Primeurs 2010 : spéculation…spéculation…spéculation !

La campagne des primeurs 2010 de Bordeaux va sûrement commencer dès Lundi prochain. Les notes Parker sont connues, le marché est tendu et les acteurs vont se rafraîchir les idées sur leurs bateaux du bassin d’Arcachon avant d’entamer, fébrilement, cette campagne. Il y a plusieurs stratégies cette année :

  • Le château qui souhaite profiter de l’embellie spéculative et qui ne souhaite plus s’embêter avec la vente de vins
  • Le château qui est conscient que la distribution est un vecteur de qualité et qui fera tout pour essayer de préserver ses clients historiques
  • Le château qui attend, qui regarde et qui certaines fois, comme certains l’année dernière, propose des prix aberrants.

Quoi qu’il en soit, ce millésime 2011 (pour la commercialisation des 2010), sera un tournant pour la place de Bordeaux. Depuis l’année dernière et l’arrivée massive de « soit-disant » chinois, les propriétés adoptent des moeurs étranges. Le négociant qui travaille pour eux depuis plus de 10,15 ou 20 ans et qui possède une allocation de 10/15 caisses et gentiment mis dehors au motif que seul les négociants ayant une allocation importante sont conservés (au moins 30 caisses). Motif exposé : avoir moins de travail administratif……

En fait, certains propriétaires (une minorité…) souhaitent, de manière ironique ou incompétente, je ne sais, vendre le plus rapidement leur production. Certains se glorifient d’avoir mis 19 minutes l’année dernière pour vendre leurs vins. On comprend, dans ce système, qu’un nombre de bordereau de courtage élevé est une gêne pour l’atteinte du fameux record….

Bref, en tant que consommateur, ce qui me désole, c’est que je vois de plus en plus les vins de Bordeaux s’éloigner des « vrais » gens pour partir dans des fonds de spéculation, des fonds de pension, des nouveaux riches chinois ou autres. Le problème n’est pas que les chinois s’intéressent au vin, mais que Bordeaux puisse jouer le jeu de la spéculation. Ces vins ne sont ni dégustés, ni appréciés. Ils servent juste d’objet de spéculation (les ventes aux enchères en sont le bras armé) et reviendront un jour sur le marché, ce qui aura pour objectif de faire tomber les cours et perdre beaucoup d’argent à tout le monde. Ce jour là, peut-être, la place fera son mea-culpa.

Mais d’ici là nous devons nous contenter des dégustations primeurs car ces vins sont hors de notre portée en tant que consommateur. Et je dois avouer que j’ai du mal à acheter une bouteille à près de 800 Euros et d’être déçu comme a pu l’être Mr Mauss dans une dégustation avec du Lafite 1998 : (lien : http://gje.mabulle.com/index.php/2011/05/06/201916-une-visite-chez-marionnet)

Quelle déception avec ce Lafite 98 : une quelconsité navrante. Ordinaire, boring, ne présentant strictement aucun intérêt. Et nous sommes tous d’accord sur ce jugement. Qu’on ne vienne pas me dire qu’à 12 ans, un tel vin ne devrait pas offrir des perspectives de premier ordre, à défauts de qualités supérieures. Bien évidemment, tout le monde acquiesce quand je souligne à quel point nous n’aurions jamais dit cela s’il avait été servi étiquette découverte. Que cette expérience me conforte dans l’idée que l’aveugle est la porte de l’honnêteté !

Les grands crus de Bordeaux profitent du système, peut-on leur donner tort ?, mais ce qui est dommageable c’est que le vin n’est plus un produit de partage mais un effet de socialisation et de spéculation. Pour notre part, revenons à des vins abordables et qui nous donnent de grands plaisirs.

Ambroise Chambertin

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