Petrus Gaïa – Bordeaux – 2008

J’entends déjà les commentaires des puristes ou des ayatollahs de l’anti-modernisme ou de l’anti-commercial me dire « mais comment pouvez-vous mettre en avant un vin comme celui-là ». Eh bien je leur répondrai, Mesdames, Messieurs, ce n’est pas un vin que je mets en avant mais la quête d’un homme que le vin a transformé.

Rolland Guérin était un cadre de haut niveau chez Bouygues. Après une carrière bien remplie, il a souhaité s’exiler aux USA, vivre sur son voilier. Mais voilà….L’attraction de la France était trop forte et le désir de rentrer prenait le pas sur la vie mondaine et un brin (sic) « people » de Miami. Rentrer c’est bien mais que faire ? La déferlante du Chardonnay et de Sideways aidant, Rolland voulu acheter une propriété à Bordeaux, tout au moins un château comme on dit. Grande fut sa déception quand on lui présenta des maisons à la place des châteaux !… En passant devant un petit panneau anodin, sur la commune de Ruch, près de Rauzan dans l’Entre deux Mers, il découvre une parcelle au nom de Pétrus. En bon surdoué du business sa décision était prise, il achèterait Pétrus et en ferait une marque de pointe.

Après nombres tergiversations, il arrive à acheter cette propriété et commence à créer un chai, un conquet de vendanges, restructure le vignoble et surtout embauche un passionné Didier. Fier de son travail et de ses vignes, Didier est le bras droit de Rolland pendant près de cinq années. Cinq années de dur labeur sans vendre un bouteille. Pourquoi ? C’est très simple, parce que Rolland souhaite déposer la marque Pétrus Gaïa et que la famille Moueix s’y oppose.

Seulement voilà, Rolland a des réserves insoupçonnées et en bon businessman il gère ses dossiers à la perfection. Cassini, célèbre géomètre de Louis XIV, fut le premier à réaliser des cartes cadastrales. Or, dans ces cartes, le Pétrus de Ruch est mentionné alors que le Pétrus de Pomerol ne l’est pas. S’ensuit une lutte et des rebondissements, de coups bas, dans lequel Mr Guérin arrive à déposer sa marque malgré la famille Moueix de part l’antériorité de la marque. 4 années de stress, de dur travail mais aussi de prise de conscience.

Prise de conscience qu’un domaine doit respecter la nature sans quoi les raisins ne sont pas de grande qualité, prise de conscience du travail à la vigne avec son bras droit Didier, prise de conscience de la joie des vendanges et des moments de stress et de joie qu’elles apportent. Bref, prise de conscience de la vraie vie d’un vigneron et surtout prise de conscience qu’il aimait cela, souhaitant donner le meilleur à son vignoble.

Du rude businessman des débuts, l’homme s’est changé en amoureux de la terre, respectueux du terroir et de la vigne. Dès lors son domaine s’appellera « Petrus Gaïa » ( terre en grec )

Le terroir, car Pétrus Gaïa  possède un vrai terroir. Son nom vient d’une butte de calcaire unique à Ruch où les vignes poussent sur un monticule à l’abri des vents. Orientés Est / Sud Est le vignoble possède une vraie identité et une vraie qualité. Un de mes amis, à la demande de Rolland, a contacté Stéphane Derenoncourt afin qu’il intervienne sur la propriété. Aussitôt le courant est passé entre Stéphane et Didier. Car l’humanisme de Rolland et son génie était de comprendre qu’il n’était pas spécialiste en vignobles et que seul la décision de Didier pouvait compter.

A partir de là, l’histoire commence et Pétrus Gaïa (noté par Parker en 2008) devient un très beau vin. Plein d’expression de terroir et de suavité. Mais la place de Bordeaux, dans sa grande faiblesse d’âme, délaisse Pétrus Gaïa au cas ou l’autre Pétrus ne coupe les allocations. Ces injustices, ces moments de stress et d’angoisse auront eu un impact négatif sur la vie privée de Rolland et surtout sur sa santé.

Malheureusement le millésime 2010 sera endeuillé par le décès soudain de Rolland qui laisse sa propriété et nous quitte à tout jamais. J’ai eu la chance de connaître Rolland, de le voir naviguer dans les arcanes bordelaises, de voir l’indifférence et le mépris de ces mêmes arcanes, je l’ai vu se battre comme Dom Quichotte face à des moulins….Et je peux vous assurer que c’était un homme fabuleux, heureux, honnête et humaniste.

Pour tout, Rolland, Merci…

En guise d’hommage, je ne peux que vous décrire son vin du millésime 2008 : rouge grenat profond avec des notes violacées. Un nez finement boisé, avec des arômes de cèdre, de fruits rouges très mûrs. En bouche la suavité du vin nous envahit. Velours, dentelle, rien ne déborde, tout est en douceur et en « toucher de bouche ». Les tanins sont serrés mais doux, la bouche ample, bien structurée mais fondante. De doux arômes de réglisse, de fruits rouges et une pointe d’amertume et de salinité propre au terroir calcaire.

Bref un très beau vin, aussi noble que son propriétaire. Au revoir Rolland ….

Coup de coeur pour les hommes et le vin

Attention j’ai travaillé pour ce domaine et j’essaie d’être le plus juste possible notamment dans mes dégustations.

Ambroise Chambertin

4 commentaires

  1. Cher Ambroise,
    Je me permets d’ajouter une petite note car j’entends souvent, trop souvent les gens parler de « vrai » vin et de denigrer les autres.
    J’ai une question, qu’est ce que le vin????
    Et bien mesdames et messieurs, c’est une boisson, donc, un liquide que l’on boit. Donc, a tous les extremistes qui ne souhaitent boire que du vin 100% non travaille, je repond que, certe, j’adore aussi, et je prefere meme, cependant, mon interet est toujours le meme: si c’est bon je le bois!
    Mieux vaut un bon vin de cuverie qu’un mauvais vin de vignoble!!!

  2. brucker daniel

    bonjour que veut dire gaia n1 2008 et n2 2009 est ce que c’est les 2 premieres annees de vie en petrus gaia merci

  3. franck GIRARD

    Moi aussi j’ai bien connu Roland, c’était un businessman pure et dure,il n’a monté PETRUS GAIA que pour mieux le revendre à Moueix propriétaire du vrai PETRUS .

    Quel beau pied de nez cela aurait été le hold up du siècle… et pour cela tout était bon !

    Le Château PETRUS GAIA n°2 il a été commercialisé en parallèle avec Château PETRUS GAIA N°1, bon c’était illégale deux noms de Châteaux pour un seul domaine …. mais les gogos étaient tellement content ….
    le coup de maître ça a été la mention BORDEAUX PREMIER CRU, elle aussi totalement illégale apposée sur le PETRUS GAIA n° 1, mais la aussi les gogos était tellement content … Je dois dire que voir ces dégustateurs du dimanche s’extasier devant ces bouteilles maquillés issue du petit terroir de ruch c’était a vivre !

    Il doit bien rigoler la haut Roland d’avoir mené tout son petit monde en bateau

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