Les Rosés de l’été

Les Rosés de l’été

les-roses-de-l-eteIl est parfois complexe de nager entre deux eaux. C’est pourtant le cas du rosé qui pendant des années fut le mal aimé d’une critique pas toujours très à propos et devint, dans le même temps, la couleur préférée des consommateurs, surtout des consommatrices.

Je dois confesser avoir été du côté de la critique peu inspirée. Il faut dire, qu’à cette époque (je parle de la fin de années 1990, début 2000), le rosé était une espèce de vin sans grand intérêt, tout au moins en jugeait-on ainsi. Michel Bettane, dans l’une des ces phrases sibyllines dont il a le secret, n’avait-il pas affirmé que « plus les corps sont hâlés, plus les rosés sont pâles ». Nous, critiques, étions en croisade intellectuelle contre ce que nous jugions un ersatz de vin. Et, il faut bien le reconnaître, les rosés de ces temps pas si anciens que cela, étaient de peu d’intérêt gustativement parlant.

Une révolution ontologique

A cette époque donc, les rosés étaient conçus non pour eux-mêmes, pour leur qualité intrinsèque, mais pour donner de la consistance, de la densité à des vins rouges qui en manquaient cruellement. C’était l’époque des rosés de saignée. Procédé simpliste qui consiste à diminuer le volume de jus dans une cuve destinée à la vinification de vins rouges et ainsi augmenter le rapport peaux/jus et concentrer l’affaire. Le bon sens paysan jamais avare d’un recyclage pécuniaire inventa alors le vin rosé, source de vente rapide pour une consommation estivale. Aisément réalisé, rondement mené, intelligemment argenté.

La Provence, déjà fer de lance de la couleur, imposa alors son savoir-faire en forme d’omnipotence et créa la gamme Pantone la plus controversée de l’industrie alimentaire. Les vignerons pouvaient ainsi choisir la chromatographie d’un vin, une première.

Le succès aidant, les appétits s’aiguisèrent et avec eux l’envie pour certains de profiter de la manne du rosé. Les gros faiseurs, comme on-dit, entrèrent dans la danse comme les propriétés au savoir-faire reconnu. Millésime après millésime, la qualité s’améliora. Les vignerons prirent conscience de l’impérieuse nécessité de faire des rosés de qualité, des rosés pouvant prendre le nom de vin. Très vite, œnologues et autres conseillers en viticulture, apportèrent toutes leurs expertises. Certains, les jusqu’au-boutistes, isolèrent des parcelles car l’on ne mène pas une viticulture pour du rosé comme on mène une viticulture pour le rouge. Les techniques de vinification évoluèrent, passant du rosé de saignée au pressurage direct, avec pressoirs horizontaux. On traita presque les raisins rouges comme des blancs. Et aujourd’hui, il faut l’admettre sans ambiguïtés aucune, les rosés n’ont jamais été aussi qualitatifs. Et les affaires autour du mélange de blancs et de rouges peuvent être évacuées, cette pratique est interdite, sauf dans la très industrieuse Champagne.

Alors évidemment, comme toujours lorsque le marché est porteur et l’argent facile, certains ne concèdent rien à la qualité. Mais l’ensemble de la viticulture française a désormais pris conscience que le rosé est un vin en soi. Pas un supplétif monétaire, pas un palliatif quelconque. Un vin avec sa singularité, son caractère.

Nous sommes aujourd’hui aux prémices de l’aventure rosé. La grande région bordelaise commence à s’y intéresser en produisant de plus en plus de rosés dignes de figurer parmi les plus belles tables et possède même une particularité unique, le Clairet. Le Rhône aussi, dans un registre différent de la Provence, tire son épingle du jeu. Et que dire de Tavel, seule appellation française à produire uniquement du rosé. Même si, et on peut le déplorer, nombre de viticulteurs vont à la facilité et aux rosés pâles, les meilleurs restent et font du rosé un exceptionnel vin de gastronomie.

Pour en finir donc avec la désagréable sensation de tromperie des années 1990/2000, faisons du rosé une des stars de l’été, il  le mérite tellement.


Les résultats et commentaires de dégustation

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