez pas qu’un arbre puisse cacher une forêt !

Ps de dernière minute : Pontet Canet vient de sortir au prix de 60 € même prix que l’année dernière mais avec une production en très forte baisse à environ 15 hl./ha contre 45 hl/ha en temps normal.

1 commentaires

  1. Arsène Bacchus

    Article très intéressant, qui nous invite à faire notre propre opinion sur ce millésime 2013.

    Arsène Bacchus
    @Arsenebacchus

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