Wine Lister, le nouveau Standard & Poor’s du vin ?

Wine Lister, le nouveau Standard & Poor’s du vin ?

Aux informations de ces derniers jours, ce qui saute aux yeux, c’est la financiarisation du monde du vin. A grand renfort de communiqués de presse et d’articles dans différents médias, le site Wine Lister annonce sa venue. Se voulant être le nouveau standard d’une financiarisation du vin en marche, cet outil de travail pour économiste en mal de reconversion affiche des ambitions élevées avec dans la ligne de mire la célèbre agence de notation Standard & Poor’s. Désormais, les vins, ou plutôt les marques, seront notés selon des critères qualitatifs, économiques et de marketing.

La critique des vins est assurée par un trio de dégustateurs qui est appelé à s’étoffer, Jancis Robinson, Antonio Galloni et Bettane&Desseauve. La partie économique (selon les ventes aux enchères) par une autre société et la force de la marque par une troisième.

Une agrégation de savoirs.

Bref, une agrégation de savoirs dont on peine à définir réellement le but si ce n’est de vendre un service aux châteaux et négociants pour étudier la force de leur marque et gonfler un peu plus l’égo de chacun. Car il est un élément fondamental du marketing, pour valoriser une marque encore faut-il être maître de son réseau de distribution….

On voit déjà les acheteurs français et internationaux se ruer sur le système pour savoir si leurs prochains achats seront amenés à faire fructifier leurs porte-monnaie déjà bien gonflés, l’achat de telles bouteilles n’étant plus à la portée du premier quidam venu. Et puis, les négociants y verront, sans aucun doute, une opportunité supplémentaire d’augmenter le chiffre d’affaires.

Ce qui est symptomatique dans tout cela, c’est la politique de suivisme engendrée par les médias français du vin. Les abonnements baissent, les ventes se délitent, et au lieu de trouver de nouvelles sources de financement ou de développement vers le lectorat, les médias préfèrent monétiser leurs images qui reposent sur presque plus rien. Il en est ainsi de la gastronomie comme du vin. Alors que l’on attend un renouveau, une certaine indépendance et un fort pouvoir prescripteur de la part des médias – j’entends prescripteur au sens de découverte, mise en avant de néo-vignerons – ils se contentent gentiment de faire valoir un savoir, qui est certes important, mais qui tend à se ringardiser au fur et à mesure que les temps passent.

Où est le consumérisme ?

C’est dommage car c’est une certaine idée consumériste qui fout le camp. Celle où le critique de vins était le fervent défenseur du consommateur et non le représentant de quelques grands groupes viticoles. Où son travail était de découvrir, épauler, supporter les viticulteurs produisant des vins honnêtes, bons, voire excellents mais n’ayant ni la surface financière, ni le réseau pour se faire connaître. C’était le bon vieux temps d’une critique dirigée par des passionnés, alors qu’elle est désormais aux mains des financiers.

Wine Lister est donc un outil de plus, qui malgré la débauche de moyens mis en œuvre sera, j’en ai peur, très vite oublié dans les limbes de la financiarisation du vin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*