Le vin entre business et passion – Jérôme Pérez – Edition libre et solidaire.

Le vin entre business et passion – Jérôme Pérez – Edition libre et solidaire.

le_vin_entre_business_et_passion_mlIl existe en ce bas monde des arbitres des élégances viniques. Des trublions qui, parce qu’ils ont créé un espace de liberté, pensent à tort que le monde est pourri, qu’ils détiennent une vérité absolue, se faisant fort de publier aux yeux dudit monde aveuglé leurs pensées. L’Internet, média de masse, héberge ces provocateurs dans des forums où l’anonymat et la lâcheté n’ont d’autres vertus que celles permettant à leurs auteurs de cracher éhontément dans une soupe trop fade pour eux. Avouons-le tout de go, le forum de La Passion du Vin est de cette acabit. Quelques 500 visiteurs réguliers (non ils ne sont pas plus nombreux) dont d’aucuns sont de vrais passionnés, subissent les affres de quelques vociférateurs où l’effet de groupe jouant à plein, la virilité s’affiche d’autant plus aisément que le pervers est caché derrière un pseudonyme. Lâcheté déplorable.

Au milieu de tout cela, nagent les administrateurs, les besogneux comme on dit, souvent dépassés par des diatribes incontrôlables et incontrôlées. C’est leur rôle, ils l’assument parfaitement même si la modération n’a de titre que le nom, bien moins l’acte. Peu importe…

Un de ceux là, Jérôme Pérez en l’occurence, vient de publier, via l’éditeur Libre et Solidaire, un opus dont la couverture très racoleuse affiche avec force conviction la place de numéro 1 dans le cœur des amateurs de vins, revendiquant accessoirement la première place des sites de vins. Ambition révélée d’autant plus utile que les statistiques ne sont pas publiées…

Jérôme Pérez donc affiche la couleur. Dire la vérité, sa vérité et dénoncer les collusions entre un monde du vin affidé aux critiques et des amateurs dindons d’une farce organisée. Une opposition en forme de philosophie consumériste où le consommateur n’est plus le centre des débats mais l’agitateur de conscience. Un combat d’autant plus noble, tant il est vrai que la publicité gangrène, lentement mais sûrement, une presse du vin de plus en plus singée par la force des budgets publicité. Bref, un régal en devenir.

Les premières pages, où Jérôme Pérez retrace son cheminement personnel vers le vin, vers sa passion dévorante est d’un réel intérêt. On touche du doigt l’atmosphère personnelle, la réalité de l’être, on décrit le réel. Peu importe que l’on soit en accord ou pas avec l’homme et la chose, l’intérêt réside évidemment, dans cette démarche passionnelle. Et l’on y apprend qu’il ne collectionne pas mais essaime des petits cailloux blancs qui sont, chacun, « une inflexion de l’itinéraire, comme un essor, un nouvel élan ».

Loin, très loin des annonces fallacieuses d’un éditeur en mal de budget communication, la première partie nous laisse dans un ravissement extatique, un rêve éveillé où l’on se surprend à vouloir en savoir plus, à vouloir écouter l’écrivain plus qu’à le lire. Et oui, on peut critiquer le style, l’harmonie de l’écrit, la justesse des propos, le côté un brin donneur de leçon (en bon chantre de l’éducation nationale version très française) mais retenons que les mots semblent vrais, sincères au point d’entrer dans un monde réel, un peu comme un vigneron nous laisse toucher du doigt son quotidien.

Les acrimonies personnelles détournent le livre

Mais ces moments de vérités sont, malheureusement, le seul intérêt du livre. Bien vite, l’arbitre des élégances viniques reprend le dessus. Les acrimonies personnelles nous détournent de cet aspect du réel que nous aimons tant et le style, toujours ampoulé, vire au règlement de compte basique dès qu’il s’agit de parler de la critique vin. Pourtant, en achetant le livre (car bien sûr l’éditeur n’a pas daigné envoyer un exemplaire, sûrement pour éviter toutes polémiques naissantes), je m’enthousiasmais à l’idée d’entrer dans ce monde particulier (celui de la critique de vins, donc) avec un œil neuf, révolutionnaire, évoquant une « critique instrumentalisée par le négoce des grandes étiquettes » comme l’annonce prosaïquement la quatrième de couverture. Au lieu de cela, c’est une vision aigre, piquante qui surgit. Une somme d’acrimonies personnelles où l’analyse critique se mue en conflits de personnes. Les règlements de compte fusent, libérés de plusieurs années de rancoeur rentrée.

Le premier à entrer en scène est François Mauss, le créateur du Grand Jury Européen, mué dans ses vieux jours en élégant organisateur d’un entre-soi assumé, la Villa d’Este comme on l’appelle dans le milieu. Un séminaire de 4 jours, pour personnes fortunées, où les meilleurs vins de la planète sont bus avec le respect et l’accompagnement qui va de pair. Des réunions, des conférences et surtout des dégustations d’anthologie où les verticales de Romanée-Conti rivalisent avec les meilleurs vins de la planète. En fin communicant, François Mauss invita Jérôme Pérez, tous frais payés, à participer à l’une d’elles. Un Jérôme Pérez désabusé, interloqué, médusé, admiratif devant les fabuleux vins ainsi proposés qui en fit un résumé sincère sur son forum d’amateurs. Derechef, la foudre s’abattit sur notre homme et les injures, insultes et suspicions de conflits d’intérêts tombèrent avec la virulence de la grêle laissant les plus virulents aux insultes inacceptables. Les membres reprochèrent à l’administrateur de « vendre » les intérêts du site aux voyous de riches et le langage marxiste prit, très vite, des relents nauséabonds d’une révolution de classe que ces anarchistes du Dimanche ont eu la chance de ne point connaître. Jusque dans son propre camp, Jérôme Pérez fut mis en ballotage et dut s’expliquer pour éteindre l’incendie.

Attaquant Michel Bettane par une phrase sibylline : « de la même façon, Michel Bettane veut laisser croire qu’il est encore journaliste » (page 115) , Jérôme Pérez détourne son combat de François Mauss au plus célèbre des critiques français. Sa principale accusation est celle de « copinage » avec les vignerons et la création par Bettane&Desseauve d’un système fallacieux mêlant habilement business et critique de vins. La presse vin se meurt, c’est une réalité. De là à affirmer que toute la presse est vendue aux impératifs mercantiles de la publicité, il n’y a qu’un pas que Jérôme Pérez franchit sans vice ni vertu. Focalisant son attention sur un Michel Bettane qu’il conspue vertement car attaqué aussi frénétiquement par l’intéressé, il amalgame l’ensemble de la presse française dans une vision bien trop pathétique qui confine, malheureusement, à l’amateurisme.

S’attaquer à Michel Bettane est une chose, en conclure comme le laisse entendre un titre de chapitre que les critiques et les producteurs entretiennent des liens complexes, c’est aller un peu vite en besogne. D’autant plus vite que les exemples cités dans la foulée sont tout simplement hors de propos. Affirmer haut et fort que les critiques n’osent pas dire la vérité sur la qualité des vins de peur de voir leurs « chères » allocations passer à la trappe ou de ne plus être invités aux différentes dégustations reste peut-être vrai pour certains mais pas pour ceux qui réalisent un travail de qualité. Pas pour ceux qui ont décidé d’afficher un axe consumériste, qui s’y tiennent et qui ne vivent point de la publicité. C’est aussi oublier, et cela est plus grave pour qui se dit amateur de vins et observateur indépendant, les fameux éditos d’un Michel Bettane alors chef de file de la Revue des Vins de France. Des éditos redoutés, écrits au millimètre, qui dénonçaient souvent les dérives d’une viticulture à l’agonie dans les années 1980/1990. C’est oublier les prises de position fortes d’une équipe de dégustation du même journal contre l’arrêt des dégustations à l’aveugle lors des dégustations des primeurs à Bordeaux. C’est oublier, un peu vite, le fabuleux travail des journalistes fort mal payés dont le seul intérêt n’est ni la fortune, ni la constance de l’emploi.

Si l’observateur Pérez avait été un peu mieux renseigné, on aurait pu lui apporter les preuves des dénonciations de copinages éhontés comme dans l’affaire Parker/Rovani. On aurait pu lui donner des informations sur l’évolution de la presse consumériste dans le monde du vin. On aurait pu lui venir en aide, lui évitant ainsi de réaliser un travail de classe terminale.

Malheureusement l’homme préfère aborder d’autres sujets et passer sans gloire sur un sujet qu’il affiche au grand jour sur sa couverture. En lieu et place d’un travail de journaliste d’investigation, il nous est donné une accumulation de fausses vérités mises en page maladroitement par un éditeur incapable de rectifier les fautes de frappe, laissant même des fautes d’orthographe.

Bref, ce livre ne relève aucun intérêt sociologique, logique ou vinique. Le seul intérêt, et en cela l’éditeur l’a bien compris, c’est de réaliser des profits évidents sur une communauté qui vient de se faire berner comme un débutant. Pour un éditeur, soi-disant solidaire, c’est un comble !

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