Palmer Hermitagé contre Palmer 2006

Au XIXième siècle, a l’époque où la vinification n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, les propriétaires bordelais n’hésitaient pas à ajouter du vin du Rhône Nord (notamment d’Hermitage) pour apporter une certaine vigueur au vin. On parlait alors, pour cette technique, de vins « hermitagés » ou « ermitagés ». Château Palmer à Margaux e décidé par l’intermédiaire de son vinificateur, Thomas Duroux (ancien d’Ornelaia) de remettre au goût du jour cette technique ancestrale. Bien évidemment, les décrets d’aujourd’hui ne permettent pas de proposer le vin sous l’AOC Margaux mais en Vin de Table Français.

Sur une base de 2006, l’apport de 12% de Côtes du Rhône, dont la provenance est tenue secrète, les vivificateurs ont souhaités réaliser quelques barriques. La semaine dernière nous avons dégustés un bouteille « hermitagé » et une bouteille de Palmer 2006, histoire de comparer l’apport de cette technique.

Palmer 2006 : nous sommes face à un vin fermé mais qui fait ressentir toute sa puissance, la beauté d’un cabernet sauvignon bien mûr. La complexité aromatique est présente et les arômes d’une belle pureté. Le velouté des tanins est très subtil et la puissance du vin (par la puissance en bouche) se fait ressentir tout en restant un peu étriquée dans un costume trop petit. En fait, le vieillissement va l’aider à obtenir des « habits » plus larges et à s’ouvrir un peu plus. C’est un très grand vin qui ne se donne pas complètement mais qui a un potentiel de garde sublime.

Palmer Hermitagé (sans millésime) : Les arômes sont plus riches que le précédent et plus charmeurs. Le vin prend une grande amplitude en bouche et offre une densité alcoolique assez substantielle qui me dérange particulièrement. Certes les tanins sont parfaitement veloutés mais l’alcool emmène une vraie lourdeur.

Conclusion : Je préfère largement le vin authentique car il retranscrit parfaitement l’univers des grands vins de Bordeaux, avec une complexité, une texture velouté et une qualité de tanins lui donnant un vrai potentiel de garde. Par contre, la bouteille ermitagée est plus charmeuse aux premiers abords mais quel dommage de déstructurer un aussi beau vin par un apport en alcool et en sucre qui n’apporte rien de plus au vin qu’une appétence rapide. Nul besoin d’attendre le vieillissement. Et je ne suis pas persuadé que le vieillissement en bouteille tienne le coup car l’alcool et les tanins sont légèrement déstructurés. Quel dommage, surtout au prix excessif de plus de 200 Euros !

Pourquoi déstructurer un vin aussi beau en lui ajoutant une typicité qui ne correspond ni à son terroir ni à son identité ? Dommage…

Ambroise Chambertin

2 commentaires

  1. Thomas Duroux

    Cher Monsieur,

    Ravi que vous ayez pu déguster ces deux vins. Quelques petites précisions cependant. Si l’étiquette photographiée est celle que vous avez dégusté, alors il ne s’agit pas du Historical XIXth Century Wine 2006 mais bien du 2004. Bien qu’il n’y ait pas de millésime officiel il existe un numero de lot au bas de l’etiquette: L20.04 sur l’etiquette photographiée.
    Il est également important que vous sachiez que ce vin n’est pas réalisé à partir de l’assemblage de Château Palmer. Nous avons sélectionné pour chacun des trois millésimes produits un lot de merlot et un lot de cabernet sauvignon provenant du vignoble de Château Palmer, que nous avons assemblé avec 10 % de Syrah des Côtes du Rhône Nord.
    Il est donc difficile de comparer Chateau Palmer et Historical XIXth Century Wine (même si le millésime est identique) car que vous l’aurez compris leur base est très différente.
    Une autre précision: l’alcool de ce vin n’est pas supérieur à celui de Palmer et les Syrah choisies ont un équilibre proche de nos vins ( en terme d’alcool, d’acidité et de tanins). C’est pour cela d’ailleurs que les vins de l’hermitage étaient choisis à l’inverse des vins du sud de la France ou des vins Algériens (bien plus lourds) qui étaient utilisés pour les vins plus modestes.

    Bien cordialement

    Thomas Duroux

    • mm

      Bonjour Mr Duroux,
      Merci de votre commentaire et de vos éclaircissements très intéressants. Dans l’espoir d’une rencontre « réelle ».
      Cordialement,
      Ambroise

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