Première ébauche de qualité des primeurs 2015

Le millésime 2015 est singulier. La climatologie atypique donne au vin de 2015 une singularité organoleptique. D’aucuns ont annoncé un millésime exceptionnel avant même que les raisins soient totalement rentrés dans les chais. C’était, avouons-le, un peu risqué. Toutefois il est vrai que la qualité est superbe, supérieure à 2014, et le millésime le plus abouti depuis 2010. De là à la comparer à 2009 et 2010, il n’y a qu’un pas que je n’oserais franchir.

Singularité donc, dans les pH notamment où les acidités restent élevées. Des pH entre 3,6 et 3,7 donnent des vins d’une tension importante, une acidité qui apporte beaucoup de fraîcheur aux vins. Les 2015, bien que massifs et denses, se goûtent particulièrement droits en bouche avec parfois des acidités qui peuvent dérouter quelques dégustateurs.

Cette fraîcheur est un point important d’un autre facteur singulier. Elle permettra aux vins de vieillir de manière remarquable. Les 2015 sont des vins de garde par excellence.

Mais ne nous trompons pas, contrairement à 2009 et 2010, massifs et parfois lourds, les 2015 se goûteront, je pense, très bien dans leur prime jeunesse, encore une fois grâce à cette fraîcheur et cette acidité qui apportent une pureté de fruits et une aromatique importante.

Des vins de vieillissement mais également des vins qui raviront les amateurs de Bordeaux racés, nobles, plus droits que lourds en dehors de la mode du surextrait de ces dernières années.

Autre singularité, les merlots se prennent pour des cabernets et les cabernets pour des merlots. L’acidité importante donne aux merlots des touchers de bouche plus droits que ronds, sans se départir d’un certain moelleux, et les pluies d’Août cumulées à un automne relativement beau et des nuits fraîches ont été l’un des facteurs permettant aux cabernets d’être croquants et juteux, ce qui leur donne des entrées de bouche suaves.

Autre phénomène concomitant à une acidité importante, les terroirs marquent parfaitement les vins. A Bordeaux, les grands millésimes ont tendance à prendre le dessus sur les terroirs alors qu’en 2015, les vins répondent particulièrement bien aux différents terroirs. Les calcaires à astéries de Saint-Emilion offrent rectitude, droiture et tension, les terroirs avec de beaux argiles apportent de la densité et du jus, les terroirs de graves de l’élégance, de la densité et des fins de bouche aériennes. Bref, un millésime où les terroirs, nombreux, de Bordeaux sont mis en avant ce qui, dans ce monde de Bordeaux bashing infantile, remet au centre de la mêlée l’extraordinaire complexité des terroirs bordelais.

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