Une impérieuse nécessité

Comme pour annoncer une nouvelle année pleine de promesse, l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion) des crus du Beaujolais vient de décider de faire scission. Scission avec le reste du Beaujolais et Beaujolais Village, autrement dit, entre le nord du Beaujolais dévolu aux crus et le sud du Beaujolais essentiellement constitué d’appellations plus modestes.

Déjà, les tenants d’une considération sociale y voient le délaissement du nord face au sud, une vieille chanson que l’on nous rabâche régulièrement. Totalement désuet.

Car le but des crus du Beaujolais n’est pas d’abandonner les sudistes pour profiter de sommes d’argent plus importantes au nord. Non, le but est de vivre de leurs cotisations dans une volonté de se démarquer par le haut, par la qualité.

On entend déjà certains « sudistes », proches de l’interprofession, nous expliquer que les crus, après avoir bénéficié de l’argent commun, décident de manière unilatérale de partir voguer sous de nouveaux cieux. On leur rétorquera que les crus ont bien raison et qu’il devenait urgent, pour exister, d’avoir une image plus précise du Beaujolais.

Car oui, le Beaujolais est en crise. Depuis de trop nombreuses années, la région beaujolaise souffre de cette image disgracieuse d’un Beaujolais Nouveau dont l’intérêt éphémère ne dure qu’une nuit. Les ventes connaissent un désamour important de la part des consommateurs. Le Beaujolais Nouveau, si il fonctionne bien à l’export (tout au moins au Japon), n’a plus l’intérêt du vin festif et populaire que certains ont voulu lui attribuer. Devant les piètres qualités de trop nombreux « Beaujolpif », c’est l’ensemble de la profession qui souffre ainsi que les ventes qui sont affectées par une dégringolade vertigineuse.

Pourtant, cette magnifique région peut être fière de son patrimoine. En premier lieu de son cépage. Mal aimé du voisin bourguignon, via un Philippe Le Hardi, beaucoup moins courageux que la légende le laisse entendre, qui fustigea les qualités du cépage pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas adapté aux terroirs plutôt calcaires de la Bourgogne où le cépage connaît une certaine faiblesse notamment dans l’implantation en profondeur des racines (vraisemblablement due à l’alcalinité des sols calcaires). Le Gamay aime les sols pauvres, les sols granitiques, donc acides, pour plonger ses racines en profondeur. Du côté de Fleurie, ces sols de granites roses sont particulièrement féconds et l’ensemble des crus possède des arènes granitiques intéressantes.

Car si le cépage est mal aimé, le terroir, lui, est totalement mis de côté. Les collines des monts lyonnais, la proximité du Massif Central donnent aux terroirs des spécificités intéressantes pour qui se donne la peine de correctement vinifier. Et il devient impérieux, dans un monde de plus en plus hyperspécialisé, de se démarquer par le haut, par la qualité, par le terroir.

Et c’est bien là que le bât blesse. Le prix des vins est tellement bas qu’il est préférable pour le viticulteur de ne point faire une viticulture de qualité (donc coûteuse). Heureusement les mentalités commencent à évoluer avec l’arrivée d’une nouvelle génération et sous l’impulsion de quelques visionnaires aujourd’hui cinquantenaires.

Cette scission n’est donc que bénéfique. Mais elle n’est qu’un premier pas qui ne doit pas éluder le travail de fond à réaliser. Un travail d’évangélisation, de pédagogie pour que l’ensemble des viticulteurs produise des vins dignes de leurs terroirs et de leur cépage. C’est ce travail important, plus que jamais nécessaire, qui sera le seul juge de paix pour les crus du Beaujolais.

Le chemin reste long, mais comme il est spécifié dans le communiqué de presse, cette première étape d’affirmation de son identité était véritablement une « impérieuse nécessité ».

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