Une baisse de 30% pour les Primeurs 2014 ?

A peine les dates des primeurs sont-elles communiquées (elles l’ont été le 25 Novembre pour être exact) que déjà l’on sent un petit frémissement de la planète vin à l’encontre des vins de Bordeaux. Dans une interview assez franche, du moins où l’habituelle langue consensuelle de Bordeaux paraît disparaître, Allan Sichel, le patron des patrons du négoce bordelais, affirme que le millésime 2014 devra baisser d’environ 30% pour satisfaire les marchés (lire l’interview ici).

On se rappelle le Bordeaux bashing de nos amis anglo-saxons à propos du millésime 2013 où l’on a très peu parlé de qualité pour ne regarder que l’aspect business et le prix des vins. Robert Parker, Jancis Robinson et d’autres critiques ont enfoncé le clou en notant les vins en fonction de leur rapport qualité/prix et non en fonction de la qualité intrinsèque. C’est leur choix, il est respectable mais cela n’est pas le juste reflet de la qualité de 2013, un millésime mort-né par cette vision un peu restrictive.

Malgré une campagne primeurs poussive, voire alarmiste pour certains, Bordeaux est redevenu une valeur sûre sur les marchés spéculatifs grâce, notamment, à la baisse d’environ 15% de l’euro par rapport au dollar. Avec cette bouffée d’air frais, les négociants bordelais ont pu vendre les stocks et se refaire la cerise sur la trésorerie.

2014 arrive et avec lui une récolte pleine. Là où 2013 affichait de petits volumes, 2014 devrait « faire le plein » et permettre à l’ensemble de la filière de commercialiser à tout crin. Les bordelais sont des gens éminemment pragmatiques. Ils savent que la Chine est en train de reprendre son souffle après des années de folie où la spéculation devenait irrationnelle. Ils savent que les marchés traditionnels (Angleterre et Etats-Unis) vont leur faire payer les années 2009/2010/2011. Ils savent également que les affaires sont les affaires et qu’il convient de faire du business si l’on souhaite continuer à tenir le niveau de vie faramineux. Bref ils savent que pour vendre, 2014 devra baisser d’au moins 30% pour satisfaire les marchés et faire taire les ronchons.

Bien sûr cette baisse ne sera effective que sur la plus petite part du bordelais : les grands crus classés. Mais malheureusement, la vie est ainsi faite, cette petite partie va emmener tout le monde vers une baisse généralisée. Et là, je pressens une vraie catastrophe pour nombre de propriétés en quasi-faillite. Il est impossible pour la majorité des propriétés de Bordeaux, celles qui font des vins superbes de fruits à des prix remarquables, de baisser d’un tel niveau. Elles seraient asphyxiées, tétanisées, amoindries pour finalement disparaître. Il est donc grand temps que le marché, les consommateurs, les acteurs prennent conscience de cette dichotomie entre une économie « rurale » bordelaise aux abois et l’insolente santé des Grands Crus Classés. Et ce n’est pas les millions d’euros dépensés par le pauvre CIVB qui viendront enrayer cette hécatombe. Pendant que les spéculateurs et les consommateurs fortunés seront heureux de trouver des vins moins chers, les propriétaires de ce qui fait Bordeaux se lamenteront devant leur compte de résultat.

Mais soyons optimistes. Ce désamour pour les grands crus classés que connaissent actuellement l’Angleterre et les Etats-Unis sont les ferments d’un intérêt croissant pour les autres vins de Bordeaux comme notamment les Crus Bourgeois et permet à de nombreux vins dits « modestes » de sortir de l’anonymat. Voyons le verre à moitié vide plutôt que le contraire et souhaitons que Bordeaux, par son ADN c’est-à-dire des vins racés et uniques, reconquière la planète vin.

 

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