Sommes nous légitimes ?

Avant de partir en vacances, je me lance un petit défi. Réfléchir à une question qui est nait dans mon cerveau grâce à l’intervention du célèbre et, ô combien érudit, Michel Onfray. Dans une interview vidéo sur sa vie, son oeuvre, il dissertait sur son refus de participer à des conférences ou à des dégustations. Sous le précepte qu’il est LE philosophe contemporain de l’hédonisme, de nombreuses personnes lui demande de venir donner son avis sur tel ou tels produits gastronomiques, de passer quelques jours à Melbourne pour déguster des grands crus, bref pour faire l’intéressant à coup de milliers d’Euros, pour pas grand chose.

Sa logique déconcertante et surtout son éthique, en refusant tout net de telles propositions, m’ont poussé à m’interroger, comme il le dit lui-même, sur la légitimité de ce que nous faisons.

N’étant pas oenologue ou vinificateur, je me permets de « critiquer » des vins, mais serais-je capable de faire aussi bien voire mieux que ce que je préconise ? Le critique donneur de leçons, qui existe malheureusement souvent en France, a t-il la légitimité de son action ? Autrement dit, qui sont les journalistes pour venir juger du travail des autres ….

Cela m’appelle à différentes réflexions et prises de position, qui vous allez le voir, sont bien différentes de mes contemporains. En premier lieu, j’essaye quand je rencontre un ou plusieurs vignerons de comprendre ce qui les animent. Sans jugement de valeurs, je m’attache à la vie du vigneron. Qu’il soit en bio, biodynamie ou conventionnel, j’aime entendre parler les personnes de ce qu’ils sont. C’est mon premier travail, celui qui me permet comprendre.

Ensuite, en dégustant les vins, je ne m’attache pas à un jugement de valeurs mais bien à essayer de replacer le vin dans une vision synoptique. C’est à dire avec ses pairs, avec ses concurrents afin de mieux appréhender sa personnalité.

Puis, je ne chercher pas à juger le vigneron ou à lui donner des conseils. Il y a des vins que je préfère à d’autres, c’est la partie subjective de mon métier que nous devons assumer, mais je ne me donne pas le droit d’affirmer que tel ou tel vin devrait être comme cela et pas comme cela. Chaque vin à sa personnalité, nous sommes là pour la découvrir. Or, une personnalité n’est pas toujours positive. Quand un vin n’est pas bon mon boulot ne consiste pas à dire comment le vigneron devrait s’y prendre, mais bien, à identifier cette personnalité, à la retranscrire en fonction de mes convictions et à essayer de comprendre pourquoi ce vin possède tel ou telle caractéristique. Chaque vin, comme chaque être humain, possède une ontologie et elle doit être respecter pour ce qu’elle est.

Enfin, j’essaye dans ma démarche, dans ma vie, dans mes dégustations, et cela n’est pas toujours facile, de respecter mes engagements. J’essaye d’arriver avec un oeil neuf à chaque fois, sans jugement, sans subjectivité a priori, à démarrer avec une page blanche. Je n’y arrive pas toujours, mais l’exercice me permet de me rapprocher de ce que Michel Onfray théorise comme la « vie de la philosophie ». Point besoin de philosophes de cabinet, de philosophes qui sont des donneurs de leçons sans s’appliquer à eux les préceptes qu’ils enseignent. J’essaye dans ma vie de tous les jours, de respecter les vignerons, de respecter le vin et d’être un simple transmetteur de savoir. Pas la savoir intellectuel, mais le savoir du vécu. Pas le vécu du journaliste, le vécu du vigneron.

Si j’ai choisi ce métier, car je l’ai choisi au détriment de beaucoup de choses, c’est parce que j’aime le vin. Les vins de toutes les caractéristiques, pas uniquement les grands crus classés ou les vins naturels ou les vins à petits prix. Je suis un hédoniste du vin et je n’appartiens à aucune chapelle. J’en suis fier, même si cela est parfois difficile dans un monde qui préfère les dogmes, les manichéisme, au travail de profondeur et de résistance. La superficialité n’est pas mon apanage. Comme Nietzsche ou Michel Onfray, je « philosophe au marteau »….

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