2018 à Bordeaux : un millésime de convictions ?

2018 à Bordeaux : un millésime de convictions ?

À Bordeaux, rien de neuf sous le soleil. Les vendanges battent leur plein, les polémistes pointent le bout de leur nez en photographiant une parcelle que tout le monde reconnait et crache sur les choix de certains alors qu’eux, de choix, n’ont jamais été capables d’en faire.

Pendant ce temps, ceux qui sont sur le terrain découvrent toute l’étendue d’un superbe millésime en devenir. Beaucoup crieront à gorge déployée « qu’encore une fois Bordeaux nous annonce le millésime du siècle » sans voir que c’est la France entière qui est en train de réaliser un millésime exceptionnel.

Alors en quoi 2018 est-il exceptionnel à Bordeaux ? Je vais passer sur le climat pluvieux de l’hiver et du printemps, je vais également passer sur un été très chaud, le troisième plus chaud depuis 1900 et après 2003, sans oublier que cette année les nuits furent fraiches, et je vais passer sur le mildiou qui a fait beaucoup plus de ravages que l’on veut bien le dire surtout chez les adeptes de la culture biodynamique qui durent lutter quotidiennement. Je vais me concentrer sur ce qui rend ce millésime si exceptionnel : la fenêtre de tir pour les vendanges.

De mémoire de vigneron rare sont les moments où le temps de récolte est aussi long

De mémoire de vigneron rare sont les moments, du début à la fin de vendanges à en croire les prévisions météorologiques, où le temps de récolte est aussi long. Depuis fin aout/début septembre, le temps est idéal. Une légère pluie qui a débloqué le stress des vignes, un soleil radieux, des températures nocturnes fraiches et un état sanitaire parfait. Un rêve de vigneron ! D’autant que le météo s’annonce clémente et que tous les signaux sont au vert.

Ils peuvent récolter à leur convenance les parcelles et s’adapter totalement aux terroirs. Du picorage, certes, mais quand on souhaite réaliser de grands vins, ce sont ces petits détails qui font la différence. Parfois, une journée d’écart suffit à passer de mûr et parfaitement mûr. Ainsi le vigneron consciencieux entreprend-il de s’adapter à l’optimum de ses terroirs. Si bien que chez les vignerons l’idée n’est plus de ramasser par parcelle, mais par terroir. Au sein même d’une parcelle, les vendangeurs peuvent passer deux fois selon les niveaux de maturité. Le climat leur laisse cette liberté. L’exceptionnel se trouvant dans ce détail qui n’en est, finalement, pas un.

Les choix de récolte seront plus que jamais déterminants

L’adaptation et la récolte à l’acmé de maturité seront donc les vecteurs de différenciation. Les choix de récolte seront plus que jamais déterminants et les écarts d’autant plus importants. En 2018, il faut garder un cap et s’y tenir. Trop en faire, c’est risquer de passer à côté du pic de maturité, récolter trop tôt, c’est passer à côté d’une aromatique subtile. Un exercice, avouons-le, très délicat. Plus que jamais les convictions de chacun seront le maitre mot.

Un jour, le poète romantique du 19e siècle Henrich Heine visita la cathédrale d’Amiens avec un ami. Ce dernier lui dit : « pourquoi ne construisons-nous plus de tels édifices de nos jours ? » Heine répondit : « c’est très simple : les gens qui ont construit cette chose avaient des convictions. Aujourd’hui, nous n’avons plus de convictions, nous avons des opinions. Mais il est impossible de bâtir une cathédrale avec des opinions ».

NB: Cette fenêtre de tir, exceptionnelle, est également à mettre à l’actif de nombreux vignobles comme la Bourgogne, le Rhône nord, la Champagne ou la Loire.

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