Smith Haut Lafitte, une re-découverte

Smith Haut Lafitte est devenu en quelques années et avec force de travail un domaine réputé des Pessac Léognan. Il est possible d’affirmer aujourd’hui que le domaine est parmi les meilleurs de l’appellation. Dans le Landernau bordelais, on entend beaucoup de choses sur les Cathiard souvent relayées par des journalistes soucieux de préserver la chèvre et le choux pour ne pas se mettre Bordeaux à dos. Et quand les « ont dit » sont aussi insistants, on peut parier qu’ils sont souvent erronés.

Pour ma part, la réception d’hier m’a permis de rencontrer 3 personnages de la propriété (Florence et Daniel Cathiard en compagnie de David Ornon) aussi gentils, sereins et charmeurs qu’attachants. Daniel et Florence Cathiard on le port de tête altier des gens qui ont réussis. Et alors ? On m’avait prévenu en me disant que Daniel était un peu bourru et chafouin certains jours et que Florence sur-vendait son château. Pour ma part j’ai rencontré des personnes charmantes, ouvertes, certes fiers de leur travail mais quand on a réussi comme eux on le serait à moins? Les préjugés ont parfois la dent dure et quand on essaye de comprendre leur origine on s’aperçoit vite qu’ils procèdent de jalousie. Je pense que beaucoup de bordelais sont jaloux du succès de cette famille qui a été l’une des premières non issues du sérail à remettre un grand domaine sur les rails de la qualité. De plus, dès leur arrivée, ils ont souhaité ouvrir le Château aux consommateurs, chose inacceptable à l’époque pour un monde bordelais fermé, feutré et presque cathartique. Heureusement, grâce à des gens comme les Cathiard, les choses changent en bien !

Ce qui m’a beaucoup plus chez eux, c’est la simplicité de la réception. Daniel nous accueille en bicyclette point gêné de notre arrivée un peu tardive. De suite il nous demande si nous aimons les vins d’ailleurs et nous emporte avec lui dans sa cave privée. Le journaliste anglo-bolivien (une pointure ce Juan Carlos Rincon ! ) qui m’accompagne est né en 1958. N’ayant pas de bouteilles de cette année, le maître des lieux nous propose de déguster un millésime exceptionnel un 1959 ! Comme cela, pour le plaisir de partager. Et c’est cela que j’ai le plus aimé dans cette approche. Là où certains bien pensants auraient affirmer que c’était pour « acheter » les journalistes, Daniel a simplement ouvert une bouteille de 1959 pour faire plaisir. Et il faut dire que dans le bordelais cela est assez rare pour être souligné !

Lors du repas, j’ai aimé le discours de vérité de Florence Cathiard sur les aberrations de certaines pratiques bordelaises et la timidité presque effacée de Daniel (cet homme à l’air de penser constamment à ses vignes et aux améliorations nécessaires pour faire un grand vin, son obsession). Comprendre les femmes et les hommes au delà de ce qu’ils peuvent donner comme première impression est important pour comprendre le cheminement et la vie d’un vin. A ce moment là, j’ai été frappé par la passion qui habite ces deux propriétaires. Ils se donnent, chacun à leur façon pour leur domaine, et c’est peut être cela qui dérange….En tout état de cause, je préfère des propriétaires passionnés et passionnants que des propriétaires ternes, sans vie et souvent ennuyeux.

Il sera intéressant de réaliser un reportage plus abouti sur le « phénomène » Cathiard. En attendant une prochaine visite, des notes sans concession sur les millésimes dégustés :

Smith Haut Lafite – Pessac Léognan blanc – 2011

Nez complexe et dense. Fleurs et fruits exotiques avec beaucoup de charme. Du gras, un grain fin et une allonge bienvenue qui donne une vraie personnalité et une finale légèrement fumée et saline.

Smith Haut Lafite – Pessac Léognan rouge – 2010

Le nez est complexe et fermé mais ne demande qu’à s’ouvrir. Très beau toucher de bouche tout en velouté, en suavité avec l’onctuosité nécessaire pour nous ravir. Les tanins sont présents, structurants et vont se fondre avec le temps. Très joli vin.

Smith Haut Lafite – Pessac Léognan rouge – 2007

 Le nez est plus sur le bois et l’on ressent moins de densité et de complexité que les suivants. Les notes de grillées sont plus soutenues. En bouche, très belle suavité avec de l’élégance et de la finesse. On aurait pu s’attendre à une bouche faible sur le milieu mais nous avons plus affaire à une élégance et une allonge particulière. Pour un millésime aussi complexe, le vin est parfaitement réussi.

Smith Haut Lafite – Pessac Léognan rouge – 2000

 Nous sommes ici face à un nez à la fois dense et enjoleur. Un nez parfaitement en place qui propose une complexité aromatique et un charme fou. En bouche, le grain est très fin, de la droiture et de l’allonge. Le toucher de bouche est soyeux, presque taffetas, tendre et pulpeux. Dans ce millésime on s’attend à un vin ample, dense et massif et nous avons un vin délicat, subtil, velouté et délicieux. Du pur bonheur, un très grand vin.

Smith Haut Lafite – Pessac Léognan rouge – 1959

 La première impression au nez est vraiment impressionnante. Quel fraîcheur ! Les arômes sont encore jeunes avec des notes de cèdre, épices, fruits rouges et un subtil fumé caractéristique de la propriété. Le toucher de bouche délicat et subtil offre une sensation de velours avec beaucoup de fraîcheur. Finalement les vins de SHL dans les années anciennes n’étaient pas si mauvais que cela ! Comme quoi la propriété à bien un terroir extraordinaire n’en déplaise aux mauvaises langues. 1959 à produit des vins plutôt massifs et nous sommes ici dans le registre de l’élégance et de la fraîcheur. Un très grand moment.

 

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