Non aux FAV (Foires aux Vins)

A cette époque de l’année, il est osé, voire un peu fou, d’affirmer cette sentence : « Non aux Foires aux Vins ». Septembre n’est pas que le mois des vendanges, c’est aussi celui des Foires aux Vins. Tous les magazines reprennent en coeur ce marronnier de l’année. Les consommateurs (re)découvrent le vin dans cette période charnière grâce aux foires aux vins comme si l’année passée avait été pour eux un gouffre sans fin, une attente irrépressible.

Le monde du vin est fascinant car c’est un monde de partage, d’émotions et de passions. Rencontrer un vigneron, déguster les vins avec des amis, découvrir de nouveaux cépages ou de nouveaux terroirs, c’est ce qui fait le monde du vin, ce qui le rend attrayant. Je ne comprends donc pas les consommateurs qui se ruent vers les grandes surfaces dans l’espoir de dénicher « la bonne affaire » et encore moins les professionnels du vin, critiques ou sommeliers, qui jouent le jeu des FAV. Car dans les FAV de bonnes affaires il n’y en a pas tant que cela. Raisons :

  •  Les vins présents en FAV sont des vins qui sont produits en grande quantité et qui sont stockés (même si des efforts ont été réalisés) dans des conditions souvent désastreuses. Les vins de propriétaires, les vins de niches, ceux produits à des rendements moindres ne peuvent se trouver en grande surface. Non que l’acheteur professionnel ne soit pas intéresser mais simplement car les quantités disponibles ne sont pas suffisante pour approvisionner la France entière.
  • Quand un vin « rare » se trouve en grande surface, la plupart du temps les quantités sont tellement petites qu’il est vendu lors des soirées privées. L’amateur est donc lésé par une publicité alléchante mais un produit inexistant.
  • De fait, ce genre de vins sont achetés, la plupart du temps, à des négociants. Sous réserve de faire des affaires, il existe donc la même chaine d’intermédiaire que les autres réseaux de distribution. Rendant les prix quasi identiques à certains cavistes. Car, si l’on fait la différence, de nombreux cavistes ne sont pas beaucoup plus chers tout au long de l’année que les grandes surfaces lors des FAV.
  • Car la grande surface c’est l’achat de confort. Un soi-disant spécialiste s’occupe de sélectionner les vins pour vous et vous vous contentez de remplir le caddie et de passer à la caisse. Où sont les émotions de rencontres, des échanges, des conversations avec les vignerons ou les connaisseurs.
  • Car le monde du vin ce n’est pas le confort, c’est le respect du travail du vigneron, la volonté de rencontre. Tout cela demande un effort et non un certain confort. Les buveurs d’étiquettes sont des clients de la Grande Surface.
  • Et enfin, mais nous sommes là sur un terrain beaucoup moins connu et plus politique, car les soit-disants « conseillers » en vins des grandes surfaces sont, certaines fois, de simples animateurs qui ne connaissent rien au vin. Drapé d’un tablier de caviste, ils sont pour la plupart, incultes sur le doux breuvage. Quand j’étais étudiant, j’étais obligé de partir en FAV, payé une misère (80 Euros la journée (hotel et nourriture à ma charge), là où la société qui nous embauchait été rémunéré près de 180 euros hors frais) et avec interdiction de dire que nous étions étudiants. Les gérants de magasins et les clients ne devaient pas être au courant de ces petites magouilles….
Facilité de l’achat, manque de sérieux, conseil inexistant, toutes ces argumentations me font dire que le consommateur doit vraiment considéré le vin comme une passion bien dérisoire quand on regarde la façon dont il fait ses achats. Alors que lire des Guide, des revues, rencontrés des vignerons dans les Salons, les clubs de dégustation, c’est quand même autre chose. Cela à plus de gueule non ?
Mais ne voyons pas que le verre à moitié vide. Si les FAV permettent à de nouveaux consommateurs de s’intéresser aux vins ce sera déjà cela de bien…Mais sincèrement j’en doute !

 

 

2 commentaires

  1. Le problème Yohann est que le consommateur qui file aux FAV n’est pas un initié. Peu averti, il y va car là-bas il a l’impression de faire des affaires. Alors, quel comportement adopter ?
    Lui hurler que c’est nul, et qu’il ne doit pas y aller ? Je doute que ce soit faisable puisqu’il ne t’écoutera pas.
    En revanche, ce consommateur a besoin d’un éclairage juste et cohérent afin de lui faire comprendre que les FAV ne sont pas le lieu pour se fournir en vins. C’est donc directement là-bas qu’il faut aller chercher les consommateurs, et doucement mais sûrement les faire entendre raison. La seule méthode et éprouvée est bien celle-ci. Le profane s’éduquera et de fait, naturellement ne remettra plus les pieds en GD.
    Ce choix, je l’ai fait sans hésiter dès 2005 à l’ouverture du blog. Conseils pour ne pas se faire avoir, pièges à éviter, raisons pour éviter la GD, éclairages constructifs avec une enquête poussée sur les FAV en GD.

    D’un côté, soit tu t’écartes volontairement d’eux, ce que beaucoup trop de pros font, en leur houspillant dessus, et là c’est énergie et peine perdue, soit, tu les prends par la main, tu les aide et les éduque. Mais crois-moi, chaque année une partie fait le choix de ne pas y revenir. Mais ce travail est colossal. Seulement, je me trouve bien seul. Encerclé entre ceux qui hurlent mais ne font rien, et donc sont inutiles. Et les médias qui sont en totale connivence avec la GD. A un moment donné, il faut vite agir et trouver d’autres alternatives.

    Personnellement, quelques grosses enseignes me blacklistent (normal, je suis certainement pas connivent et bien plus gênant qu’on peut l’imaginer à leur égard puisque je détourne nombre de leurs « prospects »). Je ne fais que mon travail, et ce en quoi je crois. Tout le reste de l’année, en mettant en lumière les vignerons, les vrais et les méconnus ou non. Ceux dont parleront ces mêmes médias, dans quelques années. En mettant en avant les vrais cavistes sur le Figaro-Avis du Vin. Il y a juste un mois durant lesquels il faut aider ces naifs consommateurs à rebrousser chemin.

    Alors, que fait-on ? On gesticule pour rien ? Ou on agit ?
    Il existe des solutions, mais forcément collectives. Il y a des pistes. Taper sur la GD est nécessaire, mais pour que ce soit efficace, il faut le faire de manière insidieuse et intelligente, réinvestir l’espace de communication. Problème: On ne te demandera d’intervenir que pour apporter des conseils sur les FAV. A toi de ne pas te faire « couper au montage » afin que le message passe…

    Si seulement nous étions bien plus nombreux à fournir nos conseils avisés, crois-moi, les cavistes retrouveraient de nouveaux consommateurs.

    Emmanuel

    • mm

      Emmanuel,

      je n’ai pas dit que je blâmé le consommateur qui va dans les FAV. Je dit que les FAV ne sont pas l’endroit idéal que l’on nous vend et qu’il est dommage pour les amateurs ou consommateurs de rentrer dans un confort idéaliste qui est à l’inverse du monde du vin.
      Je suis d’accord sur ton raisonnement et je ne connais pas assez ton travail vis-à-vis des Foires aux Vins pour me permettre un jugement. Je trouve anormal que la RVF ou le magazine TAST des très talentueux Bettane et Dessauve consacre des pages entières à ce phénomène de rentrée.
      Quand des dizaines de vignerons passent leur week-end à faire des salons ou des foires, on en parle pas. Et là quand des enseignes qui n’ont rien à faire du vin, car c’est un produit comme un autre, vendent des vins à des prix « soit-disant » compétitifs, cela me gêne et me dérange. Et comme je suis indépendant je le dit.
      Comme toi, je n’attends rien de la GD. Juste qu’elle soit un recruteur pour de futurs consommateurs, mais cela, comme je le dit dans l’article, j’en doute….! J’espère me tromper.

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