Pourquoi acheter du 2011 ?

La campagne des primeurs 2011 restera dans les mémoires des marchands bordelais. Devant un millésime d’un niveau très faible, et bien que les prix soit en baisse, seulement 10 à 20% des commandes ont été validées auprès des propriétés. Pour information, le millésime 2009 et 2010 s’est vendu en quelques heures avec des taux de validation de commande de près de 90%. 2011 n’intéresse peu ou prou les marchands. Essayons de comprendre pourquoi ?

– Les prix ont chutés d’environ 40% par rapport à 2009 et 2010. Cette baisse devrait donc être un stimulant pour le marché. Malheureusement, les hausses inacceptables de ces dernières années ont été tellement importantes, que les prix de sortie du millésime 2011 est encore largement supérieur au millésime 2008, millésime qualitatif. Les acheteurs peuvent donc se procurer des vins de 2008 et 2009 pour le même prix, voire un peu moins cher, que les 2011. De fait, l’intérêt pour le millésime en cours n’est pas des plus haut !

– La qualité du millésime laisse aussi préjuger d’un faible potentiel de garde. Le déficit de maturité à apporté dans beaucoup de propriétés, et notamment des grands noms du vin, des tanins verts, secs et qui ne pourront se fondre avec le temps. Il est donc complexe de payer un vin très cher dont le potentiel de garde n’est pas assuré. Quid du consommateur qui va s’acheter une bouteille à 500 euros et qui sera déçu dans 10 ans ? Le risque et la raison l’emportent sur la passion.

Le plus étrange, c’est que les propriétaires bordelais, ne comprennent pas les atermoiements du marché. Ils ne comprennent pas pourquoi les anglais, américains et autres asiatiques ne veulent pas acheteur leurs vins ? Il suffit de sortir des châteaux et de se rendre chez quelques cavistes français ou anglais pour comprendre. Aujourd’hui, le consommateur peut acheter des vins de 2008 et 2009 au prix des 2011. Et surtout, en privilégiant les très bons rapports qualité/prix, qui sont pléthores dans ces millésimes, le consommateur aura un plaisir bien plus important à boire des 2008 et 2009 que des 2011. Dès lors pourquoi acheter ce millésime en primeurs ? CQFD ….

La mise en marché du millésime 2011 va donc imposer aux propriétaires bordelais de revoir leurs stratégies de prix. Ils vont devoir sortir de leurs tours dorées et aller se confronter avec les marchés pour comprendre les tenants et les aboutissants de ces derniers. Il ne suffit plus désormais de faire du bon vin, il faut avoir une stratégie lisible et une honnêteté vis-à-vis des revendeurs qui sont en contact direct avec les consommateurs finaux. J’ai bien peur que cette campagne primeurs n’accélèrent le désintérêt des asiatiques pour les Bordeaux. Ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers la Bourgogne qui offre des rapports qualité/prix bien plus important et surtout ne sont pas des « usines » à produire. Les chinois ont compris que les bordelais possédaient des propriétés immenses alors que les bourguignons, eux, n’avaient que quelques ares. Or, en Chine, ce qui est rare est cher ! ….

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