Palmer 1961, l’aristocrate médocain

Palmer 1961, l’aristocrate médocain

Iconique Palmer 1961.

chateau palmer 1961Le vin est maître du temps. D’abord chez ceux qui le conçoivent, l’élaborent, le font. On attend ensuite les effets du temps sur les raisins, les moûts, les bouteilles. Enfin, chez ceux qui le goûtent partant à la recherche du temps perdu comme on part en quête, dans les tréfonds de sa cave, d’une bouteille à son apogée.
Penser le vin, c’est donc penser le temps, revivre les mystères temporels d’une approche du breuvage, de la lente maturation d’un liquide devenu emblème d’un millésime inscrit au frontispice des mémoires comme l’est le millésime sur l’étiquette.
Déguster un vin exceptionnel, c’est muer le temps dans sa mémoire éternelle. Il est vrai que certains vins ont la capacité de nous émouvoir au point d’ancrer, à jamais, leur sensation en nous. A jamais, comme pour arrêter le temps qui passe et se souvenir d’un moment inoubliable.
C’est un peu l’étrange sensation qui m’a étreint, il y a quelques semaines, à l’invitation de Thomas Duroux, directeur de Château Palmer à Margaux. Esthète vinificateur à la stature d’un poète romain, il accepta, avec deux autres compagnons de libations viniques, un déjeuner au château dont le seul but était de comprendre l’évolution du célèbre Palmer 1961. Un vin d’anthologie, iconique.
1961 restera comme le plus beau millésime de l’après-guerre. Aucun autre ne rivalise avec lui car moins homogène et moins consistant. Bizarrement, ce sont les gelées de printemps qui permirent au millésime de trouver l’exceptionnel. En limitant la charge de raisins, elles entreprirent une sélection darwinienne sévère, ce que l’on nomme en nos temps la vendange en vert, qui, grâce à une arrière saison des plus remarquables, permit une maturité parfaite des raisins. Toute la vitalité des ceps de vignes se répartit parmi les quelques raisins restés sur pieds. Concentration et potentiel aromatique remarquables, évidemment.
Puis, les vendanges, sous climat chaud, se déroulèrent rapidement, tout aussi rapidement que les vinifications qui partirent en flèche donnant à beaucoup de vins des taux d’acidité volatile qui donneraient des cheveux blancs à nos œnologues contemporains. Les vieux sages savaient faire le vin et surtout l’apprécier. Il y virent une chance pour la garde et ils eurent raison.
Avec le temps, l’acidité volatile permit de conserver une fraîcheur aromatique incomparable sans affaiblir, dans le cas de Château Palmer, la structure allant même jusqu’à conférer un moelleux incroyable.
Dans ce vin, le merlot domine, comme toujours à la propriété avec toutefois une dose de petit verdot assez élevée. Quelques 13% selon Thomas Duroux, ce qui permet également une garde miraculeuse, ce cépage ayant des atours parfois rêches mais toujours confondants pour la garde.
De défauts contemporains naquit une bouteille de légende que d’aucuns prendraient, aujourd’hui, pour une affabulation technique. Vanitas vanitatum, gardons-nous, parfois, de nos vanités.

Château Palmer – Margaux – 1961
Un nez élégant, encore frais, vif avec des notes tertiaires mais aussi des arômes de rose ancienne, de truffe, de menthol. La bouche est veloutée, moelleuse tendant vers des notes presque exotiques, chocolatées. Un vin particulièrement noble comme le songe d’une nuit d’été. 20/20

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