Rayas, mystérieux inconnu ?

Voici l’article consacré au Château Rayas dans le dernier numéro d’Anthocyanes. En espérant que l’esprit de Rayas soit totalement retranscrit. 

Ce qui rend Rayas aussi intéressant c’est l’inconnu et le mystère qui l’entoure. La famille Reynaud pourrait parfaitement se référer au philosophe Henry David Thoreau qui souhaitait vivre sa vie au milieu de la nature, d’une manière très simple, pour mieux l’appréhender et par delà mieux comprendre les hommes. La nature procède paour lui d’une éthique forte que l’être humain doit s’appliquer pour devenir meilleur. Quand on a la chance de rencontrer Emmanuel Reynaud, on ne peut que méditer cette éthique de Thoreau. Car ce vigneron vit dans la nature pour ce qu’elle lui apporte en la contemplant tous les jours, dans le respect le plus total et avec une forme de symbiose qu’il est un des rares viticulteurs, à notre connaissance, à posséder.  Ne croyait pas que Mr Reynaud est un homme des bois ! C’est un homme contemporain qui entend simplement vivre dans la tranquillité absolue et au rythme de la nature. D’ailleurs avant d’accepter une visite au domaine, il faut le connaître, qu’il vous apprécie et le cas échéant que vous vous adaptiez à ses horaires de travail. Car, ici, rien ne passe avant le bien être du vin ou devrais-je dire de la vigne. Sa force, sa pétulance, Emmanuel Reynaud la puise dans ce que nous pourrions appeler un « retour aux sources » alors que cela devrait être, de manière idéale, la matière de travail de chaque vigneron. Cette matière c’est la vigne.  Avant d’être un très bon vinificateur, Emmanuel Reynaud a appris de son oncle, ancien maître des lieux de Rayas, le travail à la vigne. Il l’a ensuite appliqué avec ferveur et talent dans son propre domaine, le Château des Tours à Sarrians (voir Anthocyanes n° 3). L’harmonie de notre hôte avec la nature est avant tout le respect qu’il peut apporter à ses vignes. Pas de traitements phytosanitaires mais des années de lutte naturelle contre les insectes prédateurs, pas d’engrais azotés mais des amendements corrects et surtout un travail du sol des plus soignés, pas de travail à l’emporte pièce mais un respect des cycles lunaires permettant une meilleure symbiose entre la terre et le cosmos. Emmanuel Reynaud c’est l’harmonie parfaite entre un homme et la nature, sa terre chérie. Cette relation profonde, souvent spirituelle, peut déranger le visiteur analytique qui vient au domaine pour comprendre. Car Rayas ne se comprend pas, il se vit.

Rayas est entouré de petits bosquets que nombre de propriétaires auraient déjà rasés pour augmenter la surface du domaine. Ici il n’en est point question. Ces bois sont l’âme de Rayas, ce qui en fait sa force et sa fraîcheur. Emmanuel Reynaud nous explique « qu’ils apportent de la fraîcheur tout au long de l’été et sont, à ce titre, un élément constitutif du terroir de Rayas.  Sans eux, Rayas ne serait pas Rayas ». On retrouve dans cette volonté toute la philosophie de la symbiose entre un homme et la nature. Il a compris que la vigne avait besoin d’un biotope pour exprimer son plein potentiel. Les rangs de vignes alignés comme des voitures à la foire, très peu pour lui. Ce qu’il veut, s’est reconstituer de la vie dans une nature trop souvent cultivée dans une vision unitaire en délaissant l’environnement. A Rayas, le chêne vert, les cannes de Camargue ou les herbes ont, non seulement leur importance, mais participent à la mysticité du lieu.

Ces deux caractéristiques majeures, devrions-nous dire philosophies majeures, donnent au domaine une poésie que peu de vins sont capables de retranscrire. Boire du vin de Rayas s’est entré dans un univers mystique, spirituel et humain à la fois. C’est essayé de comprendre le langage d’Emmanuel Reynaud car son vin procède de sa philosophie. Il bâtit des vins pour la garde pas pour le plaisir immédiat car il a besoin de temps comme sa vigne a besoin d’alentours pour s’exprimer. Il est peu de vins qui nous donnent des émotions aussi intenses. Rayas est l’un d’eux. Loin de la modernité politiquement correcte, loin du pragmatisme économique, boire du Rayas c’est plonger dans un monde fascinant qui nous impose de revenir aux sources, nous laisse méditer sur la folie de notre vie contemporaine. Rayas est l’un des 4 ou 5 très grands vins de France, des vins qui sont l’âme de leur accoucheur. Ce qui les fait grands parmi les grands, c’est la symbiose entre une philosophie du vigneron et son application au quotidien dans la vigne. Le vin est le sang du vigneron, son âme, sa vie totalement retranscrite dans les émotions. Romanée Conti, Leroy, Zind Humbrecht, Foucault et Rayas sont quelques uns des domaines les plus vrais, les plus humbles, les plus magiques de notre fabuleux monde du vin.

Au delà de la mystique, Rayas c’est aussi un terroir spécifique. Située sur la partie est de l’appellation, la terre est constituée de safres, des sables très compacts sur des molasses du Miocène (sables plus ou moins durcis par le dépôt calcaire entre les grains, quartz, débris de coquilles marines…). Pignan et Rayas sont des ilots de Safres dans un océan de cailloux. Cette spécificité permet aux vins du domaine de présenter des touchers de bouche tout en subtilité et en finesse là où de nombreux Châteauneuf misent sur la puissance et l’onctuosité. Il est relativement facile de découvrir un vin de Mr Reynaud à l’aveugle, c’est celui qui vous donnera des émotions de toucher de bouche les plus délicates, fines et veloutées. Cette délicatesse provient des résidus secs qui constituent le vin. Les minéraux donnent au vin une texture proche de celle des étoffes. Toute la philosophie vigneronne d’Emmanuel Reynaud réside dans cette volonté de symbiose entre la vigne (donc ses racines) et la terre qui la supporte. Ces échanges, plus ils sont naturels, plus ils contiennent de minéraux et d’extraits secs, donc d’éléments subtils et élégants pour le toucher de bouche.

Loin des canons de la modernité, des vins gras, onctueux et soyeux (qui sont au demeurant très qualitatifs) le domaine de Rayas recherche la subtilité, la fraîcheur et la finesse. D’où une nécessité absolue, ne pas les déguster avant une bonne dizaine d’années…Pensons à cette phrase de  Philippe Obrecht, « la patience est le sourire de l’âme ». Toute une philosophie…

A Rayas rien n’est jamais comme ailleurs. Les assemblages prenant plus de temps, Emmanuel Reynaud nous propose de déguster les 3 grandes « régions » de Rayas. La première sur des sables légers, les parcelles du Levant et celle du Couchant.

 

Château Rayas – Châteauneuf du Pape – 2010 Terroir de sables légers. 

Nez très complexe avec une dominante de fruits rouges totalement enveloppée par des notes fleuries (violettes, garrigues). Toucher de bouche tout en finesse avec un grain très fin et une fraîcheur qui apporte un côté aérien et subtil. Une vraie gourmandise.

Château Rayas – Châteauneuf du Pape – 2010 Levant

Le nez exhale encore les mêmes notes de fruits rouges et de raisins. De la pureté dans les arômes, voilà ce qui impressionne. Notons toutefois un côté plus sauvage que le précédent. En bouche, soyeux et taffetas pour un toucher de bouche légèrement plus droit et fermé mais toujours aussi frais et envoutant.

Château Rayas – Châteauneuf du Pape – 2010 Couchant 

(les raisins ont été ramassés légèrement plus verts que les précédents) Le nez est profond et parfaitement en place. La palette aromatique s’exprime plus sur des notes de garrigues et d’épices. Le toucher de bouche offre une allonge et une droiture impressionnante. Rien ne dépasse, le vin est sur des rails ! Toujours le soyeux et le taffetas mais dans une disposition différente car plus tendue.

1 commentaires

  1. C’est un joli terroir et d’autres y viennent, à essayer d’imiter cette patte si élégante, racée, 100% grenache sur safres/sables, c’est de la finesse en bouteille !

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